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Livre | Percier, sans Fontaine (06-12-2017)

Chapitre 1. Percier Seul. Le catalogue paru au moment de l'exposition consacrée à Charles Percier en mars dernier se veut didactique. Toutefois, il ne laisse pas d'interroger. Qu'est Percier sans Fontaine et Fontaine sans Percier ? La vie les a unis. La mort aussi ; tous deux partagent une même tombe du cimetière du Père Lachaise. Aujourd'hui, d'aucuns cherchent à les séparer...du moins théoriquement. Pourquoi donc ?

France

Aucune monographie n'avait jusqu'alors été publiée sur Charles Percier. Jean-Philippe Garric, auteur d'un ouvrage consacré au couple Percier Fontaine, y voit une «lacune» mais aussi une «injustice».

Pour réparer ce dommage, une exposition fut organisée à Fontainebleau durant le printemps 2017 laquelle fut accompagnée d'un remarquable catalogue paru aux éditions RMN-Grand Palais et intitulé Charles Percier (1764-1838), Architecture et Design*.

Jean-Philippe Garric, co-auteur de l'ouvrage assure que «Percier échappe [...] à la dialectique qui semble déterminer la profession d'architecte en France autour de 1800». Il n'est ni architecte bâtisseur, ni architecte peintre, il incarne davantage la figure d'un spécialiste de l'ornement, du décor et de la mise en scène.

De fait, singulariser Percier de son associé permettrait de comprendre plus avant les mécanismes de la conception à une époque tumultueuse basculant de l'Ancien Régime à l'Empire.

02()_S.jpgL'étude de l'oeuvre d'un Percier esseulé se heurte toutefois à bien des difficultés. «En premier lieu, [celle de] saisir quelle fut la spécificité de sa contribution [...]. Par ailleurs son implication dans de nombreux domaines, parfois éloignés de sa profession d'architecte, jette le trouble sur la nature réelle de son activité. [...] Enfin, cette vie artistique si féconde est mal documentée», explique l'historien.

Et pour cause, Pierre Fontaine semblait être, dans ce duo, l'homme public. Il est celui qui communiquait et qui entretenait un réseau professionnel. Il est aussi celui qui livrait, à la postérité, son journal et, à ses enfants, ses mémoires. Charles Percier, quant à lui, était un piètre auteur. L'homme était avant tout dessinateur.

Formé à l'école gratuite de dessin, il excellait dans les domaines des arts graphiques. Pour autant, il se montrait couronné d'un Prix de Rome pour ses travaux en architecture. Et plus tard, l'art de bâtir lui ouvrait les portes de l'Institut.

Ceci étant écrit, Charles Percier aborde davantage l'architecture en théoricien ou en pédagogue, plutôt qu'en praticien. L'homme de l'art abandonne volontiers le chantier à son compère, Pierre Fontaine.

Il reste ainsi à distance. Jean-Philippe Garric évoque le «filtre protecteur de Fontaine», qui le préserve «de la fréquentation des grands» et l'autorise «à préférer le cercle enthousiaste de ses élèves ou le huis-clos de son salon de dessin». De fait, Charles Percier peut se consacrer «au superflu» et au «secondaire».

03()_S.jpgDans ce contexte, «la signature conjointe apparaît ainsi comme l'expression de quelque chose s'apparentant à une marque commerciale plutôt qu'à une double paternité artistique», soutient Jean-Philippe Garric.

Pour argumenter son propos, l'historien reprend les notes de Pierre Fontaine qui affirmait avoir «toujours pensé qu'en [...] toute autre chose d'ordre ou de direction, le système d'un seul était le meilleur». Percier et Fontaine étaient à l'évidence complémentaires. Mieux encore, ils étaient «autonomes». D'où l'intérêt d'étudier la figure de Percier isolée de son associé. L'enquête peut donc débuter.

«Que l'un ait été plus dessinateur et le second plus négociateur [...] ne nous renseignent pas vraiment sur le coeur même du processus de cette création partagée», souligne l'historien.

La recherche se frotte alors à l'exercice difficile de l'attribution d'un projet ou d'une œuvre à Percier seul. Pour ce qui est des travaux graphiques, Jean-Philippe Garric reconnaît une certaine facilité. En revanche, la répartition des rôles demeure bien plus «incertaine» en ce qui concerne les décorations intérieures et l'architecture.

L'ouvrage évoque donc les amitiés de Percier mais aussi ses relations avec quelques personnalités révolutionnaires. Parmi elles, Jacques-Louis David ou encore Alexandre Lenoir, fondateur du Musée des Monuments Français.

04().jpgPercier se singulariserait ainsi par son regard sur le passé, par son approche du projet, par ses recherches via le dessin ou encore par son enseignement. Toutefois l'ombre de Pierre Fontaine plane sans cesse à chaque page du catalogue.

Quoi qu'il en soit, en plus de démêler une histoire singulière, cet ouvrage passionnant pose quelques questions fondamentales, éminemment contemporaines,  sur l'association en architecture et même le rôle des sentiments voire de l'amour – la question de l'homosexualité de Percier n'est aucunement éludée – dans une pratique. 

Enfin, ce catalogue rejoint une autre publication récente de Jean-Philippe Garric portant sur l'Ecole de Percier... une autre initiative pour distinguer l'architecte de son éternel complice, Pierre Fontaine.

Jean-Philippe Hugron

 

Charles Percier - Architecture et Design ; auteurs : collectif ; Editions Rmn – Grand Palais ; 272 pages ; 39 euros.
https://www.boutiquesdemusees.fr/fr/catalogues-exposition/charles-percier-architecture-et-design/11606.html

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