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Edito | La réinvention : des trous pour un trou... (31-05-2017)

En attendant de réinventer Anne Hidalgo, Anne Hidalgo réinvente. L'eau chaude ? Le fil à couper le beurre ? Paris ! Puis la Seine ! Et de nouveau Paris… mais cette fois-ci, une réinvention en profondeur. Au-delà d'une fuite en avant se cache une course à l'événement et... à l'argent.

Réinventer Paris | Paris

Paris est une fête ! Hemingway a, par ce titre, fait mouche. Anne Hidalgo veut – pas folle la guêpe – faire le buzz.

Paris est donc un événement ! Un événement permanent, un festival d'annonces. En février 2016 : présentation des vingt-deux projets pour Réinventer Paris. En mai 2016 : lancement de Réinventer la Seine. Toujours en mai 2016 : Inventons la métropole. En janvier 2017 : Faire Paris. En mai 2017 : Réinventer Paris 2.

Ce calendrier ne révèlerait-il pas un malaise ? Pas un seul projet de Réinventer Paris n'est encore sorti de terre que déjà quatre autres «appels à projets innovants» ont été lancés.

Qui plus est, la formule peine désormais à séduire. Les organisateurs de Réinventer la Seine se félicitaient du «grand succès» de l'opération : 174 équipes ont travaillé sur 35 sites différents. Pourtant ce chiffre est moitié moindre que la première édition de l'événement. Réinventer Paris avait, en effet, réuni 372 projets sur 23 sites.

Idem pour Inventons la Métropole : 420 candidatures pour 57 sites. En moyenne, 16 équipes ont travaillé par site pour Réinventer Paris, 5 pour Réinventer la Seine et 7 pour Inventons la métropole. Du buzz au pschitt.

Les calendriers sont eux-mêmes parfois bousculés : Réinventer la Seine prévoyait un «lancement opérationnel» dès le printemps 2017… Pour l'heure, aucun projet n'est connu du public.

Pour comprendre cette course en avant, il faut avoir en tête le thème du second opus de la «réinvention» : «les dessous de Paris».

Le règlement est clair et stipule : «le sous-sol est une ressource à capitaliser. C’est un gisement foncier : le sous-sol offre de l’espace encore disponible et constructible en particulier hors des espaces publics». Voilà donc, entre les lignes, une nouvelle manne financière.

Et pour cause, des 34 sites proposés dans le cadre de Réinventer Paris II, 23 sont la propriété de la ville de Paris. Leur adresse ? Place de l'Etoile, Place des Vosges, Esplanades des Invalides, Louvre… certains n'ont même que peu à voir avec le thème envisagé : des hôtels particuliers du Marais, sous prétexte de caves voûtées, sont mis en vente. Bref, du buzz au biff  !

L'empressement de la ville à multiplier ces appels à projets innovants n'a donc d'égal que le creusement irréductible de la dette : 5 milliards en 2016 et bientôt 6 milliards en 2018. Il faut donc vendre vite et bien ces sous-sols pour combler le trou !

Jean-Philippe Hugron

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