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Présentation | Blanc seing pour Antonio Virga (12-10-2017)

Le pont du Diable ! C'est l'autre nom du pont Valentré qui marque l'une des portes de la ville de Cahors. En vis à vis, Antonio Virga, architecte, a conçu une étrange auberge de jeunesse, une architecture blanche qui tranche avec les sombres appareillages de pierres de l'ouvrage médiéval.

Commerces et hôtels | | Antonio Virga

La proximité avec les hautes tours du célèbre monument aurait pu intimider l'architecte voire handicaper son projet. «Cette visibilité était un point fort», souligne Antonio Virga. Le site appelait une intention particulière après avoir été déshérité de toute attention des années durant. Peut-être exigeait-il un geste… ? Ou du moins une singularité ?

Pour ce faire, une couleur, du blanc, mais aussi un trait, sinon une géométrie simple et franche. Le projet devait ainsi s'affirmer dans le paysage.

Toutefois, le programme hôtelier appelait à démultiplier les fenêtres et peut-être, par la même occasion, à contrarier une plastique radicale sinon à banaliser un parti architectural pleinement assumé.

«Nous avions pour objectif de démocratiser la vue», débute l'architecte. A ses yeux, tous les usagers devaient pouvoir profiter du panorama qu'il s'agissait de ne pas laisser à quelques privilégiés ou chanceux bénéficiant d'une chambre superbement orientée... «Nous avons dès lors inversé la typologie classique de l'auberge de jeunesse», dit-il.

03(@LBoegly)_B.jpgArchitecture retroussée

L'intention est audacieuse. Louable. Peut-être même salutaire à une époque où le concept même d'une hôtellerie à bas coût évolue pour devenir un véritable «business». «Nous voulions autre chose qu'un complexe ludique et festif dont l'économie repose principalement sur l'organisation de soirées et la vente de boissons. L'exploitant, la FUAJ, défend d'ailleurs des valeurs autrement plus traditionnelles», explique Antonio Virga.

De fait, il fallait miser sur des espaces communs. Parmi eux, des circulations qui se font «généreuses» mais aussi des terrasses largement ouvertes sur le paysage. Il s'agissait ainsi de favoriser la rencontre et quoi de mieux qu'une imposante baie vitrée capturant, sur le vif, la plus belle carte postale de Cahors ?

«En créant des circulations périphériques, ouvertes à tous et offrant les plus belles vues, nous avons toutefois été dans l'obligation d'orienter les chambres vers un cœur d’îlot que nous avons transformé en jardin secret. Nous avons ainsi pris le parti inverse d'une logique purement commerciale», souligne-t-il.

Il n'en fallait alors pas beaucoup plus pour éveiller l'imaginaire du cloître et de la cellule «monacale» qu'aucune perversion mercantile ne vient déranger ; «cet équipement se situe sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle», rappelle l'architecte. Peinture blanche et béton brut. Cette simplicité répond certes à l'économie du projet, mais «raconte également le lieu», dit-il.

04(@LBoegly)_S.jpgCette rudesse n'est cependant ni sans confort, ni sans détail. «Je voulais prendre soin des espaces intérieurs. Nous croyons, à l'agence, en un projet global dont l'aménagement fait intégralement partie de notre mission», souligne-t-il. L'occasion était trop belle pour ne pas rappeler, en la matière, sa «culture italienne». En guise de références, Antonio Virga cite Gio Ponti mais aussi Ernesto Rogers et son célèbre slogan, dal cucchiaio alla città, de la cuillère à la ville.

02(@LBoegly).jpgDouce provocation

Cette masse blanche peut surprendre. Elle semblerait être un acte militant. «Nous voulions défendre une intervention contemporaine. Il s'agissait de communiquer autre chose», assure Antonio Virga. L'heure n'était pas au camouflage, ni au pastiche. Il s'agissait bel et bien de signaler, outre une adresse, la présence de l'office du tourisme situé en rez-de-chaussée.

La radicalité d'une construction et son contexte historique peuvent néanmoins interroger. «L'Architecte des Bâtiments de France était membre du jury lors du concours. Il a soutenu notre projet autant que la Mairie», précise-t-il.

Aujourd'hui, Antonio Virga, fort de ce succès, travaille même à une nouvelle réalisation pour la municipalité : le cinéma.

Et de nouveau, une masse blanche et singulière…

Jean-Philippe Hugron

  

Fiche technique

Nom du projet : Centre d’hébergement et d’accueil international (CHAI)
Programme : Auberge de jeunesse (comprenant 38 chambres et 94 lits) / Restaurants et office de tourisme
Maîtrise d’ouvrage : Grand Cahors
Maîtrise d’oeuvre : Antonio Virga Architecte
Chefs de projet : Antonio Di Bacco, Miguel Allen
Surface : 2 764 m² SU (y compris parking) + Terrasse : 182 m²
Calendrier : Concours 2013 / Chantier Septembre 2015 / Livraison Mai 2017

Documents techniques

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Crédit : Antonio Virga
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Crédit : Antonio Virga
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Crédit : Antonio Virga
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