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Visite | Chiche, l'architecture d'Alain Sarfati ? Riche ! (22-03-2017)

L'anti-Rolex Center. Alain Sarfati dénonce volontiers le minimalisme japonais de Sanaa, à Lausanne, pour mieux exposer sa vision de l'architecture. A Assas, l'homme de l'art vient de livrer, au sein d'une construction moderne, un «learning center» qu'il a construit au chausse-pied. D'un foisonnement de couleurs et de formes, l'architecte évoque sa vision du métier. Retour sur un projet et une pratique.

Education | 75006 | S.AREA Alain Sarfati Architecture

Assas. Rue d'Assas. L'adresse est familière des étudiants de droit qui vont y apprendre la lettre et l'esprit des lois. L'édifice qui les accueille a été conçu au détour des années 60 par Noël Le Maresquier. Les Trente Glorieuses, façon université : un modernisme froid, aussi efficace que rigoureux, mais somme toute généreux. Comme toutes constructions d'alors, il fallait, après des années de bons et loyaux services, la réhabiliter et la remettre aux normes.

A l'appel, Alain Sarfati a répondu présent. L'enjeu du projet était avant tout technique. Toutefois, il laissait l'opportunité de créer au sein de l'ensemble universitaire une nouvelle bibliothèque. Le concours a été lancé au début des années 2000 et le projet est, aujourd'hui, à peine achevé. Et pour cause… d'une bibliothèque est né – époque oblige – un «learning center» autrement plus audacieux que les intentions d'origine.

02(@NoelleHoeppe)_S.jpgL'enrichissement du programme à mesure des années est vu par l'architecte comme un signe encourageant pour la profession. «Ce projet pose la question de notre rapport à la programmation. Dans les années 50, les architectes avaient un métier 'plein' ; ils se montraient capables de se renseigner pour nourrir un dessin de propositions nouvelles. Aujourd'hui, étonnamment, à l'heure où tout un chacun appelle à plus de transversalité, nous souffrons d'avoir des programmes pensés par d'autres, figés au m² près», assure Alain Sarfati.

L'architecte s'inquiète donc d'une société «achetable» et donc, sans cesse, «mesurable». Pourtant, la réussite d'un projet se jouerait, selon lui, au-delà de toutes notions quantitatives. «Il faut avoir à l'esprit que Le Maresquier, ici, a réalisé ce projet sans déposer de permis de construire. Il a certes obtenu toutes les autorisations administratives mais il n'était pas, outre mesure, contraint. Moi-même, quand j'ai commencé mon activité, le permis de construire n'avait pas l'importance qu'il a désormais. Nous pouvions allègrement demander, en cours de chantier, des permis modificatifs. Ce récent changement de comportement a fini par réduire le temps de conception. Un permis fige un projet qu'il est ensuite extrêmement difficile de faire évoluer», dit-il.

03(@NoelleHoeppe)_S.jpgAlors qu'il aura fallu plus de quinze ans pour concevoir et réaliser cette transformation d'Assas, Alain Sarfati trouve l'exemple parfait de sa démonstration : le temps long ferait ses preuves autant d'ailleurs que la continuité dans la gestion du projet. «Jamais la maîtrise d'ouvrage n'a changé. J'ai toujours eu les mêmes interlocuteurs. La confiance ne peut se forger que dans la durée», assure-t-il. L'aventure a donc été, sur le long cours, «partagée», selon ses mots.

Fort de ce contexte, l'architecte a pu mettre en œuvre un dessin «personnel» : «J'avais en tête une unité métaphorique. Mes réalisations renvoient à des formes sinon à un univers maritime ou céleste. Ce bâtiment présente donc une atmosphère aérienne mais il offre aussi un côté aquatique», souligne-t-il.

Alain Sarfati revendique alors une «dimension poétique» qu'il fonde sur ses propres expériences et sur ses aspirations personnelles. S'il les explique volontiers, il ne cherche jamais à les justifier.

04(@ChristopheDemonfaucon)_B.jpgSur place, alors que midi sonne et qu'une foule d'étudiants gargouille et se presse de toute part pour trouver un confort alimentaire, l'architecte se réjouit de voir l'animation du lieu. «Ce projet était avant tout une réflexion sur la manière de créer du confort mais aussi de la beauté en vue de travailler la notion d'appropriation», précise-t-il. Ici et là, travaillant, bavardant, plaidant, répétant, récitant, révisant, rêvant, dormant,… rien que des étudiants !

Assas serait alors, pour Alain Sarfati, l'anti Rolex Learning Center. «L'architecture de Sanaa joue sur la continuité d'un espace et la beauté d'une forme unique. Elle ne propose rien qu'une seule ambiance où l'appropriation semble impossible», dit-il.

Ici, au totalitarisme du minimalisme s'oppose des lieux aux ambiances multiples, des escaliers en métal, aux lignes acérées, une bibliothèque aussi blanche que nébuleuse, des circulations rouges ou bleues, un hall couleur bronze, une salle commune dorée, des cours intérieures et des terrasses en bois et des recoins en nombre ! La juxtaposition des teintes est parfois même criarde : «Associer un jaune et un vert, oui, c'est de mauvais goût ! Mais il faut sortir de la norme et de la convention ! Il ne faut pas être continental, totalitaire», lance l'architecte.

Continental ? Est-ce à dire que l'architecture d'Alain Sarfati serait insulaire ? «J'ai longtemps arpenté les rues et les chemins de Belle-Ile-en-Mer. Il y a plus de vingt ans, quand j'ai découvert cet endroit, j'ai été surpris car il ne correspondait pas à l'image que je me faisais d'une île bretonne. J'attendais de voir des maisons blanches aux volets bleus. J'ai découvert une polychromie incroyable. Un même volet, sur ses deux faces, pouvait être peint de deux couleurs différentes. Les pêcheurs, après avoir restauré leurs bateaux, utilisaient le peu de peinture qui leur restait pour rafraîchir leurs fenêtres. C'est cette liberté jouissive que je veux retrouver. Aujourd'hui, des règles sont imposées et seules quatre teintes pastel sont autorisées. Le 'bon goût' a pris le dessus», regrette-t-il.

05(@GGuerin)_B.jpgAu-delà d'un jeu de formes et de matières, le tour de force du projet d'Assas est d'avoir su créer des m² supplémentaires dans un espace contraint. Dans la cour principale, un «satellite» a été conçu comme «un cloître inversé». Dans le hall magistral, pensé par Le Maresquier, des m² ont été trouvés. Certes, le volume n'est plus aussi imposant qu'avant et l'escalier d'honneur a perdu un peu de son prestige. Mais il fallait créer de nouveaux lieux de rencontre, des espaces partagés, des zones de coworking. «Nous avons voulu créer des transparences sinon une vision panoptique», dit-il. Si les plafonds sont parfois bas, les perspectives vers les salles de classes, les restaurants ou la bibliothèque, permettent au regard de s'évader.

06(@GuillaumeGuerin)_B.jpgIn fine, le vocabulaire est varié et les solutions nombreuses. Il est impossible de tout aimer autant qu'il est difficile de ne rien aimer. C'est sans doute l'esprit de ce projet : chacun trouvera, dans cette grande diversité, quelque chose qui lui parle et qui, à un moment de sa vie ou, tout simplement, de sa journée, lui sied parfaitement. Bref, de la richesse d'une architecture.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Bruno Decaris | architecte | Ile de France | 23-03-2017 à 08:58:00

Le travail d'Alain Sarfati est de grande qualit, ce qui n'tonnera personne. Cependant il faudrait rtablir la vrit en ce qui concerne Nol le Maresquier. Il n'y est pour rien dans le projet originel dont l'auteur est Alain Lenormand, qui congdi de Rennes par Arretche, s'est vu confi par une proche, Alice Saunier-Seit, ce projet. Afin de se garantir des crocodiles de la profession, Alain Lenormand a demand son ancien patron de le cautionner de toute sa rputation pour raliser ce projet. Nol Le Maresquier, coutumier de la dlgation de signature, n'est aucunement intervenu tant dans la conception que la ralisation de ce projet.
Rendons Csar ce qui est Csar!

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