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Livre | La fabrique des images (20-09-2017)

Que sont l'obtention des Jeux Olympiques à Paris ou encore la transformation de la tour Montparnasse sinon la fabrique de nouvelles images ? Le titre du dernier ouvrage édité par Infolio dans sa collection Archigraphy Poche - « La Fabrique des images »* - intrigue tout particulièrement dans ce contexte et ce, d'autant plus qu'il réveille la menace d'un nouveau populisme en architecture.  

France

«L'instrumentalisation de l'architecture en tant qu'outil de communication traduit l'esthétisation populiste du politique». La phrase, extraite du quatrième de couverture, signe une vision sombre de notre époque.

Toutefois, le sous-titre choisi à cette étude dirigée par Federico Ferrari – «l'architecture à l'ère postmoderne» – pourrait détourner l'attention. L'ouvrage perdrait même de son actualité pour verser dans une étude historique non moins intéressante.

02()_B.jpgSauf qu'en 2017...l'ère postmoderne ne serait peut-être pas totalement révolue. Ce riche ouvrage compilant plusieurs contributions d'architectes et de chercheurs travaillant en France, en Italie ou en Angleterre, tente donc de livrer «une clé pour comprendre la post-modernité». Il en va d'une initiative utile pour envisager l'époque actuelle.

Pour ce faire, un retour historique semblait nécessaire ; Londres se montre, en la circonstance, un cas d'école intéressant sous la plume de Michela Rosso. L'architecte relate dans long article (curieusement non traduit) une controverse ayant fait rage au détour des années 60 : l'aversion suscitée par un projet de tour signé Mies van der Rohe au coeur de la City (lire à ce sujet notre article : Mais qui veut la peau de Mies ? Le prince Charles! ).

Alors que la critique de l'époque jugeait, avec mépris, un édifice sombre et sobre qui «conviendrait bien mieux à Denver» et qu'elle dénonçait une «intrusion de Manhattan» en plein centre de Londres, une conscience soudaine quant à la fragilité d'un «townscape» s'exprima. L'image de la ville faisait alors ouvertement débat.

L'ouvrage convoque pour sa démonstration d'autres gratte-ciel. Paola Scala aborde plus précisément le cas milanais. La Torre Velasca «est classée parmi les 'horreurs' (selon la définition donnée non seulement par les profanes mais également par les journalistes du Daily Telegraph), alors même que la culture architecturale la considère comme l'un des chefs d'oeuvre indiscuté du courant architectural moderne».

L'auteur, par contraste, souligne l'admiration qu'éveille le Bosco Verticale de Stefano Boeri. Cet ensemble de deux tours exhibent sur de larges terrasses arbres et plantations diverses. Paola Scala verrait volontiers dans ces jugements contrastés les «dangers d'une esthétique populiste».

Pour ce faire, elle reprend les propos de Vittorio Gregotti : «dans le cas de la production architecturale, le mot 'éco' est souvent devenu une obligation marchande. 'Construction durable' et 'écoquartier' sont des définitions qui indiquent surtout une tentative de réduire à des slogans populaires un ensemble de problème tout à fait sérieux et réels, mais desquels il n'est pas légitime de déduire une nouvelle morphologie organisationnelle de la ville et encore moins une forme architecturale des parties qui la composent».

Autrement dit, les deux immeubles de Stefano Boeri «ne représenterait pas une réelle réflexion sur l'architecture du gratte-ciel». Seul un «élément ornemental» vient diffuser le message souhaité. Bref, de la com'!

Des architectes en vue se ferraient donc les auteurs de mauvaises fictions. D'autres, moins visibles, sembleraient leur emboîter le pas. Au populisme de la laitue s'adjoint celui de la terre. Margaux Darrieus évoque dans son texte la «stratégie professionnelle» de jeunes maîtres d’œuvre étiquetés «architectes de la campagne». L'auteur précise dans sa démonstration que les territoires ruraux servent désormais à acquérir une reconnaissance. L'obtention d'un «label» - ici les albums des Jeunes Architectes – serait «le moyen de ne pas s'y voir cantonner». La ruralité se voit dès lors savamment instrumentalisée.

In fine, cette compilation d'articles aurait pu davantage s'intituler «le populisme en architecture»...sauf qu'Infolio a d'ores et déjà eu la bonne idée d'éditer Le Populisme esthétique du même Federico Ferrari, il y a deux ans.

Aussi, La Fabrique des images semble compléter mais aussi contrebalancer ce premier opus qui ciblait davantage les formes dites traditionnelles des villes nouvelles. Verdissement et moumoutage, quête d'authenticité et manipulation de la ruralité seraient ainsi ces nouveaux versants d'une production démagogique...si difficile à dénoncer tant elle imprègne la pensée.

Jean-Philippe Hugron

*La Fabrique des images, l'architecture à l'ère postmoderne ; sous la direction de Federico Ferrari ; éditeur : infolio ; 208 pages ; prix 14 euros
https://www.infolio.ch/livre/la-fabrique-des-images.htm

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