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Livre | Laloux et l'alalie moderne (28-06-2017)

Il voulait, dit-on, que les horloges de la Gare d'Orsay soient non seulement visibles mais aussi lisibles depuis les hauteurs de Montmartre. Il y a donc, dans l'oeuvre de Victor Laloux, une grandiloquence assumée. Ses réalisations tourangelles – monumentales elles aussi – sont l'occasion d'une étude finement amenée sous le direction de Hugo Massire et publiée aux éditions Sutton. Bref, voilà le temps de la découverte...le grand-père des Modernes !

Tours

L'emphase du Second Empire d'abord. Puis la pompe de la IIIe République. La couverture du livre paru en 2017 aux éditions Sutton sur l'oeuvre tourangelle de Victor Laloux illustre l’exubérante ornementation de la mairie de Tours et témoigne d'un goût prononcé pour le faste et le décor.

Un Prix de Rome ! Sans surprise, Victor Laloux en est le prestigieux récipiendaire. D'aucuns jugeraient alors volontiers son style de pompier… Il y a quarante ans, la modernité exigeait même la démolition de son chef-œuvre ; la Gare d'Orsay fut sauvée in extremis.

Pour autant, l'aventure de ce sauvetage n'a pas fait de Laloux un nom que chacun retient ; une spectaculaire destruction l'aurait peut-être conduit, autant que Baltard, à la postérité.

Rares sont, en effet, les figures du XIXe siècle à être aujourd'hui sorties de leur oubli. C'est donc un pari que l'éditeur prend en exhumant coupes et élévations, dessins et croquis illustrant superbement trois bâtiments emblématiques de la ville de Tours : la gare, l'hôtel-de-ville et la basilique Saint-Martin, tous de Victor Laloux.

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Ce sera sans doute encombrés d'a priori dictés par une actualité qui refuse d'attribuer quelques mérites à cette architecture fin-de-siècle, que le lecteur découvrira avec curiosité cet ouvrage.

Pour les plus réfractaires, voire les plus «modernes», quelques mots de Hugo Massire suffiraient à les convaincre d'ouvrir cette étude historique.

«L'atelier Laloux s'impose comme le principal pourvoyeur de grands prix de Rome pendant près d'un demi-siècle : seize élèves recevront la distinction suprême de 1890 à 1937. Cette hégémonie est plus importante encore lorsque l'on considère la réussite des ateliers ensuite fondés par d'anciens élèves de Laloux», écrit-il.

Parmi eux, Charles Lemaresquier et Paul Bigot. Avec Emmanuel Pontremoli et Georges Gromort, disciples de Laloux, ils «forment l'essentiel des éléments les plus brillants de la génération ayant oeuvré de la période de la reconstruction jusqu'à la fin des Trente Glorieuses : Bernard Zehrfuss, Paul Herbé, Henry Bernard, Louis Arretche, Eugène Beaudouin, Jean Dubuisson, Robert Camelot...»

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Entre les lignes, se dessine une filiation… L'ombre de Laloux planerait sur plusieurs générations. Orsay fut, après tout, un modèle ! Grand Central Station s'en inspirerait et les dessins du Tourangeau circulaient, dit-on, à New York en éveillant l’appétence de maîtres d'oeuvre versés dans l'académisme historique.

«La gare d'Orsay symbolise la domination du visible sur la technique à travers la recherche de son insertion dans le grand paysage parisien, croisé avec le goût de l'architecte pour le hors d'échelle», note Hugo Massire.

Des immeubles «haussmaniens» attesteraient toutefois volontiers «de la capacité d'un prix de Rome tel que Laloux à traiter une échelle autre que le monument, et à prouver son efficacité jusque dans la sècheresse du logement locatif», précise l'auteur.

Chacun peut donc découvrir dans ces pages un système «Beaux-Arts» ayant fait du décor mais aussi de la monumentalité ses attributs. Grand père de ces Modernes qui participeront à la reconstruction, Laloux donnerait une clef de lecture.

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En outre, l'ouvrage orchestré par Hugo Massire propose trois textes d'Amandine Olivereau, Olivier Prisset et Caroline Soppelsa sur les trois bâtiments principaux de Laloux à Tours. Chacun se délectera des contradictions d'un homme, d'un «athée reconstructeur de basilique», d'un franç-maçon anticlérical, d'un pragmatique grandiloquent, d'un architecte tantôt orgueilleux, tantôt blessé...enfin, d'un patron d'atelier «ardent, généreux et abondant».

Jean-Philippe Hugron

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