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Visite | Bernard Desmoulin, le temps entre les mains (12-04-2017)

Des Indiens d'Amazonie s'inquiétaient d'être pris en photo de peur que leur âme ne soit capturée. La chambre obscure n'a figé que le temps de leur pose. L'architecture devrait, quant à elle, s'effrayer de perdre son âme à ne chercher qu'à être photographiée. Quant au temps, il n'est, pour elle, jamais figé… à moins de le maîtriser. C'est tout l'art de Bernard Desmoulin. Exemple au Moulin de la Forge, en Picardie.    

Autres | Bois | Picardie | Bernard Desmoulin

A plus d'une heure de route de Paris, une vallée qui mousse… de mousse, plutôt verdoyante donc, laisse paraître, entre les arbres, quelques jolies églises en brique, de pompeuses demeures, dont certaines répondent au nom de château, mais aussi de belles fermes anciennes.

Dans ce contexte, en marge d'un lac artificiel, un entrepreneur a pris le parti, outre de creuser cette improbable étendue d'eau, de réaliser au sein d'un moulin et d'anciens bâtiments agricoles, la bucolique adresse de séminaires en tout genre. Fort de cette nature, le succès n'a pas tardé. Champêtre !

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Cette fulgurante réussite a eu pour conséquence la nécessaire extension de l'ensemble et ce, à plusieurs reprises. Au début, l'homme a rénové certaines parties abandonnées puis a fait l'acquisition de constructions anciennes qu'il a fait démonter pour les reconstruire en son domaine. Un hameau s'est lentement formé.

Il fallait ensuite revoir en gamme les prestations. Une piscine a été l'occasion d'une intervention intérieure plus contemporaine. Restait, enfin, à franchir le pas de la nouveauté. Pour ce faire, l'habile homme d'affaires s'en est retourné vers Bernard Desmoulin. De rencontres en conversations, tous deux se sont accordés sur la création d'une construction nouvelle en marge du lac.

«La présence d'une modernité devait nous interroger sur notre rapport au paysage mais aussi au temps», explique l'architecte. A ses yeux, la nature, si belle à cette endroit, rendait le projet presque trop facile.

«Immédiatement plusieurs idées me sont venues à l'esprit. J'avais alors deux hypothèses : une boîte en verre ou un hangar à bateau», explique-t-il. A tâtons, l'inspiration, plus que de mots, se nourrit d'images : «J'ai montré à mon client la représentation d'un vieil hangar rouillé. Il m'a rétorqué, alors que je ne présentais que la photographie d'une photographie : 'pensez-vous faire aussi bien ?'. Ce n'était pourtant qu'une ruine !», sourit-il.

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Le temps est matière d'architecture. Encore faut-il savoir le maîtriser sinon le prévoir. «Toute chose doit mûrir plutôt que vieillir», assure Bernard Desmoulin. Il n'y avait pas lieu de développer ici une esthétique du déclin mais plutôt une «écriture atemporelle».

Une forme simple, longue et légère, est née. «Tout était question de proportions. Il fallait trouver le ton juste, que le bâtiment ait l'air d'être sur l'eau et non sur terre», explique-t-il. Tant et si bien que le nouvel espace de séminaires devait être positionné au milieu du lac. Pour des raisons logistiques et pratiques, il sera finalement construit près des berges mais bel et bien au dessus de l'eau qui, calme, agirait comme un miroir. «Il y a sans doute, dans ce projet, un peu de cette architecture japonaise qui recherche la quiétude», dit-il.

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Apaisante, toute en bois, la construction reprend l'image du hangar à bateaux certes, mais aussi celle de la cabane. Les toits à double pente participent, quant à eux, de l'imaginaire de la longère pour intégrer ce hameau récemment constitué.

«Je cherche sans cesse le moment de la rencontre», assure Bernard Desmoulin. L'architecte voulait, à travers cette affirmation, exprimer cet idéal qu'il enseigne à ses étudiants, celui selon lequel «un projet n'est possible que s'il plaît à celui qui le commande et à celui qui le dessine, sans quoi il en ira d'un échec».

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Cette rencontre pourrait être autrement déclinée : celle d'une architecture et d'un site, d'une époque et d'une histoire. Bref, au Moulin de la Forge, Bernard Desmoulin aura su maîtriser le lieu et temps.

Jean-Philippe Hugron

 

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