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Rencontre | La méthode Chatillon (06-12-2017)

François Chatillon à l'occasion de deux chantiers parisiens prestigieux – la restauration de l'Ecole des Beaux Arts et celle du Palais d'Antin – revient sur sa méthode originale : toute intervention patrimoniale est avant tout un projet d'architecture. Du BIM à la transformation, de la restitution à la démolition, l'ACMH n'a «aucun tabou».

Patrimoine | France

Toute rencontre avec François Chatillon débute par une histoire. Une grande histoire. Celle-la même que d'aucuns voudraient affubler d'un H majuscule.

En arrière plan, pour parfaire l'exposé, une construction remarquable sert la démonstration. Tantôt l'école des Beaux Arts, tantôt le Palais d'Antin, tous les deux en chantier. L'homme de l'art se montre aussi disert que prolixe à leur sujet. Et pour cause, il s'applique aujourd'hui à restaurer ces constructions majeures du paysage parisien.

04(@AntoineMercusot).jpgSur les pas de Félix Duban, rue Bonaparte, ou d'Albert Thomas, au Palais d'Antin, François Chatillon travaille avec précision et passion. Pour autant, prend-il quelques libertés ? S'émancipe-t-il d'un tracé ? Actualise-t-il plus qu'il ne restitue ?

«La restauration n'est jamais une évidence» assure-t-il. L'architecte dit même aimer le patrimoine sans être «patrimonomaniaque». «Je dépasse le culte de la matière», revendique-t-il. L'intention initiale est à ses yeux bien plus importante que sa réalisation. En résumé : l'idée plus que l'objet.

«Ce qui m'intéresse, c'est le concept, la lumière, la composition. La matérialité est un second débat», reprend-il. François Chatillon prend garde ; la théorie peine à le séduire. Pire encore, il se méfie des dogmes. «Ni recette, ni norme, ni charte !», lance-t-il.

Et pour cause, un projet patrimonial est aussi un projet économique. «Il faut savoir diriger l'argent au bon endroit», souligne-t-il. Les fers en T des verrières du palais d'Antin, industrialisés au début du XXe siècle, sont de maigre qualité ; ils peuvent être  aisément remplacés par des éléments similaires en aluminium. L'idée, la composition et l'effet sont, quant à eux, dûment conservés.

Dès lors, sa vision s'inscrit dans une prospective : «Jamais je ne prône le retour en arrière. Je m'inscris toujours dans une démarche de projet», affirme-t-il. Pour autant, l'architecte ne se prive pas non plus de «refaire» à l'identique certains éléments... et de citer, dans ce cas, les pavés de verre de la Cité du Refuge de Le Corbusier dans le XIIIe arrondissement qu'il a parfaitement restitués.

Toutefois, dans ces circonstances, un projet pourrait-il aussi être mieux réalisé qu'il ne l'a jamais été ? «Si c'est pertinent, oui !», répond François Chatillon. «Je n'ai aucune position doctrinale. Je n'ai pas de tabou», répète-t-il à l'envi.

Et l'interprétation ? «J'ai du mal avec certains mots comme 'état d'origine' ou encore 'authenticité'... J'aimerais être en capacité de toujours dire le vrai mais je n'arrive pas à y croire, je doute. Alors il faut admettre que toute restauration est une expérience particulière, une interprétation de ce que l'on croit avoir compris d'une oeuvre».

02(@AntoineMercusot)_S.jpg«Aller en avant» donc. Encore et toujours. «La restauration est un projet d'architecture en soi où la technique et la mise en œuvre sont les principaux thèmes», dit-il. Chaque sujet est neuf et nécessite, à ses yeux, «une invention, une création».

Et pour ce faire, l'architecte mise sur les techniques contemporaines : le BIM, par exemple. «La création d'une maquette numérique nous donne l'impression de faire du chantier a posteriori», sourit-il.

Au Palais d'Antin, François Chatillon cherche ainsi à modéliser l'état 1900 mais aussi 1937 et même les transformations promises par LAN en charge de la modernisation des lieux.

«Un nuage de points nous donne les dimensions et la forme. Il ne nous dit rien quant à la manière. Nous réalisons à partir de nos observations, mais aussi à l'aide des plans d'origine et des relevés de géomètres une maquette 3D. Dès lors que nous rencontrons des divergences entre ces trois sources, nous identifions une zone d'incertitude qui devra faire l'objet d'une attention toute particulière. Dès lors que nous ne savons pas numériser un élément, il y a fort à penser que nous touchons du doigt un potentiel problème», explique-t-il.

03(@AntoineMercusot)_B.jpgC'est avec passion mais aussi avec un enthousiasme communicatif que François Chatillon évoque sa méthode... peut-être n'apprécierait-il d'ailleurs pas ce mot tant il se veut libre. Après tout - et il aime à citer René Char - «notre héritage n'est précédé d'aucun testament».

Jean-Philippe Hugron

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