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Global Award 2017 | Sonam Wangchuk, stupas et enseignements (17-05-2017)

Wangchuk. Vous avez bien lu. Avec un C et un K. Rien à voir avec l'architecte chinois. Wangchuk donc. Sonam de son prénom. L'homme est ingénieur. Il est même le premier ingénieur récipiendaire d'un Global Award. Son histoire est aussi étonnante qu'exemplaire… mais jusqu'à quand ?

Global Award | Inde

Patrice Doat, cofondateur du laboratoire de recherches CRAterre, ne tarit pas d'éloges sur Sonam Wangchuk. Et pour cause, l'ingénieur est venu en 2008-2009 suivre, à Grenoble, une formation avant d'entreprendre «un pèlerinage de la terre». L'homme avait alors en tête de parcourir l'Himalaya, le Népal, le Tibet et le Bhoutan pour observer, compiler mais aussi assimiler l'ensemble des techniques traditionnelles de construction toujours en usage.

Son objectif ? En faire de même dans sa région natale, le Ladakh. Province située au nord de l'Inde, cette contrée présente un paysage montagneux et désertique. A peine quelques oasis se forment le long de l'Indus.

«Quand on découvre cette région, elle semble inhospitalière tant elle paraît lunaire. Des femmes et des hommes survivent pourtant dans cette nature rude. Des peuples entiers y ont développé des savoirs, des métiers, une culture. Ils forment une communauté linguistique mais aussi climatique», résume Sonam Wangchuk.

L'ingénieur aborde très vite son sujet : l'échec. Celui que les habitants du Ladakh essuient sans cesse. «Après dix ans d'études, à peine 5 % des élèves réussissent», dit-il.

L'explication serait l'importation, depuis New Dehli, de livres et de manuels scolaires totalement inadaptés. Que pourrait comprendre des enfants nés dans les montages d'une géographie tropicale ? Ou d'une langue qui n'est pas la leur ?

Sonam Wangchuk se fait alors chantre de l'anti-système… déjà ! Il fonde à 22 ans, en 1988, une ONG, SECMOL : Mouvement éducatif et culturel des étudiants du Ladhak. «Notre priorité était de nous adresser aux prétendus mauvais élèves. Il ne fallait pas leur donner des cours magistraux mais les impliquer dans l'enseignement», précise-t-il. Bref, de la participation.

«Nous devions alors utiliser la terre et le soleil dont nous disposions mais à condition de savoir utiliser nos mains», résume-t-il. L'apprentissage par l'expérience devient un credo. Les chiffres évoluent rapidement. Aujourd'hui, le taux de réussite atteint 75 %.

Plus qu'une statistique, les réalisations de Sonam Wangchuk témoignent de ce changement. Là où il n'y avait que désert se dressent désormais quelques arbres mais aussi une école «qui ressemble à un bâtiment traditionnel».

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«Nous souhaitons innover autour de la terre, du soleil, de la glace et du feu», dit-il. Les formes, quant à elles, n'ont pas vocation à être changées. Sauf que certaines traditions, autant que la mise en œuvre de la terre, portent «les stigmates de la pauvreté».

«Nous avons ciblé les personnalités les plus riches de la région afin qu'elles utilisent elles-aussi ces matériaux et leur donne un peu de… glamour», sourit Sonam Wangchuk qui finit par obtenir gain de cause.

«L'encyclopédiste», comme l'aime à l'appeler Patrice Doat, a donc développé une approche originale mêlant ingénierie, architecture, agriculture, pédagogie... L'une des plus étonnantes réalisations reste l'étrange système de conservation de l'eau : les stupas de glace.

«La formation des villages est liée à la présence d'eau et celle-ci dépend de la fonte des glaciers. Nos ancêtres n'arrivaient pas à irriguer l'eau, sauf au printemps. Il fallait donc trouver un moyen de la conserver un peu plus. A plat, sous forme de glace, elle fond rapidement. L'idée était de créer une masse conséquente pour ralentir la fonte», dit-il.

L'eau, prise de l'Indus, est, à quelque distance du rivage, projetée en l'air. Un monticule de glace, sous l'effet des températures froides, se forme progressivement. Le cône atteint jusqu'à 30 mètres de hauteur. La silhouette évoque celle des stupas bouddhistes, tant et si bien qu'elles se couvrent rapidement de drapeaux traditionnels. La communauté bénéficie ainsi d'une réserve d'eau jusqu'en juin voire juillet.

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Sonam Wangchuk, fort de ses réussites, voit désormais plus grand. Il diffuse volontiers les images de sa nouvelle ambition : un campus mais aussi la mise en culture d'une région désertique, bref «une ville verte dans le désert». Là où il n'y avait que terre et pierre, il promet de faire pousser de la végétation mais aussi de construire une université donnant des cours d'agriculture, d'architecture, de tourisme, d'écologie et d'économie.

Voilà le rêve d'un homme qui souhaite développer sa région natale. Mais, alors qu'il présente les images d'un territoire tel qu'il est aujourd'hui et tel qu'il devrait être demain, d'aucuns pourraient éprouver un sentiment étrange voire, un malaise.

L'utilisation de la nature qui caractérise la pensée de Sonam Wangchuk tendrait à devenir un curieux contrôle de la nature. Irriguer le désert… n'a-t-il pas, à grande échelle, tué la mer d'Aral ? En «verdissant» cette région aride, l'action de Sonam Wangchuk ne peut-elle pas toucher un équilibre naturel ? Voilà autant de questions qui, au-delà d'une mission philanthropique, mérite d'être posées.

Jean-Philippe Hugron

 

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