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Global Award 2017 | Assemble, des airs de bébés Bouchain (17-05-2017)

Assemble est un collectif d'architectes fondé en 2010 au Royaume-Uni. Son nom s'invite dans la plupart des récentes biennales, triennales et autres expositions célébrant les vertus de pratiques alternatives. Son nom est désormais couronné d'un Global Award. L'occasion de prendre connaissance plus avant d'une manière de faire mais aussi d'interroger la pertinence d'un modèle. Assemble ne serait-il viable, après tout, que du fait de son originalité ?

Global Award | Royaume-Uni

James et Jane sont jeunes. Lui, jeans et t-shirt. Elle, appareil dentaire, sautoir, et jogging chic. Ils représentent, sur scène, leur collectif qui réunit aujourd'hui pas moins d'une vingtaine d'architectes et d'étudiants dont certains enseigneraient, dit-on, avant même d'avoir été diplômés.

«Ce qui nous rassemble est notre volonté de construire une charpente, une architecture collective», dit-elle. Les accents pris rappellent très vite ceux de Patrick Bouchain. Le «faire» est brandit, plus encore le «faire plus».

Ils appellent logiquement à la participation de tous. Ils font aussi du chantier une «intervention publique», un «spectacle habité».

Ils illustrent volontiers leurs propos par l'un de leurs premiers «happening», un cinéma improvisé, en 2010, sur les ruines d'une station essence : CINEROLEUM. «Nous voulions démontrer que les architectes peuvent endosser d'autres rôles», souligne Jane. Sous une structure rouillée, Assemble imagine donc une salle de projections. Rideaux et assises sont réalisés in situ à partir de matériaux de récupération et d'isolants à bas coût.

En 2011, le groupe réédite l'exploit. Cette fois-ci, il érige la façade d'une maisonnette en brique entre deux voies rapides. Le temps d'un été, café et cinéma y prennent place.

07(@DR)_B.jpgFort de ces références, Assemble obtient l'aménagement d'une place à New Addington, une banlieue de Londres. «Beaucoup critiquaient la seule possibilité d'une intervention. Ils dénonçaient avec cynisme la dépense engouffrée dans cette opération», assure James.

Pour transformer cette espace public en dépit des réticences, Assemble a divisé en deux le budget alloué : une part irait à l'amélioration physique du lieu. Une autre, à son animation. Boîte à idées, concertations et participations sont venues enrichir le cahier des charges. «Nous étions résidents du projet», précise James.

La rencontre avec les architectes d'Assemble était l'occasion pour les citoyens de New Addington de «s'autonomiser» mais aussi de «s'approprier» le projet. «Nous avons très tôt organisé des activités pour prouver que cette place pouvait être utilisée et devenir un point focal», dit-il.

Il y avait ensuite à gérer le succès de l'opération et les «tensions politiques» qui en ont découlé : «les usages sont souvent difficiles à partager. Il faut travailler sur l'humain pour que l'espace soit bien géré», affirme-t-il.

De projets en installations temporaires, Assemble finit par s'installer dans un hangar au moment même où les appartements des uns et des autres devenaient trop étroits pour y loger des ambitions bien plus grandes. Ils côtoient alors dans un coin perdu de l'East End London menuisiers et charpentiers. Ils ont enfin l'espace pour développer des matériaux, notamment des écailles de béton fait-main.

Les projets, très rapidement, se bousculent. Parmi eux, un «terrain d'aventure». En lieu et place d'un centre d'art – une proposition jugée «immorale» par Assemble, le groupe a proposé, dans un quartier pauvre de Glasgow, la réalisation d'un jardin pour enfants. «Ce qui nous intéressait était la manière dont on peut aider une communauté qui n'a peut-être pas le sentiment d'en être une», affirment-ils. Le groupe britannique a, à cette occasion, l'idée de raviver l'idée des «terrains de jeux» qui avaient, à Berlin, dans les années 80 fédéré la population.

«Nous avons imaginé que chaque enfant pourrait apprendre en construisant. Nous voulions développer une démarche éducative afin de responsabiliser tout un chacun», précise James. A l'écran, défilent les images de jeunes bambins au travail dont l'un, une scie à la main. Se couper ferait partie de l'apprentissage.

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L'initiative la plus connue est celle qu'Assemble porte à Liverpool. Le projet «Granby Four Streets» propose de transformer des maisons ouvrières victoriennes plutôt que de les détruire. «Il s'agit pour nous de minimiser la démarche constructive», affirme Jane.

L'idéal de réutilisation et de récupération y est mis en œuvre. Toutefois, il est également assorti d'un travail «inhabituel» puisque «formel». «En effet, nous devions donner au projet une personnalité. Nous devions créer des objets», reprend James.

Un atelier est fondé. Les habitants du quartier y trouvent des établis mais aussi des outils et même un four. Carreaux de céramique, poignées de porte, cheminées, meubles en bois y sont produits. «Chacun doit trouver un rôle dans ce projet.Le concepteur est là pour développement les idées et repousser les limites», résume Jane.

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Marie-Hélène Contal, membre du comité scientifique du Global Award, voit volontiers dans cette ultime démarche la naissance d'un «artisanat à filière urbaine courte». Elle s'interroge toutefois sur la pérennité de cette belle démarche autant d'ailleurs, plus généralement, que sur l'avenir d'Assemble.

«La question traverse toute la jeune scène alternative, participative...qui veut sortir du système commande/projet pour retrouver un vrai rôle social et culturel», note-t-elle. Et pour vivre et boucler ses fins de mois, chaque membre d'Assemble enseigne…

Plus qu'une pratique ou qu'une «agence», Assemble est un «projet» sinon l'opportunité d'un apprentissage de l'art de construire. Seule la rareté de ces groupes leur autoriserait leur survie économique. Si ils venaient à se multiplier, leur force serait probablement moindre. Assemble n'est malheureusement que (la belle) exception qui confirme la règle.

Jean-Philippe Hugron

   

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