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Edito | La faute aux candidats... (19-04-2017)

Davantage de justice sociale ! Moins de chômeurs ! Plus aucun sans-abris ! Des musées gratuits ? Des musées gratuits ! Dans ce lot de promesses, l'architecture est… inexistante. A qui la faute ? Aux candidats. Vraiment ?

France

L'amour de la complainte, du triste lamento ! Le français grognon...l'architecte grognon...l'architecte français ? Grognon-grognon ! Ne faudrait-il pas aujourd'hui se plaindre de, sans cesse, se plaindre ?

Deux tribunes récemment parues dans Le Monde interpellent, pour l'une «le futur chef de l'Etat», pour l'autre «les Français». La première, signée Jean Nouvel, se garde bien de donner un nom au prochain Président. La seconde, rédigée par Roland Castro, appelle de ses vœux l'élection d'Emmanuel Macron. Quelque soit la position prise, l'exercice est salutaire puisqu'il s'inscrit dans le débat politique.

Le CNOA et l'Académie d'Architecture ont également fait part de leurs souhaits aux candidats à l'élection présidentielle. Toutes ces lettres sont vraisemblablement restées mortes. Aucun bon mot électoraliste n'a été prononcé. Ces doléances ont du, sans doute, rejoindre d'autres émanant de professions diverses et variées.

L'incrimination devient alors simple : les candidats ne s'intéressent pas à l'architecture. La faute, rapidement rejetée, détourne l'accusateur de son examen de conscience. Pourquoi, après tout, ne serait-ce pas également la faute...des architectes ? Les architectes s'intéressent-ils, eux, à la politique ? Vraisemblablement autant que les politiques à l'architecture.

Les chiffres de l'Assemblée Nationale parlent d'eux-mêmes. Sur 577 députés, 185 fonctionnaires, 35 avocats, 34 professionnels du monde de la santé, 14 agriculteurs… et un seul architecte : Daniel Boisserie, député socialiste de la Haute-Vienne… Membre de la Commission de la défense nationale et des forces armées…

«L'architecture est politique !», assure-t-on dans les biennales, dans les colloques, dans les débats, dans les conférences… même dans les écoles d'architecture. Il serait, de toute façon, difficile d'arguer le contraire.

L'architecture appelle-t-elle toutefois un engagement sous les couleurs d'un parti ce qui obligerait hommes et femmes de l'art à renoncer, le temps d'un mandat, à un exercice professionnel chronophage ? La question mérite d'être posée.

Quant à prendre parti - au sens propre comme au sens figuré - serait le risque de ne plus accéder à la commande. Quand l'architecte s'impose stratégiquement un devoir de neutralité, ne faut-il pas alors s'étonner de sa disparition dans le débat présidentiel ?

Jean-Philippe Hugron

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