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Edito | Aujourd'hui, l'architecte, ce pauvre façadier... (10-05-2017)

Pathétique projet à la mairie de Paris ! Le Groupe UDI-MoDem a rédigé une proposition de délibération sur le «lancement d’une étude en vue de rétablir et moderniser le concours de façades de la Ville de Paris». Voilà le XIXe siècle sous défibrillateur politique.

Paris

L'architecture meurt, aujourd'hui, des effets de façade, seul espace de liberté (conditionnelle) de maîtres d'oeuvre. Tout nouveau quartier est, d'une manière ou d'une autre, un catalogue de formes sinon un showroom de matériaux. Peu importe, le Groupe UDI-MoDem souhaite réhabiliter le concours de façades de la Ville de Paris créé en 1897.

«Parce que l’année 2017 marque les quarante ans de l’adoption de la 'loi sur l’architecture' de 1977, [...], le Groupe UDI-MoDem a souhaité remettre à l’honneur l’attachement de Paris à la création architecturale», indique la proposition de délibération.

L'enjeu du concours serait, aux dires de ces quelques élus, de provoquer une «saine émulation» pour encourager «l’embellissement du cadre urbain» mais aussi pour «stimuler une création architecturale innovante à Paris». Et pour innover, le groupe UDI-MoDem n'a trouvé rien de mieux que recycler une idée fin-dix-neuvièmiste qui, à l'origine, avait pour vocation, de critiquer l'uniforme haussmannisation des villes. La IIIe République tenait là les moyens de s'opposer symboliquement au Second Empire.

L'ambition serait, cette fois-ci, de «mettre en valeur les corps de métier de la construction et les écoles d'art 'made in Paris' qui participent à ces réalisations». Les façades ne sont plus le fait d'artisans ; elles sont aux mains d'entreprise de construction et d'industriels.

«La philosophie sous-jacente qu’il nous semble important de respecter, est d’éviter tout dégagement de tendance ou de style, afin de libérer la créativité des architectes», précise le document. De style, il n'y a plus, là encore, depuis longtemps !

Voilà donc une vision surannée, quasi romantique, de l'architecture. Elle se nourrit, d'après le projet de délibération, de vieilles références :  parmi elles, Hector Guimard et Jules Lavirotte récompensés, en leur temps, pour des façades exubérantes.

Voilà aussi qui témoigne d'une méconnaissance de l'art de bâtir. Les politiques du groupe UDI-MoDem autant que les autres de la majorité et de l'opposition réduisent l'architecture à son apparence.

La façade fait l'affaire d'élus en soif de communication et de médiatisation. A croire même que ces hommes et femmes ne vivent finalement que de leur image… Mais ne comprendront-ils donc jamais que l'espace importe davantage ?

Enfin, attribuer un prix pour la qualité d'une façade serait, vraisemblablement, pour un architecte, la dernière humiliation ; leur métier n'est pas de dessiner de seuls joyeux atours. Toutefois c'est ce à quoi beaucoup, depuis plusieurs années, cherchent à malheureusement les réduire. Ce concours serait donc une belle erreur.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

just saying... | archi | idF | 15-05-2017 à 16:13:00

L'Architecture en France c'est que la décoration des façades...,ah oui, aussi l'application des normes imposées par grands Maîtres de notre profession qui travaillent à a Mirie.
D'ici 5-10 ans j'estime que les architectes seront juste un petit crayon de 5% dans les mains de politically-quasi-developers.
Enfin, c'est le Moniteur le magazine d'archtecture en France !!!
WAKE UP !!!

Degio | Chef | Berny-Cross | 11-05-2017 à 16:16:00

Pathétique, ridicule et réactionnaire. Je ne vois rien à ajouter...

Brigitte | 11-05-2017 à 10:36:00

L'architecture est un "tout", intérieur, extérieur, fondations et plafonds! Les façades sont l'un des maillons de la chaîne. Cet article met en avant un malaise ressenti depuis une belle lurette par les architectes qui, si l'on suit cette logique, deviendraient de simples dessinateurs de façades. L'image est importante c'est vrai mais ce qui est derrière est encore plus important, il s'agit de deux choses indissociables. Les malades qui ont la jaunisse, ont beau se maquiller, ils resteront malades, en architecture c'est la même chose il ne suffit pas de soigner une façade mais  l'ensemble d'une oeuvre.

Planes | 11-05-2017 à 08:29:00

Voici un preux journaliste voulant défendre les architectes ! Mais il semble oublier que les rues sont écrites essentiellement par l’aménagement de l’espace public …et …les façades d’immeuble, unique expression visible d’un tout qui nous échappe !
La façade, dans une rue, ça compte : regardez l’avenue des Champs Élysées, que je considère parmi les plus moches et quelconques de Paris !
Alors pourquoi ranger Guimard ou Lavirotte parmi des « vieilleries surannées » ?
Le manque de soin dans le dessin des façades est une réalité indéniable, celles-ci étant devenues trop souvent de simples « peaux » plus ou moins aléatoires dont le mauvais vieillissement - rapide - pose un grave problème d’image urbaine. Voir exemples multiples !
Donc, inutile de monter sur ses grands chevaux pour dénoncer une prétendue « humiliation » des architectes ! J’entends presque « crime de lèse-majesté » dans le ton de l’article !
Vouloir simplement ramener les architectes, par un concours d’idées, vers une plus grande préoccupation de ce qui constitue une composante essentielle et incontournable de l’image d’une ville, me paraît donc une très bonne idée.

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