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Actualité | O.M. Ungers, une démolition illégale ? Ca sent l'amende ! (12-04-2017)

Outre-Rhin, critiques et historiens ne s'en remettent pas : la villa Steimel – une œuvre «importante» de Oswald Matthias Ungers (1926-2007) – ne se relèvera pas des coups de pelleteuse que ses propriétaires lui ont infligé. Cette violence contre une architecture allant devenir, d'ici quelques jours, monument historique, pourrait bien coûter cher à ses instigateurs…

Allemagne | Oswald Matthias Ungers

250.000 euros ! La condamnation pourrait être sévère. Le crime ? Avoir détruit «sans autorisation» – selon Deutschland Radio Kultur – une œuvre de l'architecte allemand Oswald Matthias Ungers, plus précisément, une maison située à Hennef dans les environs de Bonn.

Les coupables ? Ses propriétaires ! Alors que la maison allait prochainement être classée, ses tenants ont pris la décision unilatérale de détruire l'ensemble. L'amende, selon Nikolaus Bernau, critique interviewé par la radio allemande, pourrait n'être rien comparé à l'opération immobilière qui, réalisée en lieu et place, promet d'être particulièrement profitable.

Le quotidien General Anzeiger Bonn a mené l'enquête. D'aucuns ont pu, dans un article paru le 16 mars 2017, apprendre que la décision de classement de la maison devait intervenir le 31 mars. Les propriétaires de la construction – les héritiers de son commanditaire, Heribert Steimel, décédé l'année dernière – étaient, qui plus est, informés de ce processus.

La commune de Hennef s'émeut donc particulièrement de cette mauvaise surprise. Depuis, une plainte a été portée et le terrain, sur lequel émerge encore quelques murs, est désormais scellé ; aucune construction ne pourra jusqu'à nouvel ordre y être élevée.

Pour Nikolaus Bernau, cette disparition est regrettable à plus d'un titre. En effet la villa Steimel était l'une des première œuvres d'Oswald Matthias Ungers ; elle illustrait surtout, au moment de sa construction en 1962, une 'contre-modernité'.

Certains y ont vu, par ailleurs, l'influence d'Alvar Aalto. «A l'époque, Ungers revenait de Grande-Bretagne. Il venait également de vivre de fortes expériences en Scandinavie. Il rapportait avec lui quelque chose de nouveau en Allemagne. En plus de ces deux expériences internationales, il est important de rappeler combien son architecture d'alors était une contre-proposition par rapport à ce qui était devenu courant dans les années 50», déclare-t-il.

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Oswald Matthias Ungers est, en Allemagne, particulièrement connu pour ses réalisations tardives, toutes imprégnées de postmodernité. Le Musée d'Architecture de Francfort-sur-le-Main autant que la Messe Torhaus située dans la même ville en sont d'illustres exemples.

La parenté de ces œuvres avec celles d'Aldo Rossi n'est pas à taire. L'architecte italien est d'ailleurs le premier qui fit la critique positive d'Oswald Matthias Ungers dans les colonnes de Casabella. En compagnie de Vittorio Gregotti et Giorgio Grassi, ils se sont même rendus à Cologne et à Bonn pour découvrir ses premiers travaux.

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En toute logique, une exposition leur avait même été récemment consacrée, en septembre dernier, sous le titre «Drei Häuser», «Trois Maisons», parmi lesquelles, bien entendu, la villa Steimel. «Toutes trois peuvent être interprétées comme le point de part d'une réflexion ininterrompue sur la question de la forme, celle-là même qui était centrale dans le travail d'Oswald Matthias Ungers. C'est un fil rouge qui relie entre eux des projets au caractère différent. C'est une recherche morphologique, comme le dirait Goethe, une recherche qui prend soin de la forme architecturale en tant que sujet principal, mais aussi des lois qui régissent sa formation et sa transformation – sa métamorphose – et qui s'attache à des phénomènes simples : l'espace et le volume», note Stefan Vieths, commissaire de l'exposition.

Malgré cet événement présenté à Berlin et à Cologne, espaces et volumes, comme autant de «corps construits», selon l'expression d'Oswald Matthias Ungers ont été, à Hennef, purement et simplement anéantis probablement pas l'appât du gain. A la justice désormais de se prononcer sur l'outrage subi.

Jean-Philippe Hugron

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