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Portrait | Pierre-Alain Dupraz, architecte-topographe (10-05-2017)

«Pour mes pairs, je serais romand de tendance française», sourit Pierre-Alain Dupraz. De l'autre côté de la frontière, en France, il est, tout simplement, un architecte «suisse». De fait, il forcerait, par cette seule nationalité, l'admiration. Son travail, heureusement, la justifie bien davantage. Rencontre.

Suisse | Pierre-Alain Dupraz

Quel serait donc le secret de l'architecture suisse ? Pierre-Alain Dupraz, par son parcours original, pourrait apporter quelques éléments d'explication. «Je travaille depuis l'âge de quinze ans en agence d'architecture», dit-il. Des vertus, sans doute, de l'apprentissage.

«J'ai très tôt voulu apprendre le métier de dessinateur-architecte. J'avais, adolescent, une idée précise de ce que je désirais faire. J'aimais le dessin, la représentation en trois dimensions et les maquettes. Je voulais me former sur le tas. Je suis allé par la suite dans différents bureaux marqués par la mouvance rationaliste. J'ai notamment beaucoup appris au contact d'Archambault, Barthassat & Prati, une agence proche de l'école tessinoise, chez qui je suis resté plus de cinq ans», raconte-t-il.

A 25 ans, sans surprise, Pierre-Alain Dupraz faisait déjà montre d'expériences. A ses yeux, ce n'était pas encore suffisant. Il devient donc «technicien du soir» à Genève pour parachever sa formation et exercer rapidement en son propre nom. «Je voulais être indépendant», se souvient-il.

Pour se lancer, il y eut toutefois une association formée avec son frère, Christian Dupraz. Elle dure près de huit années. Elle est le temps d'une recherche sur la modularité et la préfabrication.

Puis, le désir d'indépendance refait surface. «J'ai eu l'occasion à travers un premier projet d'initier une approche plus personnelle», affirme-t-il. En 2002, Pierre-Alain Dupraz se voit en effet confié la réalisation d'une crèche. Le propos est alors troublant : l'architecte enterre les enfants...

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Voilà de quoi éveiller la polémique !… et peut-être même d'exister. Là n'était pas l'objectif d'un homme plutôt sage. Il fallait surtout, à ses yeux, face à un programme ambitieux – densifier une parcelle tout en y créant un espace vert – faire montre d'audace.

Pierre-Alain Dupraz reconnaît volontiers aujourd'hui avoir imaginé, à cette occasion, un parti aussi «inattendu» que «courageux» : «La loi genevoise autorise de construire en sous-sol jusqu'aux limites de la parcelle. Nous avons donc imaginé créer un jardin en contre-bas pour les enfants ; la toiture de la construction souterraine pouvait logiquement devenir un autre espace vert. Nous avons pu, par ce biais, répondre facilement à la problématique posée», souligne-t-il. De l'intelligence.

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La «fabrication d'un sous-sol» est alors devenue une idée fixe tout en posant, bien entendu, de multiples questions sur les thèmes de la salubrité, de la ventilation, de la lumière ou encore des ambiances. «Nous avons très tôt rebondis sur un autre projet», reprend l'architecte. Il s'agissait, cette fois-ci, d'une maison à flanc de montagne. A sa plus grande joie, construire dans la pente appelait, de nouveau, ces mêmes interrogations.

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Aujourd'hui, Pierre-Alain Dupraz expose jusqu'au 17 mai prochain, quinze années de travail à la Galerie d'Architecture, à Paris*. Finement choisi, chaque projet, en jouant de la topographie, se veut l'illustration d'une étape dans un long processus de réflexion.

Face à la photographie d'une passerelle des plus aériennes, située,à Genève, au dessus des voies de chemin de fer, l'architecte explique volontiers vouloir travailler plus encore ces sujets. Un goût du paradoxe ? «Les ouvrages d'art sont un terrain de jeu parallèle à l'architecture. C'est un travail qui permet d'enrichir ma pensée sur les structures. Je ne peux plus désormais m'empêcher d'observer la statique et l'équilibre d'un bâtiment», reconnaît-il.

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De nombreuses maquettes, présentées au 11 rue des Blancs-Manteaux, illustrent la minutie avec laquelle Pierre-Alain Dupraz et ses douze collaborateurs conçoivent l'architecture. «Nous travaillons avec des images de synthèse, bien évidemment, mais la maquette permet d'être bien plus concrets et, surtout, elle autorise, avec le client, un rapport de confiance. Tout un chacun est plus à même de se projeter dans un modèle réduit que dans une image», assure-t-il.

Le plupart des maquettes sont au 1/33e. «C'est un espace d'abstraction mais nous nous efforçons d'être le plus proche possible de la matérialité du projet. Aussi nous les peignons systématiquement», dit-il.

Le temps de la maquette n'est pas seulement pour Pierre-Alain Dupraz celui de la conception et de la communication du projet. Il se prolonge durant le chantier pour, vraisemblablement, contrôler le dessin jusqu’à sa livraison.

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«Plus un chantier est retardé, plus j'y vois l'occasion d'améliorer un projet», reprend-il, positif dans l'âme. L'architecture se mesure en heures, en jours, en mois, en années… La ville ? En décade ! L'agence genevoise planche aussi sur de grands projets urbains et fait montre de patience. «Nous réalisons avec Gonçalo Byrne le plan d'aménagement du secteur de l’Etoile, pièce maîtresse du quartier de La Praille à Genève», annonce fièrement Pierre-Alain Dupraz.

Ce mariage avec un architecte portugais n'est pas un hasard. «Je ne l'ai malheureusement pas rencontré à l'EPFL où son apport théorique a été particulièrement important. Je connaissais toutefois son travail et lui a découvert le mien», dit-il. Voilà peut-être un nouveau cycle qui s'annonce désormais pour Pierre-Alain Dupraz.

Quoi qu'il en soit d'architecture en ingénierie, de maisons en plan d'urbanisme, l'ancrage à la terre reste la plus grande constante. Soliste dans l'âme.

Jean-Philippe Hugron

*Exposition 'Pierre-Alain Dupraz, la topographie en architecture' présentée à la Galerie d'Architecture, du 21 avril au 17 mai 2017, 11 rue des Blancs-Manteaux, 75004, Paris.

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