tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Rencontre | Jean-Marie Duthilleul : «l'architecture doit aider à être présent» (29-11-2017)

Une petite chapelle à Tours. Singulière. Aimable. Fragile. Touchante. Elle évoque quelques figures passées. D'autres plus récentes, comme cette église de Michel Marot à Fontaine-les-Grès. Elle s'inscrit aisément dans une histoire. Son architecte ? Jean-Marie Duthilleul. Ses intentions font de l'architecture sacrée la plus belle leçon. Et d'une chapelle naît ainsi l'exemple.

Cultes | France | Jean-Marie Duthilleul

L'église avait plus ou moins disparu du paysage urbain sous prétexte d'une discrétion imposée par une société laïque. Depuis quelques années, nefs et clochers retrouvent une visibilité quelque peu perdue.

08(@JMDuthilleul)_B.jpg

«A Tours, j'ai reçu une double commande. Le maire souhaitait un édifice visible. L’évêque réclamait, quant à lui, le moyen de rassembler une communauté», débute Jean-Marie Duthilleul.

Que la figure d'un représentant de la République s'impose ici peut bel et bien paraître étrange. Elle semblait pourtant aussi incontournable qu'impliquée.

L'architecte, lui, ne s'en étonne pas. «L'église est un signe de fraternité. J'étais moi même, dans mon village, élu municipal. Nous avons dû restaurer l'église et, pour ce faire, projeter de la fermer pendant 9 mois… nous avons rencontré la stupéfaction de nos administrés alors même qu'il n'y avait personne le dimanche, à la messe. L'église est toutefois un lieu important, celui où, par exemple, une communauté témoigne de sa fraternité devant la mort», explique-t-il.

Jamais Jean-Marie Duthilleul n'évoque d'ailleurs dans ses explications les «fidèles» ou les «croyants». Il ne parle que de «gens». L'église est ouverte, «elle contribue à la vie du quartier».

07(@JMDuthilleul).jpgLa conception d'un lieu de culte ne répond à «aucun dogme». L'affirmation ainsi lancée à de quoi surprendre. «J'ai reçu ma première commande de Monseigneur Lustiger. D'autres architectes lui avait proposé un cinéma en guise d'église. En m'approchant, il m'a confié deux lectures : un livre de Louis Bouyer, Architecture et lithurgie. L'ouvrage explique le lien entre la commande et l'architecture. Enfin, « Sacrosanctum Concilium », un texte de Vatican II tout aussi important. Ce document est intéressant en matière d'architecture car il donne le sens du rassemblement de la communauté autour d'un autel. Il nous appartient à nous, architectes, de rechercher l'espace qui correspond le mieux à ce sens», explique-t-il.

Entre les lignes, la signification est donc donnée. «Mais certainement pas la manière de la vivre», précise l'architecte. «Les communautés ont des attentes précises. Un projet porte sur la manière dont chacun se comporte mais aussi sur la manière dont le regard peut, par exemple, s'échanger, au sein d'une communauté», dit-il.

Un rapide coup d’œil montre que Jean-Marie Duthilleul n'en est pas à sa première église. Il y eut Saint-François de Molitor dans le XVIe arrondissement de la capitale mais aussi le réaménagement de la cathédrale de Nanterre ou encore celui de Notre-Dame de Paris.

«Les églises ont vocation à faire le pont entre le visible et l'invisible. Elles doivent inspirer la paix, inviter à se poser pour profiter du temps qui dure. Elles appellent une douceur des matières et une rigueur poétique», résume-t-il.

09(@JMDuthilleul).jpgPour Jean-Marie Duthilleul, l'architecture doit «accompagner». Plus encore, «aider à être présent». «L'architecture est un art de la mise en présence des autres. Cette signification est d'autant plus importante que notre siècle a inventé la présence partielle, celle que nous permettent écouteurs et téléphones», souligne-t-il. Le propos vaut aussi bien pour une église que pour une gare… une bibliothèque... un espace public.

Les lieux de culte appellent toutefois un imaginaire composé de souvenirs et de références. «Il y a une telle charge de l'histoire que l'on peut être tenté de rivaliser. Ce n'est pas pour autant une histoire encombrante. Au contraire, elle me passionne», précise l'architecte.

Mais plus que l'histoire, Jean-Marie Duthilleul cherche à prendre connaissance d'une géographie. Le territoire dicte sa logique. «La signification des matériaux» joue un rôle important et ce d'autant plus que les communautés religieuses apprécient la proximité avec la nature.

Est-ce à dire que l'orientation, par exemple, est un sujet de prime importance ? «Certainement pas. La symbolique du soleil levant est païenne, héritée des basiliques romaines. Il s'agit d'avantage de penser la manière dont la lumière pénètre les lieux», répond-il.

06(@JMDuthilleul)_S.jpgLe bois est omniprésent. «Il est un élément qui rapproche». L'ensemble du mobilier fait corps avec l'architecture. Une église est avant tout une «relation entre des gens, entre des objets, entre des gens et des objets», précise l'homme de l'art.

Si une église – plus encore une chapelle – reste un projet «intime», elle n'en est pas moins porteuse d'une signification plus large. Peu importe la croyance de chacun. Cette architecture accorde une place au mystère et à l'émotion ; une place qui se perd aujourd'hui inéluctablement dans un exercice professionnel qui tend à confondre la conception d'un projet à la seule réalisation millimétrée d'un programme ficelé...

Jean-Philippe Hugron

Documents techniques

10()_B.jpg
Crédit :J.M.Duthilleul
Afficher en plus grand

11()_B.jpg
Crédit : J.M.Duthilleul
Afficher en plus grand

12()_S.jpg
Crédit : J.M.Duthilleul
Afficher en plus grand 

Réactions

Anticopros | architecte | Italie | 30-11-2017 à 13:12:00

Eh bien, une église qui ressemble à une église!
Aussi, dans les années 1990, j?ai concu une église sous la forme (contemporaine) d'église: je l'ai appelé: scandale! Et en effet, parmi les halles et les théatres deguisés en éaglise, c'était un scandale......

Réagir à l'article


tos2016

elzinc

Portrait |André Ravéreau par le détail

La disparition d'André Ravéreau le 12 octobre dernier ne signifie pas pour autant la dissolution de son enseignement. L'hommage invite aujourd'hui à la relecture immédiate de son œuvre ; l'exercice pertinent...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Porro-de la Noue, à la poursuite du conte

L’histoire continue. Un univers de vitraux, d’oiseaux, d’ogives, de seins et de tétons. L’exubérance n’a d’égal que la dignité qu’offre l’architecture à ses usagers....[Lire la suite]


elzinc

Portrait |Nuno Teotónio Pereira, le modernisme contre Salazar

Dans la lignée des reconnaissances tardives, après Frei Otto, lauréat du Prix Pritzker 2015, Nuno Teotónio Pereira s’est vu récompensé le 13 avril 2015, à 93 ans, du Prix de...[Lire la suite]