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Livre | Boîtes de nuit, fictions architecturales (26-04-2017)

Après avoir organisé une exposition et publié un remarquable catalogue sur l'architecture des skate-parks, la Villa Noailles réitère l'exercice avec maestria sur une autre typologie originale : la boîte de nuit. De Roland Barthes à Patrick Berger, de Superstudio à Nicolas Schöffer, découverte inédite d'un programme ludique participant, lui aussi, à l'histoire de l'architecture.

Villa Noailles | France

«J'avoue être incapable de m'intéresser à la beauté d'un lieu, s'il n'y a pas des gens dedans (je n'aime pas les musées vides) ; et réciproquement, pour découvrir l'intérêt d'un visage, d'une silhouette, d'un vêtement, pour en savourer la rencontre, j'ai besoin que le lieu de cette découverte ait, lui aussi, son intérêt et sa saveur. Voilà peut-être pourquoi le Palace me séduit», écrivait Roland Barthes dans Vogue Homme, le 1er mai 1978.

Le Palace que découvre alors le sémiologue vient d'être transformé par Vincent Barré et Patrick Berger. Ce dernier y développe un luminaire étonnant, largement inspiré des travaux de David Georges Emmerich sur les structures «en tenségrité». Voilà, au détour d'une page, la première œuvre du coauteur de la Canopée des Halles.

Les boîtes de nuit ont donc été l'opportunité pour de jeunes architectes de laisser libre cours à leur imagination ; l'ouvrage publié par la Villa Noailles, en marge de l'exposition qui s'est tenue du 19 février au 19 mars 2017, à Hyères, en témoigne largement à travers une riche compilation de clubs réalisés par l'avant-garde italienne des années 60.

«Les Pipers italiens, rares projets construits par les fondateurs de l'architecture radicale, formulent la recherche d'une architecture libérée de sa contingence physique. Les limites du temps et de l'espace sont abolies par la quête d'un infini libératoire. La combinaison du son, de la lumière et des psychotropes ouvre un espace sensuel qui rend l'espace physique insignifiant», notent Audrey Teichmann, Benjamin Lafore et Sébastien Martinez-Barat dans leur introduction collective au catalogue.

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Les boîtes de nuit seraient donc ces lieux précurseurs où l'avenir de l'architecture se serait sans cesse dessiné depuis quelques décennies. Toutefois, elles sont aussi ceux des modes passagères et temporaires. La discothèque serait, avant tout, l'adresse de l'éphémère.

«Antichambres des modes et territoires des cliques urbaines, elles sont les laboratoires des évolutions socioculturelles à venir, leur obsolescence est rapide, leur durée de vie est courte et dépend de la vigueur communautaire qui les anime», affirment les trois auteurs.

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Ces architectures seraient également à rapprocher des pavillons temporaires d'expositions universelles. Un exemple est d'ailleurs repris au sein du catalogue pour affirmer cette parenté : le Pepsi Pavillon, une «discothèque multimédia» érigée dans le cadre de l'Expo 70 à Osaka, proposant une «expérience multisensorielle» dans un «environnement invisible».

La boîte de nuit se fait donc l'objet «d'un programme utopique et paradoxal». Elle serait le propre de ces «micro-temps» expérimentés par Nicolas Schöffer, deux années durant, au sein des deux Voom-Voom, celui de Saint-Tropez et celui de Juan-les-Pins.

«Les dernières années voient la disparition graduelle des boîtes de nuit sous leur forme initiale : les appareils portatifs de production de son et de lumière permettent de créer un substitut temporaire en tous lieux. Usant de codes propres à la fête ambulatoire, les architectes imaginent des structures éphémères», notent les auteurs.

Les propositions récentes accumulées dans l'ouvrage illustrent aussi une vision sombre pour ne pas dire noire des boîtes de nuit. Shelter, un gonflable anthracite ou encore The Club, tous deux imaginés par Bureau A en attestent largement.

Pour témoigner plus avant de cette disparition, un étrange exemple est repris dans le catalogue, à savoir une étude menée par Pol Esteve et Marc Navarro sur les «Darkrooms» de Barcelone dont cet architecte et cet artiste on fait les relevés «lors des heures basses de fréquentation».

«Ces lieux sont dévolus à l'activité sexuelle, notent-ils […]. Leur architecture se caractérise par une obscurité quasi totale, ce qui leur vaut l'appellation et disqualifie la vision comme mode d'appréhension principal au profit de la déambulation guidée par le toucher».

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Ce riche catalogue invite alors à réfléchir tant à la disparition virtuelle de l'architecture qu'au rôle de «ces fictions de la culture», selon le mot de Roland Barthes.

Au sémiologue donc de conclure : «Au Palace, je ne suis pas obligé de danser pour nouer avec ce lieu un rapport vivant. Solitaire, ou du moins un peu à l'écart, je puis 'rêver'. Dans cet espace humanisé, je puis m'écrier à un moment : 'comme tout ceci est étrange !'».

Jean-Philippe Hugron

La boîte de Nuit ; auteur : collectif ; éditions : La Villa Noailles ; pages : 172 ; prix : 30 euros

https://www.villanoailles-laboitedenuit.com/shop/

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