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Portrait | La maquette sans Chichi ? Impensable! (15-11-2017)

Chichi. Antonio Chichi. Prononcez Kiki. Italien. Plus exactement Romain. Né dans le quartier de San Lorenzo, de parents pauvres. Rien ne le prédestinait à la célébrité si ce n'est son talent. Son oeuvre est brièvement exposée dans le cadre de l'exposition Hubert Robert au château de la Roche-Guyon : trois maquettes superbement réalistes y trouvent bonne place.

Spécial 'Ruines' | France

A l'époque de la perspective 3D et du rendu d'architecture jouant du photo-réalisme, rien de plus étonnant que d'approcher une maquette – belle et bien réelle – datant du XVIIIe siècle et se montrant, elle aussi, particulièrement réaliste.

Dans les salles du château de La Roche-Guyon, trois maquettes illustrent des ruines romaines. Elles ont été rapportées d'Italie par le duc de Chabot. Elles alimentent un cabinet de curiosités mais surtout témoignent d'un voyage initiatique, d'un «Grand Tour». Les uns rapportent des porcelaines, les autres des gravures ou encore des peintures. Lui, des maquettes !

Ces modèles réduits connaissent alors un vif succès en Europe. Il s'en ramène jusqu'en Russie. Les plus beaux, les plus réalistes sont, dit-on, confectionnés par Antonio Chichi (1743-1816) qui signe «Chichi architetto». L'était-il seulement ? Beaucoup en doute.

Maquettiste de talent, il fait les belles heures de collections prestigieuses. Des catalogues de vente par correspondance sont même édités à l'époque pour satisfaire les plus grands appétits.

Frédéric II, landgrave de Hesse-Cassel, pendant son séjour à Rome en 1777, découvre ces curieux objets. Il passe commande, l'année suivante, à Chichi de trente-six maquettes. Louis X, landgrave de Hesse-Darmstadt, lui emboîte le pas et passe, lui aussi, un ordre d'achat quelque dix années plus tard.

En France, le peintre Louis-François Cassas collectionne ces reproductions pour le compte de Napoléon Ier.

Les exportations se font vers les cours d’Europe par l’intermédiaire d’agents. Parmi eux Francesco Piranèse, fils du célèbre graveur.

Elles font alors les belles heures d'expositions publiques. Goethe autant que Jean Paul les saluent avec admiration et félicitent leur réalisme.

Leur secret ? La matière ! Ces maquettes sont faites de liège. La technique «phelloplastique» viendrait de Naples où les crèches de Noël étaient réalisées de la sorte. La transposition aux maquettes d'architecture serait concomitante aux découvertes archéologiques de Paestum, Pompéï et Herculanum.

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«Pour ce qui est de sa méthode de travail, il a utilisé les Quattro libri dell’architettura de Palladio (1570) pour les temples de Rome et de Tivoli, et les gravures des Édifices antiques de Rome dessinés et mesurés très exactement de Desgodetz (1682, réédité à Rome en 1771) pour les arcs honorifiques et le Portique d’Octavie manquant chez Palladio ; mais les aqueducs et la Pyramide de Cestius ne figurent dans aucun des deux : il a eu recours aux gravures et plans de Piranèse, reproduisant parfois ses erreurs», explique Françoise Lecocq, auteur d'un passionnant article sur le sujet (à lire ici).

Ce succès inspire toutefois des imitateurs. Antonio Chichi influence jusqu'au pâtissier de la Cour d'Erfut, Carl May. L'homme s'inscrivait jusqu'alors dans la lignée de Marie-Antoine Carême, premier chef cuisinier de l'histoire ayant fait de la gastronomie… une branche de l'architecture. Ses pièces montées s'inspiraient de Palladio et de Vignole !

De la pâte à choux au liège, Carl May, lui, franchit le pas assurant à Antonio Chichi une plus grande postérité.

Malgré ce succès, le maquettiste meurt seul, dans le logement même où il est né. Sa dépouille rejoint anonymement la fosse commune ; son œuvre, quant elle, gonfle les collections de prestigieux musées.

Jean-Philippe Hugron

Sources : Les premières maquettes de Rome par Françoise Lecocq
https://www.unicaen.fr/puc/images/14roma_illustrata.pdf
Antonio Chichi
http://www.treccani.it/enciclopedia//antonio-chichi_(Dizionario-Biografico)

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