tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Actualité | Géorgie, le nouveau 'voyage à Rome' ? (27-09-2017)

Les peintres «ruinistes» du XVIIIe siècle n'ont d'égal que quelques photographes contemporains épris de modernité soviétique. Romantisme à la faucille et au marteau ! Exit le voyage à Rome et les colonnes du forum. Bienvenue en Géorgie, à la découverte de ses sanatoriums désaffectés et de ses mines abandonnées. L'Imperium, une nouvelle destination pour étudiants ?

Agora | Monde

Le voyage d'étude romantique. Curieux «revival», non ? Les cités antiques sont toutefois troquées pour les cités HLM...si possible en terre de feue l'union soviétique.

L'édition 2017 d'Agora, biennale d'architecture, d'urbanisme et de design n'y réchappe pas. Parmi les expositions proposées : «Georgia from Chiatura to Tskaltubo» présentée à la Station Ausone-Mollat jusqu'au 15 octobre 2017.

La proposition est intéressante, abondamment illustrée de photographies mais aussi de films. Les premières sont signées Renaud Salins, ancien ambassadeur de France en Géorgie. Les seconds de Christian Barani.

«Tchiatura et Tskaltubo sont deux localités oubliées de l'empire soviétique que j'ai parcourues dans mes fonctions d'ambassadeur ; un site minier et une villégiature thermale, où des milliers de prolétaires ont tour à tour souffert et guéri ; deux toponymes étrangement associés à la trajectoire de Joseph Staline, l'un à l'aube de son militantisme, l'autre au crépuscule de sa vieillesse ombrageuse», note Renaud Salins.

La présence des deux villes à moitié abandonnées sur les bords de la Garonne ne laisse pas de surprendre. Elle sonne comme un curieux hasard, celui né d'une rencontre fortuite entre M. l'ambassadeur et Michèle Laruë-Charlus, déléguée générale d'Agora.

Peu importe, l'initiative s'inscrit dans ce mouvement de (re)découverte de l'architecture soviétique d'ores et déjà magnifiée lors de la XIVe Biennale d'architecture de Venise orchestrée par Rem Koolhaas.

02(@RSalins).jpg

«Il n'y avait toutefois aucune architecture réellement remarquable ou digne d'être étudiée dans les deux cas. En revanche, il y avait deux sites exceptionnels qui s'offraient à l'étude», prévient Fabien Mazenc, professeur à l'Ensapbx, membre de l'expédition.

Et pour cause, à Tchiatura, l'industrie soviétique a façonné toute une vallée, jalonnée de constructions mais aussi de téléphériques. Aux plus hautes heures de la production minière, dans les années 50, plus de quarante lignes étaient en activités transportant, de part et d'autres, ouvriers et minieurs. De cet univers piranésien, ne subsistent aujourd'hui que dix-sept télécabines et quelques puits à peine exploités. La nature, dans ce concert de ferrailles rouillées, reprend ses droits.

A Tskaltubo, l'atmosphère est un tantinet différente. Elle serait selon Renaud Salins, «le fruit d'un rêve démeusuré», celui «d'exilés bolchéviques qui ont traîné leur spleen dans les villes d'eau de Suisse et d'Allemagne et qui une fois au pouvoir, résolurent d'offrir aux masses le luxe bourgeois du thermalisme».

Vingt-deux sanatoriums ont depuis lors été construits accueillant jusqu'à 125,000 visiteurs par an. «Chaque soir, un train spécial quittait Moscou pour Tskaltubo, convoyant des centaines de travailleurs méritants vers chacun de ces palais de stuc et de faux marbre, dont le style court du néo-classicisme au modernisme», précise l'ancien ambassadeur.

La chute de l'Union soviétique signe la fin de la station thermale. «Abandonnés aux cochons sauvages ou reconvertis en bidonvilles verticaux, les sanatoriums abritent aujourd'hui quelque dix mille réfugiés du territoire occupé d'Abkhazie», poursuit-il.

Voilà un sujet qui pourrait faire écho à l'actualité. Il ne fut curieusement pas traité. Le thème d'Agora 2017 était, après tout, le paysage.

«Plusieurs étudiants sont partis pendant leur temps de vacances ramener la matière nécessaire aux autres restés à Bordeaux. Il s'agissait ensuite pour chacun d'eux d'imaginer dans le cadre de leur neuvième semestre (lequel les invite à concevoir un bâtiment neuf) une intervention pour redynamiser l'un ou l'autre site géorgien», relate Fabien Mazenc.

03(@ChristianBarani)_B.jpg

En terme de pédagogie, il ne s'agissait pas de s'émouvoir de ruines d'un autre temps ni de réellement s’appesantir sur la misère humaine. «Les étudiants ont toutefois eu la volonté ferme de travailler sur le sort de ces réfugiés», note l'enseignant.

L’opportunité offerte par ces deux villes de Georgie était davantage de mettre en danger la notion de contexte. Les uns devant traduire les spécificités de deux sites, les autres d'interpréter les informations données. Des projets d'équipements sont nés pour redynamiser ce paysage à l'abandon. D'aucuns visitant l'exposition peuvent se faire juge des propositions faites.

In fine, si l'initiative bouscule les réflexes concernant l'appréhension du contexte de jeunes étudiants français, elle les conforte néanmoins dans leur désir de narration...car cette exposition est avant tout celle d'une histoire.

Jean-Philippe Hugron

Réagir à l'article


tos2016

elzinc

Portrait |Samuel Delmas, archi-sensible

Crèches, unités psychiatriques, centres de formation… En somme, des programmes de la banalité. Samuel Delmas transmue ce quotidien en espaces de qualité. Son art est, de fait, précis. Il repose sur «le...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |L'architecture en Barani-rama

Pour capter une architecture vécue, mais aussi des paysages habités, Christian Barani part «à la dérive». Sa relation avec l'art de bâtir est toutefois récente. Son frère, Marc Barani,...[Lire la suite]


elzinc novembre

Portrait |Jorge Ayala, un architecte sans architecture ?

Jorge Ayala poursuit son activité loin des chantiers, loin même des plans d’exécution. L’horizon du professionnel s’est élargi et l’imaginaire peut aisément s’émanciper des...[Lire la suite]