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Global Award 2017 | Paulo David, na(rra)tif de Madère (17-05-2017)

Lyrique. L'exposé de Paulo David au symposium du Global Award était empreint de poésie. L'architecte relatait, à force d'envolées, ses plus récentes réalisations. Toutes se situent sur son île natale : Madère. Toutes cherchent à retrouver la géographie lente de l'île.

Global Award | Portugal

Ses premiers mots, lors d'une conférence donnée lundi dernier, font fi d'une histoire personnelle. Il ne dira rien de ses études à Lisbonne, ni de ses collaborations avec Gonçalo Byrne et João Luis Carrilho. En revanche, l'architecte évoque volontiers une géographie personnelle. «L'insularité est un habitat étrange», assure-t-il. Madère qui compte selon lui parmi «les vraies îles», celles nées de l'activité volcanique, celles qui «émergent du fond», est le territoire de son œuvre.

«Pour rendre l'île habitable, il a fallu la transformer», dit-il. Avec force photographies, l'architecte expose son imagier : des falaises creusées par l'homme ou encore des constructions militaires comptant parmi ces architectures «sans architecte».

A l'écran, sur quelques roches torturées par la mer, un édifice défensif se détache, dans sa régularité et sa simplicité géométrique. «Je visite souvent cet endroit. Quand on doute, il faut relire le même livre. Retourner sur ce site me permet de comprendre la manière dont je pose mes pieds sur le sol», raconte-t-il.

Construire à Madère appellerait, selon l'architecte, «à vaincre la verticalité». Montagnes et falaises sont abruptes. Alors que Paulo David se voit confié la réalisation d'un centre d'art, face à la mer, au sommet d'un massif rocheux, il imagine une construction «au caractère de forteresse» afin de poser «l'idée de limites».

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Ce projet contient des salles d'exposition et un auditorium. «L'art est imprévisible. Il est donc difficile de lui composer un espace», assure l'architecte. D'aucuns peuvent alors comprendre que la proposition de Paulo David est simple. De régulières boîtes blanches.

Mais au-delà du programme, l'architecte a composé, à l'extérieur, une «promenade» voire, selon ses mots, «des chemins pour explorer la profondeur, la lumière et le temps». Une rampe a été créée dans cette déambulation pour assurer «un contre-temps à la vitesse».

«L'humain cherche volontiers à accélérer le temps de la géographie. Les tunnels creusés dans la montagne raccourcissent les parcours autant qu'ils causent une forme d'amnésie du lieu», dit-il. L'architecte regrette cet oubli et voit, avec nostalgie, ces heures de routes passées pour aller de l'autre côté de la petite île volcanique.

La faute au tourisme ! «Nous sommes désormais tous condamnés à être des touristes et non plus des voyageurs», se lamente-t-il. La consommation des vues touristiques appellent toujours plus de rapidité et d'accessibilité. La lutte pour un équilibre s'engage. C'est, pour Marie-Hélène Contal, membre du comité scientifique du Global Award, ce point qui, au-delà d'une architecture remarquable, a forcé l'admiration du jury.

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«Paulo David a cherché dès ses premiers projets à civiliser ce tourisme, à régler le rapport avec une activité qui apparaît, à la lumière de l'histoire, à la fois ressource et flux invasif», écrit-elle. C'est aussi cette approche critique qui a été saluée à Venise par Alejandro Aravena lors de la dernière Biennale d'Architecture. Paulo David y exposait «inverted ruins», la maquette d'un projet dont la réalisation est promise depuis l'incendie ayant ravagé le Parc Ecologique de l'île.

Il s'agit selon son concepteur d'une «construction en bois simple et rudimentaire réutilisant le bois des arbres qui ont brûlé aux alentours, avec un revêtement fait avec la terre de cet endroit. […] L'espace créé sous cette charpente offre une possibilité de retraite ou de réserve pour les passionnés de la montagne. Sur son contrepoint, un escalier léger longe toute la construction sur sa crête extérieure et permet d'observer l'immensité du massif montagneux».

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In fine, l'architecte souhaite «revenir en arrière» pour «réinsérer la géographie» dans le développement de l'île et «renaturaliser» l'espace en suivant «la logique de la topographie». Un doux rêve qu'il alimente à force de réalisations exemplaires.

Jean-Philippe Hugron

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