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Exposition | Hubert Robert et la fabrique des jardins (15-11-2017)

Avoir son Hubert Robert. Voilà une marque de goût, au XVIIIe siècle. Un paysage, une ruine, un caprice noblement encadré, tout droit posé au clou d'un mur. Hubert Robert s'est fait une réputation et nom que la postérité n'a pas oubliés. Le château de La Roche-Guyon rend hommage jusqu'au 26 novembre 2017* à l'artiste faiseur de paysage mais aussi d'architecture…

Spécial 'Ruines' | Aménagement extérieur/Paysage | France

La peinture d'Hubert Robert ne laisse de surprendre. Elle était, au XVIIIe siècle, un objet de curiosité mais aussi de prestige. Elle alimentait surtout un imaginaire intime en évoquant le voyage, le Grand Tour en Italie et les ruines de la Rome Antique.

Ses compositions séduisent d'importants commanditaires mais aussi des architectes et autres hommes de l'art. Ses toiles deviennent des espaces de projection et la fantaisie se fait vite projet.

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«Hubert Robert n'avait aucune compétence professionnelle, théorique ou pratique, pour dessiner un jardin paysager ou créer une architecture de jardin. Il n'était pas architecte, contrairement à ses collègues François Joseph Bélanger ou Alexandre Théodore Brongniart, ni botaniste ou jardinier comme Thomas Blaikie, ni géographe ou ingénieur qualifié», prévient Gabriel Wick, commissaire de l'exposition.

Dans le catalogue, il souligne l'importance d'Hubert Robert en tant qu'«intermédiaire» entre «exécutants» et «amateurs aristocrates». Dans ce contexte, le peintre se taille une «réputation de concepteur de paysages dans la seconde moitié des années 1770».

L'exposition proposée à La Roche-Guyon aborde pour la première fois l'oeuvre d'Hubert Robert non pas sous un angle pictural mais paysager voire architectural.

Le propos n'est pas anecdotique. Bien au contraire. «Hubert Robert entre dans la sphère des commandes royales, comme concepteur de monuments et de bosquets dans les Jardins du roi», précise Gabrielle Soullier de Roincé. Versailles et Rambouillet deviennent ses plus prestigieuses commandes.

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«La vraie problématique de l'art de Robert dessinateur de jardin est celle de la paternité réelle des chantiers qu'il a côtoyés», poursuit-elle. Si la Grotte de Versailles lui revient, le projet de temple dorique pour les Bains d'Apollon est attribué à Jean François Heurtier.

«Robert n'est pas seulement un concepteur de jardins mais aussi un créateur de programmes», écrit-elle. La Laiterie de Rambouillet serait l'illustration de son art...du moins selon une «thèse séduisante».

Robert est aussi à l'origine d'autres propositions spectaculaires mais aussi de projets moindres, de «variations rustiques et vernaculaires» et de «fantaisies érémitiques». De fausses ruines sont imaginées pour l'occasion.

La Roche Guyon compte parmi ces interventions. Au donjon, Hubert Robert fait apposer un portique antiquisant. La tour médiévale prend alors des airs de mausolée romain. «On pourrait se demander quel rôle ont pu jouer également comme source d'inspiration de la transformation inventive de la tour de Guy les maquettes en liège que Chabot avait rapportées d'Italie».

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L'exposition, pour la démonstration, expose ces touchants modèles réduits, particulièrement réalistes, «souvenirs du Grand Tour» du duc de Chabot. Antonio Chichi, maquettiste de talent, né à Rome en 1743, en serait l'auteur vraisemblable.

L'exposition évoque aussi Méreville ou encore d'autres fantaisies funéraires. «La notoriété d'Hubert Robert comme peintre a conduit à minimiser l'importance du rôle qu'il a joué dans la conception de paysages et à penser, par exemple, qu'il se contentait de proposer des thèmes ou d'inventer des contrastes plaisants ou surprenants. Or, par sa connaissance de la culture classique, de la mythologie et des pratiques funéraires, par sa compréhension de la résonance émotionnelle potentielle d'éléments historiques, il était capable de composer des paysages dotés d'une signification beaucoup plus profonde. Sous cet angle, il a joué un rôle essentiel dans la transformation du jardin paysager des années 1780, jardin qui a cessé d'être un lieu de divertissement et d'amusement pour devenir le lieu de manifestations d'émotions, mais aussi de rites laïcs, philosophiques et initiatiques», résume Gabriel Wick.

Si l'exposition se concentre sur «la fabrique des jardins», elle omet volontairement cet autre autre Hubert Robert, celui reçu à l'Académie royale en 1766 comme «peintre d'architecture». Si quelques noms sont cités, ses relations avec les grands bâtisseurs de l'époque sont sciemment passées sous silence. Pourtant, Hubert Robert inspira, entre autres, Richard Mique, architecte de Marie-Antoinette, pour le fameux Hameau de la Reine. Le peintre sera d'ailleurs incarcéré pendant la Révolution au même moment que Mique… Il conservera la tête sur les épaules contrairement au maître d'oeuvre, qui quant à lui, sera guillotiné.

Ceci étant dit, l'événement remarquable que propose le château de La Roche-Guyon ouvre un champ considérable d'investigations. Un colloque est d'ailleurs organisé ce samedi 18 novembre 2017 sur place pour développer diverses perspectives sur l'oeuvre peinte et... construite d'Hubert Robert.

Jean-Philippe Hugron

*'Hubert Robert et la fabrique des jardins', exposition présentée du 9 septembre 2017 jusqu'au 26 novembre 2017 au château de La Roche-Guyon
http://www.chateaudelarocheguyon.fr/

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