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Edito | Ne plus faire FAIRE ! (03-05-2017)

Assez des injonctions de la Mairie de Paris : Réinventer ! Faire ! Et se taire, connaît-elle seulement ? La ville use «la réinvention» jusqu'à la corde : elle privilégie seulement la construction d'une communication fumeuse au prix de projets dogmatiques, parfois ludiques, et pas forcément nouveaux.

Réinventer Paris | Paris

Alors qu'aucun projet de Réinventer Paris ne sort de terre – il est encore trop tôt – et qu'aucun projet de Réinventer la Seine ni même d'Inventer la Métropole ne sont connus, la ville a pris le parti de lancer, il y a huit semaines, un nouvel appel à projets innovants : «FAIRE».

FAIRE est officiellement le «1er accélérateur de projets urbains et architecturaux innovants». Vite lancé, vite publié et sûrement...vite ignoré. L'accélération à son paroxysme.

FAIRE est aussi officiellement «une plate-forme expérimentale». Selon les mots d'Alexandre Labasse, directeur du Pavillon de l’Arsenal, il s'agit d'un «incubateur urbain». L'institution parisienne, en portant l'initiative, se présente même, avec ses partenaires, comme un «éco-système» pouvant appuyer l'ensemble des projets retenus.

Sous ce concept de proto-couveuse éco-responsable et participative – ou simplement d'essoreuse à salades – se cache en fait… un banal concours d'idées pour municipalité qui n'en a pas.

Il s'agissait, dixit l'appel à projets, de proposer sur la base de «workshops», de «networking», de «meet-up» et de «hackathons» des «pop up architectures» sinon des «stratégies d'urbanisme tactique» dont le «pitch» proposerait d'interroger les «process» de conception tout en privilégiant les «mix-matériautiques». Au moins, FAIRE aura eu le mérite de réinventer le champs lexical de l'architecture… Et à ce rythme, la mairie de Paris sera, sans doute, bientôt victime d'une prochaine «clause Molière».

Les lauréats et leurs «pitchs» ont donc été présentés, après un bref temps d'incubation, le 27 avril dernier. Parmi eux, des gonflables – comme c'est gonflé ! – des structures temporaires – comme c'est nouveau ! – et des choses comme des «démonstrateurs flottants écologiques», des «halls contributifs», des «wagons mouches» et un «sonomètre» pour un «arbre sous l'eau».

Dans cet inventaire, surgit un étonnant pont trampoline… signé Atelier Zündel Cristea. Mais il y a comme un air de déjà-vu...

Et oui, maligne l'agence parisienne ! En fait d'innovation, elle ressort sa proposition faite pour un concours d'idées lancé en 2012 par Arch Triumph, une «plate-forme de concours». Bref, voilà un recyclage pas très FAIRE-play.

L'agence a même déjà réalisé – ironie de l'histoire, à Londres, – un prototype de sa structure ! «FAIRE a pour ambition d’accélérer l’éclosion d’innovations architecturales et urbaines, de faciliter la réalisation de prototypes», assurait Alexandre Labasse. Vraiment ? N'est-ce pas là l'exemple que FAIRE ne serait que RE-FAIRE ?

Cette profusion d'appels montre, en tout cas, l'inconstance de la ville de Paris mais aussi son goût de l'éclat médiatique. Sept semaines seulement ont été laissées à des architectes, à des enseignants mais aussi à des étudiants en architecture pour FAIRE. La ville ne mérite-t-elle pas toutefois un temps plus long ? Ces appels ne seraient-ils donc que strass et paillette ? Au mieux, la raison d'une nouba mondaine avec «drink» et «small-talks» ?

Alors oui, l'intention de fédérer différents acteurs autour de projets – innovants ou non – est bonne mais que sont donc ces sept semaines ? L'énergie d'architectes mais aussi et surtout d'écoles d'architecture ne mériterait-elle pas, par exemple, qu'on s'y intéresse davantage sur le long terme ? FAIRE n'est malheureusement que la traduction d'une fuite en avant. FAIRE cible seulement la jouissance du temps médiatique pour se donner justement l'impression de...faire.

Jean-Philippe Hugron

 

Réactions

MartinLucas | architecte | île-de-France | 05-05-2017 à 15:34:00

Tout est fait pour que l'analyse des problèmes ne se fasse pas dans de bonnes conditions : injonction aux projets spectaculaires ou à la mode, sponsoring contre lequel il ne faudra évidemment pas aller, non-rétribution des "créatifs".
Le résultat, c'est que ce prétendu bouillonnement créatif passera à côté du fait qu'on n'a toujours pas de solution opérationnelle pour permettre à chacun(e) d'abriter son vélo, pour que les bus ne soient plus sous-utilisés (problème de taille et de régularité peut-être ?), pour que la saleté recule, pour lutter contre le bruit et les pollutions diverses, de l'air et de l'eau de la Seine, toujours pas accessible à la baignade.
En attendant, nous sommes confrontés à un barnum toujours plus gênant, qui pourrait être à peu près pertinent dans une ville moyenne en perte d'attractivité, mais pas dans Paris, qui souffre exactement de l'inverse, peine à entretenir son patrimoine et fait face à une déliquescence du bâti privé qu'on n'avait pas connue depuis les années 50. Il suffit de visiter quelques copropriétés pour constater que la catastrophe n'est jamais loin. Seulement, c'est sans doute moins sexy de parler de problèmes réels. C'est pourtant l'essentiel du travail des vrais créatifs : identifier les problèmes, tracer les causes, et seulement à la fin : proposer des solutions.

Maxima | journaliste | paris | 05-05-2017 à 12:59:00

Enfin un journaliste qui ose "déconstruire" le vide stratégique de la mairie de Paris

Degio | 04-05-2017 à 15:36:00

Mais alors, que Faire?

Greg | 04-05-2017 à 11:35:00

L'article aurait pu aussi citer les sponsors de ce happening... Très instructif et révélateur du niveau de culture et de conscience politique des commanditaires. Une piste? l'usage du franglais dans tout ce salmigondis

messire | 04-05-2017 à 08:59:00

Le plus drôle c'est que participer à ces concours mascarade permet à la mairie de paris de se faire mousser à peu de frais...Ca grenouille dur auprès des élus..suffit de se promener à l'Arsenal un soir de vernissage!

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