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Exposition | L'architecte, cet exhibitionniste (03-05-2017)

De Sydney à Beyrouth, sur les palissades de chantier, la photographie de l'architecte – star, bien entendu – supplante l'image même du projet. Le patronyme évocateur se fait marque et, peu importe la qualité de la construction à venir. L'exposition 'L'Architecte, portraits et clichés' interpelle le visiteur sur le thème de la représentation d'un métier et surtout d'une...personnalité.

Cité de l'Architecture et du Patrimoine | France

Le propos peut paraître anecdotique ; 'L'Architecte, portraits et clichés' s'annonce en effet comme un délicieux vagabondage à travers peintures, gravures et photographies qu'une chronologie rend immédiatement compréhensibles. De l'anonyme maître d'oeuvre à l'architecte, de la perruque poudrée aux binocles cerclées de noir.

Des portraits, présentés en nombre, des XVIIe et XVIIIe siècles, témoignent d'abord d'une mode nouvelle ; chacun cherche ses lettres de noblesse sous les traits d'une peinture à l'huile ou d'un pastel. Ces œuvres restent néanmoins invisibles. Elles flattent leurs commanditaires généralement seuls à profiter du bel objet vaniteux.

Who's who ? La gravure, quant à elle, permet une large diffusion. La publicité de l'architecte, au-delà de son art, peut donc, enfin, commencer. Cette représentation permet, selon Léon Battista Alberti «de rendre présents […] ceux qui sont absents, mas aussi de montrer après plusieurs siècles les morts aux vivants, de façon à les faire reconnaître». Aux architectes, la postérité !

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L'exposition perd, au détour de ce «cabinet de gravures», de sa linéarité. Il y a les commandes expresses de portraits gravés, peints et photographiques. Il y a aussi croquis et clichés pris sur le vif… D'aucuns auront donc le plaisir de découvrir quelques caricatures représentant – à en croire les frères Goncourt – l'odieuse personnalité de Charles Garnier ou encore des dessins de Michel Marot et même la collection de lunettes de Le Corbusier.

Par moment, l'exposition illustre aussi la pratique du métier ; une série de photographies montre les bureaux de quelques architectes de la fin du XIXe siècle. Intérieur sombre, table à dessin, bibliothèque… loin de l'épure contemporaine faisant de l'agence rêvée un cadre aussi froid que clinique.

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L'exposition dérive alors en formidable cabinet de curiosités et les commissaires, en véritables collectionneurs monomaniaques, compilent tout ce qui aurait, de près ou de loin, un lien avec la figure de l'architecte : des meubles, des timbres, des livres, des bandes dessinées et même une veste Arnys ! Le visiteur trouve logiquement à la fin de l'exposition aussi bien des extraits de films ou de dessins-animés allant de la Tour Infernale aux Simpsons.

Cet inventaire agréable et léger pourrait s'annoncer comme le point de départ d'une recherche plus sérieuse encore. Car sur les murs de la Cité, les questions sont parfois trop rapidement éludées sous le plaisir de l'image. Il était, après tout, également question de «clichés», dixit le titre. Quoi qu'il en soit, ce plaisant événement aura le mérite de faire d'une exposition d'architecture, une exhibition d'architectes.

Jean-Philippe Hugron

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