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Visite | Avenier Cornejo et le temps du détail (05-04-2017)

Si l'argent ne fait pas le bonheur, fait-il au moins, en architecture, le détail ? Pour Avenier Cornejo (Christelle Avenier et Miguel Cornejo), le temps est un bien plus précieux autant, sans doute, qu'une présence accrue lors du chantier. Exemple, à Clichy, où l'agence a livré 38 logements sociaux au sein d'un remarquable immeuble en brique.

Logement collectif | Brique | Hauts-de-Seine | Avenier&Cornejo Architectes

Le Tribunal de Grande Instance (TGI) présente désormais sa superbe dans l'horizon parisien ; la tour de Renzo Piano, aussi monumentale que clinquante, laisse toutefois l'impression à celui qui l'appréhende de face d'une muraille de verre bouleversant l'échelle de tout un quartier.

De l'autre côté du périphérique, à quelques mètres du gratte-ciel high-tech, Clichy subit d'importantes mutations. Alors que le TGI était en construction, que son noyau de béton s'élevait à plus de 100 mètres de haut au-dessus du sol et que les grues virevoltaient énergiquement, les perspectives offertes depuis les rues de la commune limitrophe pouvaient évoquer le souvenir des plus grandes opérations de rénovation urbaine de la capitale au début des années 70.

02(@TakujiShimmura)_B.jpgEt pour cause, à Clichy, les terrains vagues sont aussi nombreux que les immeubles défraîchis ou que les maisons anciennes aux fenêtres murées. Des ruptures d'alignements mais aussi d'échelles deviennent, par conséquent, les caractéristiques d'un paysage en pleine mutation.

Dans ce concert de constructions disparates émergent quelques pépites. L'une d'elles est un immeuble de briques, plutôt massif et finement exécuté. Ses architectes ? Avenier Cornejo.

«Nous voulions surjouer de l'immeuble dense que la fiche de lot nous imposait. Ce quartier doit assurer, à terme, la transition entre la ville de Clichy et Paris. Il s'agissait également de capter la dynamique offerte par le quartier des Batignolles dominé par le TGI», précise Christelle Avenier.

Le projet comporte 38 logements sociaux répartis sur un ensemble en forme de L qui, d'un côté, s'élève en R+10 et, de l'autre, en R+5 pour garantir la continuité avec les immeubles voisins, reliquats d'un autre temps.

«Nous avons remporté ce concours – le premier qu'organisait ce bailleur social – alors que nous avions avancé un projet un peu plus cher que souhaité mais lequel garantissait, à son propriétaire, la plus grande pérennité», explique l'architecte.

«Nous avons aussi décidé d’être transparent et de donner le vrai prix de notre proposition. Nous avions alors conscience d'avoir pris un risque. L'enveloppe proposée au départ ne nous autorisait pas une construction de qualité. Dans ces conditions, nous préférons ne pas faire de projet», dit-elle. La proposition est honnête et la maîtrise d'ouvrage, convaincue par le dessin proposé, s'est montrée ouverte.

03(@TakujiShimmura)_B.jpgL'argent ne fait toutefois pas tout. Les détails nécessitent aussi du temps et surtout une présence quasi permanente sur le chantier. «Nous avons travaillé en direct avec les artisans pour parfaitement calepiner le carrelage de l'entrée. Nous avons dû, pour ce qui est de la brique, collaborer avec l'entreprise afin de développer ensemble la manière dont il fallait casser le matériau pour créer l'arrondi que nous avions dessiné à l'angle de l'immeuble», affirme-t-elle. Il s'agissait en somme de «pousser le détail jusqu'au bout» et, pour ce faire, «être là» était une règle de prime importance.

Aussi, rien n'a été laissé au hasard. Pas même les menuiseries qui sont invisibles. «C'est l'obsession de Miguel», reconnaît volontiers son associée. Une obsession qui n'appelle, elle-aussi, selon le duo, d'autres moyens que du temps.

05(@AvenierCornejo).jpgLe projet s'en retrouve donc particulièrement enrichi. Toutefois, il fallait que l'agence fasse montre de connaissances et d'expériences. «Nous avons développé cet immeuble en parallèle avec d'autres projets, ce qui nous a permis d'approfondir des détails comme les garde-corps en verre, la pose de la brique, le calepinage du bardage», précise l'architecte. D'aucuns sont alors en mesure d'observer la filiation entre ces réalisations.

L'opération imaginée à Clichy était aussi l'occasion de mettre à l'épreuve quelques réflexions sur le logement. «Nous nous sommes efforcés de créer deux voire trois m² supplémentaires par appartement», soutient Christelle Avenier. Tous dispose également d'un extérieur. «Nous constatons une approche générationnelle de ces espaces ; les plus jeunes profitent des loggias pour ce qu'elles sont, les plus âgés les utilisent toujours comme cellier. Nous tenons, pour éviter toute mauvaise occupation, à prévoir des caves ; le rangement reste un sujet majeur au sein de l'habitat contemporain», dit-elle.

04(@TakujiShimmura)_S.jpgL’ameublement aussi. «Nous n'imaginons jamais de trop grandes ouvertures, du moins pas au détriment du mobilier. Il faut que chaque logement puisse proposer une facilité d'aménagement», poursuit-elle. Sur les plans, le duo s'applique toujours à positionner canapé, armoire normande, buffet Henri II et commode Ikéa.

Voilà donc un projet qui illustre l'art et la manière de penser le logement selon Avenier Cornejo. Avec des meubles mais aussi de la mesure...et du temps !

Jean-Philippe Hugron

  

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