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Livre | Val d'Europe, une vraie ville ? (28-06-2017)

Les villes nouvelles peinent à séduire ou presque. Parmi elles, l'une rencontre, malgré tout, bien plus de succès que les autres : Marne-la-Vallée. Val d’Europe, secteur IV de la nouvelle entité urbaine peut étonner par son architecture «traditionnelle». Cette «vision française» fait l'objet d'un ouvrage publié aux éditions AAM / Ante Prima, l'occasion de réfléchir aux vertus d'un «temps imaginaire» de la ville. Extraits. 

Urbanisme et aménagement du territoire | France

Page 46 :

«À Val d’Europe, la mixité sociale et la pluralité d’activités sont de rigueur. C’est vital, mais cela ne suffit pas : encore faut-il donner à la ville une épaisseur historique, l’ancrer dans la durée, conserver des liens avec le territoire, nourrir des légendes urbaines. Comment y parvenir ? Une première manière de faire consiste à projeter des éléments de composition structurant, qui évitent l’abstraction et apportent de la variété. Une autre approche, dite narrative, permet de conférer du caractère au lieu en prenant appui sur une histoire qui aurait pu arriver, un récit plausible éventuellement susceptible de favoriser la naissance de quelque mythe fondateur. Mythe qu’on transmet de génération en génération, en y croyant sans y croire, à la manière de l’improbable lutte de deux frères qui auraient fondé Rome.

02()_S.jpgCertes, nombre d’habitants rejoignent Val d’Europe pour la simple raison qu’ils y trouvent un logement à leur convenance et non pour la romance qui pourrait nimber leur environnement.

Néanmoins, qu’ils le veuillent ou non, ils sont plongés dans une ambiance particulière.

Vivre ici n’est pas neutre : on est au cœur d’une urbanité qui se veut ancrée dans le temps et l’histoire, même sans nécessairement avoir conscience de sa présence.»

Page 49 :

«À Val d’Europe, ville neuve, la trace d’un temps imaginaire est partout présente, tant dans le tissu urbain ordonnancé que dans les défauts d’alignement d’une rue de village.

Les conflits de géométrie du tissu rural introduisent les accidents de l’environnement, lui confèrent plus d’humanité – un arbre remarquable, une façade couverte de lierre, un pignon saillant… Un village traditionnel présente une cohérence de matériaux, reflète un savoir-faire constructif local, ce qui n’empêche pas les constructions d’être toutes différentes à la manière des éléments qui se retrouvent dans la nature (terres, rochers, plantes, arbres). En ville, les hauteurs des immeubles ne sont pas homogènes et les façades présentent des hiérarchies. À Val d’Europe, chaque architecte a un rôle dans la pièce urbaine qui se joue, chacun donne son interprétation personnelle du programme.

L’indispensable coordination étant assurée par les développeurs aménageurs, dans le cadre d’un dialogue, loin de l’application militaire de règlements.»

03()_S.jpgPage 297, conclusion :

«Une vision française

Il y a trente ans, la construction de Val d’Europe débutait avec l’objectif de construire à l’horizon 2030, une ville de 60 000 habitants, soit un chiffre à peu près équivalent à la population de Colmar, d’Ajaccio, de Chambéry, d’Arles ou de Saint-Quentin.

Aujourd’hui que la moitié de l’emprise des 2 230 hectares fixés par la Convention a été urbanisée, le ressenti des habitants est effectivement celui d’être dans une «vraie ville», avec sa complexité et sa variété – loin d’un quelconque lotissement périurbain. Ce résultat semble bien dû à l’application, jamais démentie, du principe du primat de l’urbanisme sur l’architecture et au choix d’un style de référence pour chacun des quartiers, permettant de garantir des cohérences d’ensemble.

04(@LucBoegly).jpgVal d’Europe a d’emblée été pensée comme une ville telle qu’elle est comprise par l’imaginaire collectif : une construction faite de rues et de places, où les différentes activités humaines se retrouvent – même si aujourd’hui, des manques se font encore sentir, comme des locaux pour les artisans, des équipements culturels et des petits commerces de proximité dans les quartiers éloignés du centre. En attendant ces améliorations, l’ouverture prochaine de deux salles de cinéma d’art et d’essai confortera la qualité de la place d’Ariane comme lieu central et vivant. Tout comme la place Antoine Mauny, face à la mairie de Serris présente, depuis l’ouverture d’une brasserie réputée et d’une boulangerie, l’image familière d’une place de province.

«L’architecture est le jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière» a dit, un jour, quelqu’un dont nous ne partageons pas complètement l’avis, car une telle formule peut éventuellement s’appliquer à un monument isolé, mais en aucun cas à l’architecture des villes européennes. Celles-ci, caractérisées par leurs édifices mitoyens, orientés selon la disposition des rues, ne sont à l’évidence pas uniquement des volumes exposés à la lumière, mais des éléments qui, placés côte à côte, forment des ensembles dont l’expression varie avec les heures de la journée, le temps qu’il fait et celui qui passe, les saisons et les floraisons. La sensation d’appartenir à un lieu et une histoire, voire la beauté, naissent de ce concert qui a l’immense avantage d’accepter les fausses notes, tant qu’elles ne conduisent pas au tintamarre.

05().jpgVal d’Europe est une des rares villes neuves françaises qui introduit dans sa composition, au même titre que les autres, des ingrédients symboliques, historiques et nostalgiques, dépassant le cadre de la technicité, des théories urbanistiques et des normes en tout genre. La Révolution française, pour affirmer son essence démocratique, s’était empressée de se coiffer d’un bonnet phrygien et d’en appeler aux mânes de la Grèce antique.

La nostalgie qui, on le sait, est l’âme de la révolution, confère à Val d’Europe quelque chose «en plus», un impondérable qui est dans l’air, une sorte d’invisible main tendue aux générations qui ont fait ce que nous sommes, à la culture et à l’histoire urbaines européennes.»

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