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Présentation | Sauvage et libre, Garcés-de Seta-Bonet face au patrimoine (06-12-2017)

Un autre palais de justice ! Et en lice pour l'Equerre d'Argent 2017 ! Ses formes sont en apparence classiques... germaniques. Son extension est, quant à elle, contemporaine. L'agence catalane Garcés-de Seta-Bonet s'est appliquée à transformer un ensemble historique pour mieux en révéler la modernité.

Justice | Zinc | Strasbourg

Grunderzeit. Le mot signifie littéralement l'époque des fondateurs. Chrononyme, il désigne la période Wilhelmienne. L'Allemagne vient alors de signer son unité sous les ors de Versailles en annexant l'Alsace et la Lorraine.

Fondation politique mais aussi architecturale. La pierre véhicule le symbole d'une nouvelle Allemagne puissante. Strasbourg se fait le théâtre de projets spectaculaires. La propagande nationale s'incarne dans trois palais réunis autour d'une prestigieuse place : le Palais du Kaiser, le Palais de l'Université et le Palais de la Diète.

La Neustadt – ou ville nouvelle – de Strasbourg voit également d'autres édifices remarquables être érigés pour affirmer la puissance de l'Allemagne : quelques églises mais aussi un palais de justice. Ses architectes ? Johann Carl Ott et Skjöld Neckelmann.

Tous deux s'intéressent alors aux palais de justice. Ils étudient celui de Leipzig, l'un des plus spectaculaires en Allemagne mais aussi ceux du Havre ou de Meaux. Pour Strasbourg, ils imaginent une construction syncrétique mêlant références allemandes et françaises.

02(@AdriaGoula)_S.jpgLa pompe ornementale et la rigueur classique de l'ensemble finirent par marquer le paysage strasbourgeois. Redevenue française, la cité alsacienne perçoit dans ces constructions le témoignage d'une humiliation. L'acceptation de ce patrimoine est encore aujourd'hui sujet de débats et de controverses. La disparition de la gare wilhelmienne derrière une coque de verre en serait le plus bel et le plus récent exemple.

Garcès-de Seta-Bonet ont eu pour le Palais de Justice une autre approche. L'agence catalane a en effet souhaité dans un premier temps restituer la composition d'origine ; l'ensemble judiciaire avait fait l'objet d'une surélévation dénaturant les proportions du bâtiment.

Pour autant, cette démolition ne permettait pas de répondre à l'objectif fixé visant l'extension du palais. «Nous avions pris la décision de garder l'intégralité des façades historiques. Nous avons donc choisi de construire l'extension au sein même du bâtiment, au cœur de la cour intérieure mais aussi en toiture», explique Jordi Garcès.

03(@AdriaGoula)_B.jpg«La cour intérieure ne répondait pas à la noblesse des façades extérieures», prévient Daria de Seta. Le site avait fait en outre l'objet de transformations multiples.

«Des considérations fonctionnelles sont ensuite entrées en jeu. Il fallait éviter que les salles d'audience soient dispersées afin de pouvoir imaginer des circulations efficaces et, plus encore qu'aucun flux ne se croise. Le public, les juges et les détenus ne doivent effectivement pas se rencontrer. Conserver la périphérie du bâtiment nous permettait de résoudre aisément cette problématique», poursuit l'architecte.

04(@AdriaGoula)_B.jpgLa surélévation adopte quant à elle un vocabulaire contemporain qui cherche volontairement à se distinguer du reste sans imposer une joute de styles. «Nous abordons les sujets patrimoniaux avec la plus grande distance possible pour ne jamais sombrer dans une forme de moralisme», prévient Daria de Seta.

L'agence assure intervenir dans des contextes historiques comme elle le ferait dans un milieu naturel. «Jamais nous ne réinterprétons l'Histoire», dit-elle.  Pour Garcés-de Seta-Bonet, «la neutralité n'existe pas».

05(@AdriaGoula)_S.jpgLa relation au patrimoine semble de fait plus souple. Est-ce là une spécificité espagnole ? «C'est du moins une différence entre la France et l'Espagne», assure Jordi Garcés. «Il y a, en Espagne, une fraîcheur, une facilité à aborder la modernité. La dictature a laissé un vide scientifique, technique et normatif. Le progrès social opéré à la chute de Franco est allé de pair avec le goût de la liberté. Le retard démocratique nous a donné cette jeunesse pour ne pas dire cette sauvagerie ! Face à l'Histoire, nous sommes libres !», conclut-il.

Jean-Philippe Hugron

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