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Actualité | Des candidats, des architectes et des habitudes (12-04-2017)

L'Académie d'Architecture puis le Conseil National de l'Ordre des Architectes ont interpellé les onze candidats à l'élection présidentielle, les uns avec des interrogations, les autres avec des propositions. L'Architecture d'Aujourd'hui a, pour sa part, mis les mains dans le cambouis : plusieurs questions ont été envoyées. Des réponses ont été reçues…

France

Dans son éditorial, Emmanuelle Borne, rédactrice en chef de l'Architecture d'Aujourd'hui, rappelle tenants et aboutissants d'une démarche citoyenne : «nous avons reçu les réponses de l’équipe de Jean-Luc Mélenchon (via la voix de Charlotte Girard, co-responsable du programme de La France insoumise), celles de François Fillon […] et celles d’Emmanuel Macron (En Marche !). Malgré nos sollicitations, Benoît Hamon n’a pas répondu à nos questions. [...] Enfin, AA n’a pas souhaité solliciter les équipes de Marine Le Pen».

Quant aux 'petits candidats' ? Oubliés ! Alors nous ne saurons rien de l'architecture sur Mars, de l'architecture anti-capitaliste, de l'architecture communale…

Trois candidats se sont donc prêtés au jeu et l'initiative d'Architecture d'Aujourd'hui est salutaire. Sauf que la rhétorique des uns et des autres frise souvent la caricature, de gauche comme de droite. Le changement n'est pas pour maintenant.

La question de la qualité architecturale est de prime abord lancée, notamment celle des mesures qui pourraient la favoriser. Chacun, selon son lexique officiel répond. Emmanuel Macron, en rupture,assure logiquement : «Si nous devions proposer une mesure, ce serait celle de la continuité. Il y a un besoin de cohérence, nous partageons les diagnostics établis au cours de la définition de cette stratégie, nous souhaitons la prolonger et l’enrichir. Dans un premier temps, il sera donc important d’accélérer la publication des décrets d’application de la loi CAP restés en suspens, tout en s’assurant que ces derniers respectent l’esprit de la loi». L'ancien ministre de l'économie rappelle toutefois que «la qualité ne se décrète pas. Il ne faut pas être dupe. L’intervention d’un architecte, si elle constitue un progrès, ne saurait être une garantie suffisante». Aussi, il en appelle, sur ces questions au réengagement des pouvoirs publics.

Du côté de la France insoumise, le ton est, bien évidemment, plus révolutionnaire : «La qualité architecturale pour tous est une priorité de notre programme. Nous pensons que la beauté architecturale ne doit pas être un privilège des quartiers les plus riches». Charlotte Girard précise toutefois vouloir généraliser l’intervention d’un architecte dans la construction de lotissements. Le parti de Jean-Luc Mélanchon fixe pour objectif la rénovation thermique de 700.000 logements par an pendant cinq, le développement de la filière de l'éco-construction et l'usage de «matériaux non énergivores (paille, terre crue, bois)».

Quant à François Fillon la réponse est lapidaire : pour favoriser la qualité il faut «inciter à l’emploi de matériaux de qualité». Le candidat de la dé-régularisation souhaite même proposer «que des règles soient mises en place pour améliorer la qualité urbaine et architecturale des [zones d'activité]».

Arrive l'autre question emblématique et «clivante» des PéPéPés, les Partenariats Publics-Privés minimisant souvent le pouvoir de l'architecte sur son projet. Fidèle à sa vision diplomatique et consensuelle, Emmanuel Macron répond : «Je comprends les critiques sur les PPP et notamment sur les abus qui ont pu être réalisés mais pour autant je ne crois pas que le principe même du partenariat entre le secteur public et le secteur privé soit mauvais, au contraire il y a des projets où chacun est gagnant». L'ancien ministre saisit alors l'occasion de faire le bilan de son action à Bercy.

La France Insoumise de reprendre : «Les architectes, comme l’ensemble des acteurs de la construction, sont asservis aux majors du BTP et aux banques». Le programme de Jean-Luc Mélanchon propose alors d'en finir avec ces pratiques et d'abroger les dispositions légales qui les permettent.

François Fillon n'est pas plus disert sur la question des PPP que sur celle de la qualité et préfère dénoncer les dérives constatées sur certains grands projets en maîtrise d'ouvrage publique pour mieux justifier, sans doute, le recours à ces partenariats. Il évoque aussi la «soutenabilité financière» comme une contrainte interne au projet architectural. Aucune proposition n'est réellement faite.

L'Architecture d'Aujourd'hui, dans un souci de qualité architecturale, interroge les trois candidats sur la possibilité de «former» les promoteurs. Les réponses sont pour le moins étonnantes car la faute est massivement rejetée sur les épaules...des élus !

Ainsi, Emmanuel Macron : «Les gardes fous sont nombreux et il serait trop simple de considérer [les promoteurs] comme les uniques responsables d’un manque de qualité de la production architecturale et urbaine de nos territoires. […] Ce sont les élus qui fixent les objectifs de développement, définissent avec le PLU le cadre réglementaire, délivrent les autorisations. Ils sont les premiers garants de la qualité architecturale et urbaine de leurs territoires. Ce sont donc eux qu’il faut avant tout responsabiliser, sensibiliser, former et accompagner. Les outils d’accompagnement et de conseil existent et sont nombreux (CAUE, MIQCP, Architectes et Paysagistes Conseils, Architectes Urbanistes d’Etat, etc.)».

François Fillon, autant qu'Emmanuel Macron, affirme que «toutes les professions n’ont pas vocation à être réglementées par l’Etat. Le métier de promoteur s’exerce aux côtés du métier d’architecte et fait l’objet de toute une série de contrôles démocratiques ou techniques (documents d’urbanismes, autorité environnementale, Architectes des Bâtiments de France, etc.) qui permettent de garantir le pilotage du développement du territoire».

La France Insoumise ne change pas ses accents : «La logique de la promotion privée pousse à la spéculation et à l’envol des prix», constate Charlotte Girard qui préconise alors la création de «chartes promoteurs».

A travers ces exemples, d'aucuns pourrons aisément deviner les «éléments de langage» usités sur d'autres thèmes. L'étude d'Architecture d'Aujourd'hui porte notamment sur le logements social, la loi littoral (qui donne droit à la réponse la plus longue de François Fillon), le champ d'action des ABF, le mal logement...

Reste la dernière question… improbable : «Pouvez-vous citer une opération d’urbanisme ou d’architecture récemment livrée qui a retenu votre attention ?».

Dans le désordre les réponses sont : Les Archives Nationales de Pierrefitte-sur-Seine de Massimiliano Fuksas, le musée Soulages de RCR à Rodez et le projet d'habitat participatif Coop Colette à Vitry-sur-Seine d'Atelier 15.

Les auteurs de ses réponses sont à découvrir dans le supplément d'Architecture d'Aujourd'hui : ici !

Jean-Philippe Hugron

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