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Visite | Jean-Pierre Lott, big bang à Vitrolles (14-06-2017)

A Vitrolles, des barres. Rien d'autre et point barre. Dans l'austère composition moderniste de béton gris, lumière et végétation semblent adoucir les arrêtes vives d'une géométrie urbaine répétitive. Dans cet ordre froid, une explosion de joie ! La médiathèque signée Jean-Pierre Lott qui, derrière son plissé recèle un œuf, vient embellir la ville.

Culture | Béton | France | Jean-Pierre Lott

Vitrolles ! La ville s'étend en longueur sur douze kilomètres. Le paysage est plutôt morne. D'aucuns, pour y parvenir emprunte une route à travers pinèdes. L'été dernier, la fournaise en emportait plusieurs hectares.

Entre des arbres aujourd'hui calcinés, chacun peut deviner depuis la vitre d'une voiture, un sombre monolithe qui signale l'entrée de ville. Par dessus les cimes décimées, le Stadium s'impose dans son obscure étrangeté. Son architecte ? Rudy Ricciotti.

En pèlerinage, des curieux tournent autour de l'étonnante Kaaba événementielle. Abandonnée, la salle de spectacles est sauvagement livrée à des tagueurs plus ou moins talentueux. Malgré tout, la rigoureuse géométrie, dans un paysage torturée, fascine toujours autant.

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La porte de l'équipement est curieusement ouverte. A l'intérieur, le vandalisme fait rage : les sièges sont arrachés, les gardes corps pillés… La mise en scène post-apocalyptique en ferait tomber plus d'un à la renverse.

D'autant plus que dehors le soleil cogne et quelques rais de lumière filtrent dans la salle. La vision en serait, étourdissante, presque magique. Poésie au vitriol ! Le visiteur s'essouffle dans ses élans et prend rapidement conscience d'une horrifiante gabegie. L'esthétique de la ruine a ses limites.

Bien plus loin, dans un contexte moins bucolique et plus urbain, une nouvelle masse de béton, en réponse, ne laisse pas d'étonner. La nouvelle médiathèque s'inscrit, dans sa folle danse, au milieu d'arides barres de logements. Dans l'ennuyeux paysage moderne, Jean-Pierre Lott fait d'un équipement, «l'opéra du béton».

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Le lieu était en effet indiqué pour y réaliser une construction expressive. L'architecture imaginée prend dans ces conditions, tout son sens. Elle pouvait néanmoins, en images, perdre de de son éloquence. Et en plan, en effrayer plus d'un. Il y avait là comme un trop plein de rondeurs et de circonvolutions.

Sur place, l'appréciation change du tout au tout. Le regard qui, sur une feuille de papier, embrasse l'ensemble du bâtiment, doit se contenter, in situ, de perspectives réduites. Jamais la totalité n'est visible. L'oeil se plaît donc à observer, d'un endroit à l'autre, le flirt d'une architecture avec son environnement ou encore ce froufroutage de béton jouant avec la lumière et dessinant du fait de nombreux porte-à-faux un ombrage aussi délicieux que nécessaire.

04(@AldoAmoretti)_B.jpgL'intérieur est encore plus spectaculaire. Immaculée conception ! Tout est blanc et lumineux. Des géométries diverses, tantôt régulières, tantôt courbes, forment une composition généreuse. En pénétrant dans cet espace, tout un chacun comprend l'ambition du programme : aller au-delà de la simple médiathèque.

Et pour cause, Vitrolles souffrirait de ne pas avoir de centre-ville. En arasant l'une des barres qui s'y trouvait, en y créant une place et en libérant une parcelle promise à un grand équipement culturel, la municipalité faisait, avant tout, un pari urbain.

D'aucuns, dans ces circonstances, désigneraient volontiers la médiathèque comme un «tiers lieux». De fait, même lors d'une après-midi ensoleillée, quelques lycéens se pressent pour utiliser des espaces de travail afin de réviser leux examens, deux Vitrollaises se retrouvent pour prendre le café, et une jeune femme voilée prend les conseil d'une employée municipale… la médiathèque se fait, chaque, centre-social.

«Nous voulions un 'lieu ressource' qui soit aussi bien l'endroit de la médiation sociale que de la prévention contre l'exclusion», assure la bibliothécaire qui, curieusement, défend l'idée que «la présence du livre intimide». Aussi, aucun ouvrage ne s'impose à la vue, pas même une étagère…

C'est donc un spectacle de formes qui accueille le visiteur. «C'est un dessin», assure Jean-Pierre Lott. «Il fallait être théâtral !», renchérit-il.

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Sans pudeur, l'architecte assume ce geste : «je dessine vite, quelques jours à peine. Il faut toujours préserver la nervosité du trait. Je laisse ensuite le temps agir ; je regarde jour après jour l'ensemble des croquis pour perfectionner ensuite les détails», dit-il.

Serait-ce un luxe ? Jean-Pierre Lott s'en défend et la médiathèque de Vitrolles serait au même prix que beaucoup d'autres, à peine plus de 2300 euros/m².

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Le projet est ainsi maîtrisé. Formes et courbes sont d'ailleurs parfaitement exécutées. L'expérience de l'architecte fait démonstration ; Jean-Pierre Lott n'en est pas à ses premiers obus et La médiathèque, aux contours familiers, partage une parenté avec bien d'autres projets de l'agence : la mairie de Bagnolet ou le groupe scolaire de Thiais pour ne citer qu'eux. Il en va donc d'une connaissance aiguë des coûts et des couleurs mais aussi des écueils de la complexité.

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Enfin la forme ne perd jamais la fonction. Peut-être lui donne-t-elle même ses limites. L'oeuf est, par exemple, une surprenante «montgolfière» voire une «bulle», selon l'appréciation, offerte aux enfants pour l'heure du conte. Le cône accueille, quant à lui, des sanitaires. Tous les espaces sont donc lisibles, fluides et cohérents. Le vaste vide central qui les relie tous entre-eux n'en finit ainsi pas d'étonner ; il démontre la faisabilité de halls généraux par la parfaite gestion des questions 'incendie'.

Quoi qu'il en soit, loin de tout minimalisme rébarbatif,  l'architecture de Jean-Pierre Lott, un tantinet excessive, se fait riche de significations. Elle extrait par le plus grand bonheur tout un chacun, le temps d'une visite, de son environnement difficile pour le transporter ailleurs. Le geste est ainsi onirique. Voilà un big bang à coups de crayon !

Jean-Philippe Hugron

Plans

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Plan du rez-de-chaussée
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Plan de la mezzanine
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Plan R+1
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