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Visite | Naud & Poux, une rénovation de rénovation (12-04-2017)

La rénovation, ce grand sujet d'actualité ! Et la rénovation de rénovation ? Pas encore ! C'était, en tout cas, pour l'agence parisienne Naud & Poux, au-delà d'une première, un défi. Car les auteurs de la transformation engagée au détour des années 90, au 55 rue d'Amsterdam à Paris, n'ont eu que peu d'empathie pour l'architecture Art Déco de Labussière et Reby. Vingt-sept ans plus tard, l'outrage est réparé.

Réhabilitation | Bureaux | 75008 | Naud et Poux

«Rien ! Nous n'avons rien conservé !», répond Luc Poux à la question inquiète d'un journaliste. Rien conservé, en tout cas, du dispositif en superstructure de la réhabilitation opérée en 1995 ! Pour ce qui est de l'intégrité de ce solide morceau Art Déco – particulièrement typique du VIIIe arrondissement tant il en impose par sa façade massive – la table rase n'a pas été de mise.

«C'est la première fois que nous nous prêtions à l'exercice d'une restructuration de rénovation», reprend Elizabeth Naud. L'enjeu était-il bien différent de réhabilitations usuelles pour lesquelles l'agence est passée maître dans l'art ? «Absolument car d'autres, avant nous, sont venus bétonner ! Nous devions donc nous frotter à une double structure, celle d'origine et celle réalisée lors de la première transformation», dit-elle.

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Aujourd'hui rien ne transparaît de cette difficulté. Et pour cause, il aura fallu près de deux ans d'études pour mener à bien ce projet et six mois pour revoir l'ensemble des planchers.

C'est donc une métamorphose radicale que propose Naud & Poux. Les deux associés se plaisent d'ailleurs, photographies à l'appui, au jeu du avant/après pour faire valoir leur travail. La transformation est spectaculaire. Certes, les clichés illustrant la situation précédente, sombres et mal cadrés, sont peu reluisants. La nouvelle réalité, se montre bien plus blanche et lumineuse !

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Qui plus est, en ce matin d'avril, le soleil régnait en maître sur l'immeuble. La cour, habillée de krion, diffractait même la lumière du levant. «Autrefois, la cour avait des allures de hamburger façon Art Déco. Elle présentait des couches de briques jaunes, de briques rouges, de pierre, de zinc… C'était une vision sombre des années 30. Nous avons obtenu de l'Architecte des Bâtiments de France de pouvoir couvrir ces appareillages et de réaliser une isolation par l'extérieur», prévient Luc Poux. La géométrie des lieux est quant à elle dûment préservée...à l'exception d'une maigre rotonde.

«L'ensemble présentait à l'origine un escalier monumental ayant disparu lors des précédents travaux de transformation. La cage d'escalier et son ornementation ont été à cette occasion modifiés et descendus d'un demi-niveau», indique-t-il. Sans qualité particulière, les reliquats de cette cage vandalisée ont fini par disparaître vingt-sept ans plus tard sous un coup de crayon bien senti.

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La trame des ouvertures et leurs proportions ont, quant à elles, été conservées. Naud & Poux s'offre, de surcroît, le luxe d'un détail remarquable. Deux garde-corps en verre ont été créés pour permettre aux fenêtres de pivoter. «Ce dispositif nous permettait de n'avoir ni montant ni coulissant. De plus, il nous offrait la possibilité de libérer le toit d'une encombrante nacelle puisque le vitrage peut être nettoyé depuis l'intérieur», soulignent les associés.

Au dernier niveau et ce, en toute logique : des terrasses ! Le panorama embrasse le Sacré-Coeur, les dômes du boulevard Haussmann et le clocher de l'église de la Trinité. Les toitures ont été habillées en zinc. «Nous voulions simplifier les façades sur cour mais aussi la lecture de l'ensemble. Nous avons imaginé un jeu de boîtes simple et régulier», assure Elizabeth Naud.

Tout, de pied en cap, se montre d'une parfaite maîtrise. «Nous aurions voulu aller plus loin en façade», regrette Luc Poux. Le duo avait en effet imaginé une plus grande hauteur sous plafond du rez-de-chaussée, un parti qui amenait, selon l'ABF, à trop modifier la composition originale de Labussière et Reby.

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Pour autant, celui qui pénètre dans les lieux découvre une spectaculaire séquence d'entrée. La porte franchie, le visiteur emprunte une passerelle, au dessus d'un vide – l'Art Gallery, un espace d'exposition sinon une vitrine pour l'occupant des lieux – et rejoint un hall marqué par un léger enmarchement accompagné, de part et d'autres, dans une parfaite symétrie, de deux rampes qui jamais ne heurtent le regard.

Ce raffinement se retrouve dans de nombreux détails mais aussi dans les choix de matériaux et dans leur parfaite mise en œuvre. Voilà une élégante perfection loin des clinquantes opérations de restructuration habituelles en plus d'un exemple de... rénovation de rénovation !

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Programme : Réhabilitation lourde d’un immeuble de bureaux. .
Lieu : Paris, 75008.
Client : Gecina.
Coût : NC.
Surface : 12 240 m² SDP.
HQE : Effinergie / Leed / Breeam / Well.
Categorie(s) : Bureaux, Aménagement, Restructuration.
Phase : Livré.

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