Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Global Award 2017 | L'éloge du bruit de Takaharu Tezuka + Yui Tezuka (17-05-2017)

Un couple. Une famille aussi. Takaharu Tezuka + Yui Tezuka est une agence japonaise dont le travail ne donne nullement dans la bizarrerie formelle. Le duo cherche à travailler différemment, à s'entourer de compétences mais aussi à remettre en cause la notion de confort. «Nos vies peuvent être idéale», assurent-ils… y compris en faisant l'éloge du bruit.  

Global Award | Japon

La critique se tromperait à leur sujet ; «il est naïf de célébrer le seul talent des architectes», assure Marie-Hélène Contal, membre du comité scientifique du Global Award. L'erreur serait toutefois le propre d'un piège, celui laissé justement par Takaharu et Yui Tezuka.

En effet, les deux architectes, lors d'une longue conférence, ont personnifié leur pratique. Avec autant de sérieux que d'autodérision, le couple se met allègrement en scène : elle porte un pull rouge, lui, un T-shirt bleu. Leurs enfants ? Du jaune pour la fille, du vert pour le fils. Aujourd'hui comme hier. Hier comme demain.

La présentation ne fait pas l'économie de photographies de famille. Ici, dans un jardin d'enfants. Là, au Centre Pompidou. Au-delà de cette curieuse mise en avant, deux projets de l'agence sont dûment présentés : la «maison-toit» et l'école Fuji.

De prime abord, Takaharu et Yui Tezuka se perdent en anecdotes. De voisins curieux en livreurs de pizza. La «maison-toit» semble aussi, à sa livraison en 2001, réinventer l'oblique de Claude Parent. Difficile donc de comprendre la portée de cette réalisation.

Dans son propos introductif, Anne Feenstra, ancien lauréat des Global Awards, assurait voir «une architecture générée sur les besoins des utilisateurs». A l'inverse, un critique de GA n'avait pas apprécié la 'maison-toit'. «Selon lui, nous avions imposé à toute une famille une manière de vivre originale, or nous n'avons fait que nous pliés à ses usages», assure Takaharu Tezuka.

La maison-toit est donc cette villa où parents et enfants rejoignent régulièrement le toit pour y vivre ; déjà, dans leur précédente maison, tous avaient cette habitude étrange alors même que pentes et tuiles étaient particulièrement inconfortables puisque inappropriées à une telle occupation.

L'intention du duo d'architectes est donc généreuse. Fait-elle pour autant une spécificité devant être saluée et récompensée ?

02(@KatsuhisaKida).jpg

Un second projet se montre bien plus intéressant : l'école Fuji. Caractérisée par son plan rond, elle est reconnue par l'OCDE et l'UNESCO comme l'une des réalisations scolaires les plus exemplaires au monde. Ses photographies font dès lors la fortune de rapports en tout genre sur les questions d'éducations.

Le projet est, de prime abord, présenté par ses concepteurs comme une «lutte» contre les réglementations. Au Japon, comme en France.

«Il est un peu naïf de célébrer ici le seul talent des architectes, comme s'il suffisait pour supprimer les normes et libérer l'espace. Pour concevoir une école aussi inventive, les Tezukas n'ont pas pu convaincre seuls», poursuit Marie-Hélène Contal.

Lors de la conférence, aucune autre figure que celle des architectes n'est évoquée. Pourtant, le grand mérite des Tezukas est d'avoir su s'entourer. «Nous avons étudié toutes les écoles avec Sekiichi Kato, un des plus grands penseurs sur l'éducation selon moi, après Rudolf Steiner, Célestin Freinet, Maria Montessori. La méthode Montessori fut conçue pour des enfants handicapés alors Sekiichi Kato a développé un concept pour tous les enfants, et a voulu surtout y inclure l'environnement physique et spatial», explique Takaharu Tezuka, loin de la scène du Global Award.

03(@KatsuhisaKida)_S.jpg

Le couple avait, en effet, fait la connaissance de Sekiichi Kato en 2002. L'homme était alors directeur du jardin d'enfants Fuji. De cette rencontre, l'agence a développé un premier projet, celui présenté, puis d'autres. En tout, quatre écoles ont été construites pour satisfaire les exigences du pédagogue.

Ils ont aussi collaboré avec Tsutomu Ohashi, homme orchestre, à la fois musicien et neuroscientifique, compositeur et biologiste. «Il s'intéresse aux sciences de l'environnement, de l'information, à l'anthropologie. Avec son laboratoire Akiva, nous avons formulé l'hypothèse que le silence, l'absence de bruits de fond qui règnent dans les écoles modernes, est un facteur des autismes. Dans le jardin d'enfants Fuji, ces bruits de fond existent au contraire, naturellement, parce qu'il y a peu de cloison et que les sons peuvent circuler entre les espaces...», précise Takaharu Tezuka. Pour l'architecte, les enfants autant que tout individu, focalise davantage son attention sur un propos dès lors qu'un bruit ou une rumeur occupe un arrière plan sonore.

04(@KatsuhisaKida)_S.jpg

In fine, c'est une remise en cause du «confort» qu'appellent de leurs vœux Takaharu et Yui Tezuka. C'est aussi une manière autre de faire leur métier qu'ils espèrent. «Nous faisons peu de concours. Y répondre signifie travailler seul – c'est-à-dire pour nous travaillons en-dessous de nos capacités», disent-ils. Bref, entourés, ils cherchent à améliorer l'environnement bâti et la construction pour «contribuer à changer le monde».

Jean-Philippe Hugron

Réagir à l'article


tos2016

Présentation |Fernando Menis, volcan, soupe et kilomètre zéro

Depuis Tenerife, Fernando Menis imagine une architecture tellurique, quasi volcanique. La plupart de ses édifices sont d’imposantes structures minérales, plus ou moins torturées, autant que peuvent l’être...[Lire la suite]

Notice |Casa MO par Gonzalo Mardones Viviani

Gonzalo Mardones Viviani aime à citer son maitre Alberto Cruz Covarrubias pour qui, un architecture sans idée relèverait simplement de la construction. «Il est à mon sens l’architecte le plus profond de la...[Lire la suite]


Visite |CAB, hold-up sur le paysage

CAB, encore CAB. La CAB, dit-on d’ailleurs. Equerre en poche, un coup de projecteur inespéré pour l’agence niçoise. Au Courrier de visiter la réalisation primée à La Trinité ainsi...[Lire la suite]