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Actualité | Le nouveau match : Snøhetta  vs Johnson (22-11-2017)

La guigne ! Snøhetta  se frotte au postmodernisme et s'y pique lamentablement. Après un match Snøhetta  vs Botta à San Francisco, voici Snøhetta  vs Johnson à New York. L'agence norvégienne promet de défigurer l'un des gratte-ciel les plus emblématiques de la ville, l'AT&T Building.

Tours et gratte-ciel | New York | Philip Johnson

Bientôt un dentier pour Snøhetta  ? L'agence norvégienne se casse les dents aux Etats-Unis. La toute première fois, à San Francisco. Il s'agissait pour elle de réaliser l'extension du Musée d'Art Moderne de la ville. Pour l'occasion, Snøhetta  avait pris le parti d'accoler au singulier bâtiment de Mario Botta un improbable iceberg.

Plutôt disgracieux, l'ensemble avait éveillé l'ire de l'architecte tessinois mais aussi de quelques défenseurs du postmodernisme.

Snøhetta  n'a, depuis, toujours pas compris la leçon et réédite l'exploit du susciter la polémique. Cette fois-ci, à New York.

03()_S.jpgA Manhattan, l'agence norvégienne promet de transformer la base du célèbre AT&T Building. Le gratte-ciel conçu par Philip Johnson et John Burgee avait fait les belles heures de publications peu après sa livraison en 1979. Le Time Magazine lui consacrait même sa une.

De son côté, Paul Goldberger, critique d'architecture, y avait vu le «gratte-ciel le plus radical des années 70».

Ada Louise Huxtable, critique elle aussi, notait que cette tour est avant tout «un pastiche», un mélange de «références historiques et d'expériences spatiales évocatrices». Elle est, selon elle, le fruit «d'une admiration pour des morceaux d'architecture et des détails de monuments. Le tout mélangé de façon troublante et porté à une échelle gigantesque et non conventionnelle».

«Tout ceci s'inscrit dans la catégorie d'un nouvel éclectisme – une sorte d'esthétique intellectuelle, de haut-fait, de jeu avec l'histoire dans lequel le plus obscur emprunt croise la plus perverse combinaison. Voilà qui assure au projet d'être le plus provocant. Le tollé peut avoir lieu parce que les deux, le sachant et le naïf y devinent une architecture battue par KO».

Il y a dans cette vision critique une part d'attrait. L'architecture offerte par Philip Johnson ne laisse pas indifférent.

Y compris Snøhetta . Craig Dykers, associé fondateur de l'agence, expose au magazine New York ses «sentiments profondément contrastés». L'AT&T Building lui inspirerait du respect mais lui évoque aussi un manque certain d'humanité.

«Lors de ma première visite en 1985, j'ai tout de suite trouvé l'entrée et ses arcades de mauvaise augure. Je me souviens avoir eu l'impression de rentrer dans un endroit sans en avoir l'autorisation. Tout était vide alors même que l'immeuble venait d'ouvrir. J'ai tout de suite compris que la tour avait été imaginée pour être célèbre et pas nécessairement pour être empathique», dit-il.

02(@dbox)_S.jpgCe gratte-ciel est pour lui un objet théorique postmoderne invivable. Aussi, son hall impressionnant est, dans le cadre d'une transformation décidé par le nouveau propriétaire de l'ensemble immobilier, purement et simplement détruit.

Les plans de Snøhetta  prévoit ainsi la transformation radicale de la base de la tour : exit les arcades, exit la maçonnerie de granite rose. En lieu et place, un rideau de verre façon Sanaa.

C'est une opération de «glass-washing», dit-on, à New York. Bien des tours sont transformées, restructurées et voient leurs façades parfois un tant soit peu minérales disparaître au profit d'habits plus...transparents.

Snøhetta pour ce faire accuse le parti de Johnson d'être «fortifié». La façade sur rue ne serait pas une invitation à rentrer. Alors, pour être pls accueillant : du verre !

«Un travestissement !», dénonce Mark Lamster, critique à Dallas et auteur d'une biographie de Johnson. «Une erreur», pour d'autres, y compris pour Norman Foster qui s'est exprimé sur le sujet.

Une pétition a été lancée. Un hashtag #saveatt aussi. Une manifestation a même eu lieu le 3 novembre dernier.

«Le bâtiment AT & T de Philip Johnson a toujours été prétentieux, singulier et imparfait. Laissons-le comme il est», s'insurge Christopher Hawthorne dans le LA Times.

Bref, voilà sans doute bien la première fois que Philip Johnson, de la côte est à la côte, fait l'unanimité… Un incroyable prodige signé Snøhetta !

Jean-Philippe Hugron

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