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Edito | Le patrimoine, jusqu'au discrédit? (06-12-2017)

La lutte pour la préservation du patrimoine est un juste combat. Parfois, il tend à l'excès et l'adage voudrait que tout ce qui est excessif est insignifiant. Le vandalisme est pourtant plus que jamais d'actualité et cible toutes les époques. Certaines polémiques semblent ainsi porter préjudice à une noble cause.

Patrimoine | France

Le patrimoine moderne est sans doute l'un des plus à plaindre. Les démolitions vont bon train et la rénovation thermique se fait souvent criminelle. Citons les Tours Nuages à Nanterre qui, pour l'heure, vivent sous la menace d'une barbare transformation. Le modernicide serait signé RVA qui vient de remporter la difficile mission.

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Citons aussi un patrimoine plus récent encore : la Grande Arche. Le marbre des façades a été remplacé voilà quelques mois par un triste granit grisonnant par Valode & Pistre. L'émoi n'a pas été outre mesure plus important... Une monumentale indifférence.

L'Ecole d'Architecture de Nanterre érigée par Jacques Kalisz, exemple d'architecture proliférante, attend encore un avenir que la ruine menaçante éloigne dans le plus curieux mépris.

Dans ce contexte, Stéphane Bern (!?) éveille la polémique : face à des églises nécessitant d'importants travaux de restauration, l'animateur TV, proche du Président de la République et mandaté par lui sur les questions périlleuses du patrimoine en péril, en appelle à un droit d'entrée pour visiter ces monuments sacrés... Triste abandon de l'État.

Pendant ce temps, Françoise Nyssen en appelle à la création d'une loterie dite «loto du patrimoine». Beaucoup moquent la proposition pourtant pertinente ailleurs, au Royaume-Uni notamment.

Néanmoins les imprécisions de la ministre de la Culture lors de la présentation de sa «stratégie pluriannuelle en faveur du patrimoine» font craindre pour beaucoup le pire. Un article du Canard Enchaîné daté du 22 novembre dernier laisse même entrevoir la perspective d'une suppression de «l'avis conforme» de l'architecte des bâtiments de France dans le cadre d'un projet de loi sur le logement.

Bref, il y a bel et bien matière à s'inquiéter... mais d'autres préfèrent s'acharner sur l'éphémère Grande Roue de la place de la Concorde, à Paris, ou, pire encore, sur les publicités placées sur les échafaudages de monuments en cours de restauration. 

Le plus ridicule reste la dernière affaire en date portant sur les affichages commerciaux placés sur les bâches protégeant le chantier de la Colonne de Juillet, place de la Bastille, à Paris. Une plainte a été déposée le 27 novembre dernier pour «profanation de sépulture» (la colonne surmonte une crypte accueillant les tombes de révolutionnaires). 

N'est-ce pas là un tantinet exagéré ? N'y a-t-il pas dans ces combats anecdotiques et dans ces arguments détournés le risque d'un fatal discrédit?

Jean-Philippe Hugron

Réactions

JFE | architecte | occitanie | 07-12-2017 à 07:13:00

Et surtout, il n'y a pas que les bâtiments prestigieux, d'exception et donc marginaux. Il y a la grande nuit culturelle du demi-siècle passé, où l'architecture du 20° siècle, celle de tous les jours si l'on peut dire, est allègrement ignorée et massacrée, dévorée par le néo-régionalisme abruti et inculte. Les règlements d'urbanisme et leur stupide article 11 sont le fer de lance de cette barbarie.

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