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Actualité | Qui a voulu la peau de Mies? Le prince Charles ! (31-05-2017)

Une exposition présente, à la Riba Gallery de Londres, tenants et aboutissants d'un échec : Mansion House Square, un projet de tour au cœur de la City, un édifice imaginé par Mies van der Rohe lui-même. Revenir cinquante ans plus tard sur ce projet semble un moyen détourné d'alerter le public sur l'avenir de la capitale britannique.

Londres

Swinging London. Mini-jupes et brutalisme. Dans ce contexte, un bâtiment victorien pouvait aisément disparaître pour laisser place à une élégante tour moderne signée Mies van der Rohe. Vitrages couleur bronze et sombres menuiseries inscrivait l'édifice dans la lignée des Seagram Building de New York et Westmount Square de Montréal.

La maquette présentée en 1962 était audacieuse : au-delà du seul gratte-ciel, Sir Palombo, promoteur du projet, proposait de réaliser, selon les plans de Mies van der Rohe, une importante place publique en marge de la Mansion House abritant la résidence officielle du maire de la City.

Ce schéma exigeait toutefois l'acquisition d'immeubles et de lots entiers. Ce n'est qu'en 1984, quinze ans après la mort de l'architecte, que le parcellaire avait enfin été réuni en vue de pouvoir réaliser le projet souhaité. Sauf que le Prince Charles s'est invité, en personne, dans le débat. Suivant sa vision traditionaliste de l'art de bâtir, l'héritier du trône s'est montré particulièrement critique à l'égard des ambitions de Sir Palombo.

«Ce serait une tragédie si le caractère et l'horizon de notre capitale devaient être de la sorte ruinés et si Saint Paul devait être éclipsé par un autre moignon géant de verre qui serait mieux à Chicago qu'à Londres», avait-il alors affirmé.

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Les visées immobilières de Sir Palombo se sont vues contrecarrées par la critique princière. Toutefois, il serait vraisemblablement injuste de limiter l'abandon du projet à cette seule sentence.

En effet, la Londres des années 80 était celle des émeutes, des grèves et des attentats de l'IRA. L'ère Thatcher n'invitait pas les pouvoirs publics à imaginer de vastes espaces publics. Trafalgar Square dont les fontaines réduisaient beaucoup la possibilité d'occuper la place s'est vu, à l'époque, transformée en vaste carrefour automobile.

En attaquant la tour, les pouvoirs publics appelaient donc à l'abandon du projet d'esplanade. Les plans de Mies van der Rohe pouvaient alors rejoindre ceux de Sir Christopher Wren également contrarié dans sa volonté de créer devant Saint Paul un monumental parvis.

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Pour Jack Self, rédacteur en chef de Real Review et commissaire du Pavillon Britannique de la Biennale de Venise en 2016, cette exposition doit poser les fondements d'une nouvelle réflexion : «dans une réalité post-Trump et post-Brexit, l'espace public et son occupation n'ont jamais été aussi importants. J'espère tout particulièrement que que cette mise en lumière des propositions de Mies à Londres peut contribuer à renouveler le débat sur le type de ville dans lequel nous voulons vivre aujourd'hui», dit-il.

Ces mots rapportés en février 2017 par Dezeen trouve un écho dans un récent article du 15 mai 2017 du Financial Times sur «l'architecture anti-terreur».

La lutte contre le terrorrisme défigure en effet bien des bâtiments et, plus encore, entrave leur fonction. Cité par le quotidien britannique, Richard Rogers assisterait, désarmé, à la progressive fermeture des espaces publics de Beaubourg ou encore à ceux du siège de la Lloyd's à Londres, deux projets pensés pour être le plus ouvert possible.

«La demande croissante de mesures défensives coïncide malgré tout avec l'appel à plus d'ouverture, d'emphase et d’exubérance en matière d'architecture, à savoir à plus de rez-de-chaussée libre d'accès, par exemple, y compris dans des immeubles de bureaux. Mais les deux sont difficilement conciliables», reconnait la journaliste. Bref, la générosité se fait de papier et l'impératif sécuritaire vient très tôt rattraper la réalité.

Plus pervers serait toutefois une situation où bien des dispositifs de sécurité serviraient, à terme, la privatisation de l'espace public ou, pire encore, que les protections contre les terroristes ne soient utilisées contre des manifestants… 

Il restera néanmoins, dans cinquante ans, pour se réconforter, quelques beaux plans et grandes maquettes de projets ouverts et généreux pour attester du contraire... 

Jean-Philippe Hugron

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