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Actualité | TGI, une prise de poids (29-11-2017)

Renzo Piano avait-il besoin d'un énième prix d'architecture ? Bouygues avait-il besoin d'un éclairage médiatique ? Les PPP, d'une caution morale ? L'Equerre d'argent 2017 consterne. Un prix d'architecture est aussi un message lancé. Et là, Renzo Piano, c'est du lourd !

Tours et gratte-ciel | France | Renzo Piano Building Workshop

L'Equerre d'Argent est, dans la carrière d'un architecte, une reconnaissance. Elle peut être un tremplin. Récompenser Renzo Piano… à quoi bon ?

Qui plus est, l'époque retient davantage Renzo Piano que RPBW, son agence. Le nom des associés est généralement passé sous silence. Au delà du patronyme génois, cette entreprise a tout d'une société anonyme… Faut-il cautionner cette pratique ?

Quoi qu'il en soit, le Groupe Moniteur, dans son communiqué, n'évoque que Renzo Piano. La star. L'icône.

02(@JPHH)_S.jpgLe personnage est consensuel. S'il appelle à la désobéissance, il n'en est pas pour autant polémique. Si l'homme s'était bien montré capable d'imaginer avec Richard Rogers le centre Pompidou, 40 ans plus tard, son TGI semble étranger à toute forme de provocation.

C'est un projet sage… un brin ennuyeux. Il inspire, pour beaucoup, un grand respect. C'est après tout, «du» Renzo Piano. Toutefois la réputation de l'architecte déborde un peu sur ses réalisations et le TGI ne mérite peut-être pas autant d'éloges… pas un prix en tout cas.

Cette tour de 160 mètres de haut est avant tout un projet banal. Il y avait matière à plus d'audace. Il y avait même un sujet : l'incarnation de la justice. Le symbole n'y est pas. L'édifice est «corporate». Il pourrait abriter un groupe du CAC 40… Il donne de la justice une image terriblement bureaucratique et fait du symbole, une caricature.

05(@JPHH).jpgCette architecture impersonnelle est surtout hésitante. Ni radicale, ni aimable. Le TGI ne s'assume pas. Le programme exigeait une masse conséquente. Par des artifices, RPBW découpe l'ensemble pour mieux le subdiviser en quatre entités dessinant une figure monumentale en gradins. Ni barre, ni tour.

Panneaux photovoltaïques, ascenseur panoramique et autres petites flèches sont autant d'artifices ornementaux pour tenter de tromper la grande échelle. Piano obéit ainsi au diktat parisien faisant de la tour un objet honteux. Le TGI porte sur lui un déguisement high-tech et se contorsionne en horizons verdoyants pour ne pas paraître tel un gratte-cie vertical… encore moins un palais de justice.

Cette superposition d'immeubles tertiaires peine donc à séduire. Elle marque le paysage urbain d'une présence incongrue et solitaire.

La tour imaginée par Piano apparaît dans l'horizon parisien comme une armoire Henri II dans un coquet salon… Encombrante, elle capte l'attention.

04(@JPHH)_S.jpgLa tour Montparnasse, si décriée, trouve ainsi à Batignolles une sœur pataude…avec un pied bot : une base imposante dévorant un pan entier du nouveau quartier de l'ouest parisien. Tartignolle !

Elle a pourtant un joli profil, assure les plus convaincus. C'est généralement ce qu'on dit des laiderons quand on leur cherche une maigre qualité. Sans parler de leurs attaches fines ni même de leur beauté intérieure...

Ceci étant écrit, ce tribunal n'est pas aussi vilain. Il rejoint seulement une série désespérante de réalisations parisiennes : Canopée, Philharmonie, Seine Musicale, Arena 92… et dans ce contexte, il paraît d'un raffinement absolu tant ses détails sont élégants.

Encore faudrait-il ne pas comparer ce projet avec autant de traumatismes contemporains.

Malgré moult stratagèmes, la masse de la construction reste visible et le TGI incarne l'esprit du temps et son art : l'architecture du poids. Et à Paris, de par trop souvent, la gravité se confond malheureusement avec la pesanteur. Aux Batignolles comme ailleurs.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Jean | architecte | idf | 24-12-2017 à 17:36:00

Remarquable numéro sur le patrimoine, propos très intéressants de F.Chatillon. Et article sur le TGI qui offre un vrai cadre de réflexion.
Bon courage, continuez!

Caudron714 | Néophyte | Ile de France | 06-12-2017 à 11:14:00

Bonjour,

J'adhère à regret à cette analyse, surtout pour le côté impersonnel et n'incarnant pas vraiment la justice. Mais, Jean-Philippe, donnez-moi un jour à lire un article sur un édifice contemporain qui vous séduirait ;-)

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