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Visite | Les pierres savantes de Carl Fredrik Svenstedt (29-11-2017)

Il était en lice pour l'Equerre d'Argent mais il n'avait pas de Pritzker. Carl Fredrik Svenstedt (CFSA) s'était pourtant brillamment illustré avec un projet audacieux, aussi lyrique qu'ironique, un chai perdu dans les côtes de Provence. Il y avait là, sans aucun doute, un autre signal à donner en récompensant ce projet.

Architecture industrielle | Pierre | France | Carl Fredrik Svenstedt

La route depuis Les Arcs serpente à l'ombre des pins et des chênes lièges. Le Thoronet s'indique à coup de panneaux et autres fléchages touristiques. L'abbaye n'est qu'à quelques kilomètres.

Elle attire. Elle fascine. Son austérité a été saluée. Inspirante, elle a servi les bonnes œuvres de Le Corbusier et d'Eduardo Souto de Moura en passant par Claude Parent et Fernand Pouillon.

Le chantre moderne de la pierre a d'ailleurs romancé l'histoire de cette construction médiévale. Sous la plume fantasmée d'un moine-constructeur se dessine à mesure des pages et des jours, un chantier éprouvant. Les Pierres sauvages.

Cet imaginaire s'impose de fait dans une géographie marquée par d'imposants vignobles. Un bâtiment agricole – un chai – ne pouvait s'en émanciper. Toutefois, jamais Carl Fredrik Svenstedt, son auteur, ne convoque ouvertement ces références.

07(@JPHH)_B.jpgL'architecte poursuit avant tout une expérimentation sur la pierre. «Je pourrais, pour débuter, raconter la même histoire que Gilles Perraudin. J'allai en vacances près du pont du Gard et...». L'apparition. Un bloc de pierre.

A la même époque, l'agence CFSA avait reçu commande d'une maison dans un village du Luberon. Le PLU imposait à toute nouvelle construction d'afficher un «ton pierre». Plus qu'une teinte, Carl Fredrik Svenstedt a choisi un matériau : la pierre.

Le processus de construction était alors simple. «Pour créer une ouverture, je décalais un bloc», dit-il. Puis, très vite, s'est installé le désir d'une nouvelle mise en œuvre. La conception du chai Ott, sur les coteaux de Provence, en offrira l'occasion.

02()_S.jpgDe loin, l'édifice impose sa masse géométrique. Les blocs de pierre se succèdent les uns aux autres ; ils virevoltent et créent un léger mouvement. Cette chorégraphie de pierre semble imaginée à force de logiciels 3D. Le chai Ott se ferait ainsi le délicieux symbole d'un anachronisme : à la technique «atemporelle» se superposerait la technologie contemporaine.

Ironie ! Il n'y a là qu'un mirage. «Je suis d'une génération qui a commencé l'architecture à la main pour verser ensuite dans le digital. Je réfléchis tous mes projets à l'échelle de l'individu et non à celle de la machine», prévient Carl Fredrik Svenstedt.

L'homme de l'art ne cache pas son appétence pour l'architecture computationnelle… mais certainement pas pour concevoir une construction. L'art de bâtir n'est pas un calcul d'ordinateur. L'architecte joue finalement de la ressemblance pour, peut-être, mieux la moquer.

03()_S.jpg«Ces murs ont été pensés à partir d'écarts progressifs», indique-t-il. La logique était mathématique et géométrique. Ni plus, ni moins. «Jamais nous n'utilisons l'informatique pour générer de formes. Les logiciels ne sont là que pour les analyser et, au mieux, les ajuster», répète-t-il à l'envi.

Le tout, finement exécuté, paraît pourtant extrêmement sophistiqué. «Il n'aura fallu sur le chantier que deux hommes et un engin de levage pour réaliser en trois mois l'ensemble des façades», souligne-t-il.

Carl Fredrik Svenstedt reste d'ailleurs étonné de cette rapidité. Il s'agissait toutefois de ne réaliser que des murs autoportants ne jouant aucun rôle structurel. La structure est en effet de béton… les entreprises de construction s'avèrent encore trop peu habituées à la mise en œuvre de la pierre pour imaginer d'autres dispositifs.

04()_B.jpg«Lors du chantier, de nombreux monolithes sont arrivées abîmées. Je voulais les conserver pour réaliser une folie sur le site», reprend-t-il.

Tous les blocs ont été in fine réparés et réutilisés. Le désir d'une «fabrique» sculpturale est contrarié mais l'enthousiasme demeure. L'architecte conserve encore dans la mémoire de son téléphone quelques visuels : les outils des maîtres pierreux, ceux-là qui ont permis de restaurer chaque pierre ébréchée.

Ces ustensiles sont plus ou moins les mêmes depuis des siècles. Cette permanence semble séduire Carl Fredrik Svenstedt. «Je n'ai besoin ni d'être moderne ni d'être contemporain. Je cherche avant tout à me libérer de la contrainte de la mode», souligne-t-il.

Pour autant, l'architecte ne prône pas le retour en arrière. «Je suis pragmatique», dit-il. Peut-être est-il surtout peu dogmatique. Cette souplesse est preuve d'intelligence.

05().JPG«J'explore encore et toujours la pierre mais cette fois-ci pour un autre projet de chai. L'approche sera davantage baroque. Il s'agit désormais de sculpter des blocs de pierre pour obtenir un effet plus libre», dit-il.

La découpe sera opérée par un robot. Le coût en sera-t-il renchéri ? «C'est à peu près la même chose», répond l'architecte. Et pour cause, si les études doivent, en amont, être plus précises et si la découpe est plus longue, le temps de pose est, quant à lui, réduit par quatre. Question d'équilibre.

En trois projets, Carl Fredrik Svenstedt a donc exploré un matériau allant de son utilisation la plus simple à sa transformation la plus savante. D'une étape l'autre, la pierre trouve ainsi toute sa contemporanéité. 

Jean-Philippe Hugron

Documents techniques

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Crédit :CFSA
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Crédit : CFSA
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Crédit : CFSA
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Réactions

Ingrid | 30-11-2017 à 11:37:00

En voilà un projet qui aurait pu/dû avoir l'équerre d'argent mais serait-ce trop subtil pour émouvoir un
jury hésitant pas capable de choisir même le prix "Habitat"? De nombreux projets de bonne facture se
passent de cette distinction qui avec le temps devient un sombre award!
Ce projet fait partie des réalisation qui croisent simplicité et élégance. Bravo l'artiste!

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