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Actualité | Trump, l'architecture, les goûts et les couleurs (31-01-2018)

No way ! Donald Trump n’ira pas à Londres ! Il boude la nouvelle ambassade américaine prétextant le mauvais «deal» conclu par l’administration Obama qui était à l’origine du projet. Le sujet est certes politique mais n’est-il pas aussi architectural ? Voyage en terre inconnue, par delà la mèche blonde électrique.

Bureaux | Londres

Scandale sur la Tamise. Donald Trump ne fait pas la guerre, il fait la moue. L’homme le plus puissant du monde a refusé d’assister à l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine conçue par Kieran Timberlake, architecte originaire de Philadelphie sélectionné par voie de concours en 2010. C’était alors l’époque Obama…

Pour justifier cette absence, Donald Trump a fait d’un tweet son mot d’excuse. Les doigts sont habiles mais la langue est fade : «La raison pour laquelle j’annule mon voyage à Londres est que je ne suis pas un grand fan de l’administration Obama qui a vendu l’ambassade la mieux située et la plus agréable à Londres pour peanuts, afin d’en construire une autre bien plus éloignée pour 1,2 milliard de dollars. Mauvaise opération. On voulait que je coupe le ruban. NON !»

Bref, les cacahuètes à défaut d’étouffer ont du mal à passer. Le «bad deal» conclu par les autorités n’était pourtant pas si mauvais. Du moins, en apparence. L’État fédéral en se séparant de son ancienne adresse londonienne, Grosvenor Square, située au coeur du très chic Mayfar, faisait en effet une opération particulièrement juteuse… y compris en cédant une forteresse de béton brut !

03()_B.jpgL’édifice en question, «le plus agréable à Londres», (on ignorait jusqu’alors ce goût avant-gardiste si prononcé chez Donald Trump) avait été conçu par Eero Saarinen, le tout façon «Guerre Froide». Un an avant la mort de l’architecte en 1961, la livraison du bâtiment avait déjà fait polémique tant il marquait une rupture radicale avec un environnement d'élégants immeubles géorgiens tout de briques. 

Cette ambassade, aussi moderne fut-elle, n’offrait aucune perspective d’agrandissement. Pire encore, les conditions de sécurité réclamées aujourd’hui se révélaient impossible à mettre en œuvre au sein d’un bâtiment devenu sur ce point, avec les années, particulièrement obsolète.

La Qatar, fort de sa fortune, a fait l’acquisition du prestigieux blockhaus – que certains exégètes apparentent au Palais des Doges à Venise… – pour en faire un hôtel... Toutefois un récent classement du bâtiment au rang de patrimoine «Grade II» contrarie quelque peu cette luxueuse ambition dont la réalisation à été confiée à David Chipperfield. 

04(@DavidChipperfield).jpgQuoi qu’il en soit, la vente de cette ambassade a largement permis de financer un nouvel édifice «transparent, ouvert et juste» à Nine Elms, South West London...autant dire au bout du monde !

L’architecture imaginée dans ce contexte post-industriel en marge de la Tamise, n’est pas renversante. L’ambassade des Etats-Unis imaginée par Kieran Timberlake reprend la volumétrie d’un énième Apple Store qu’un délire paranoïaque aurait transformé en forteresse prête à affronter l’apocalypse terrorriste. L’imposant cube en verre semble aujourd’hui posé tel un éléphant dans un zoo, coincé sur son étroite plateforme cloutée et encerclée de douves.

«La nouvelle ambassade des Etats-Unis […] est exactement le type d’édifice que Donald Trump devrait avoir hâte d’inaugurer. Recouvert d’une peau épineuse en plastique transparent – laquelle semble bas de gamme en plus d’être brumeuse et déjà tâchée, ce cube à un milliard de dollars est, sous bien des angles, la parfaite métaphore de son administration», note Oliver Wainwright dans les colonnes du Guardian. 

05(@USEmbassyLondon).jpgLe critique va encore un peu plus loin en soulignant combien l’environnement de l’ambassade – ce nouveau «quartier diplomatique» – est adapté au goût du tycoon devenu président. «Les alentours accueilleront les premiers gratte-ciel de luxe conçus par Versace mais aussi deux tourelles reliées entre elles par une piscine dont le fond est transparent et par un hôtel 5 étoiles. C’est exactement le type de lieux criards et voyants que tout le monde attend d’un projet immobilier façon Trump… qui plus est, les tours Versace sont proposées par Damac, le même promoteur qui a réalisé le parcours de golf Trump à Dubaï», rappelle-t-il. 

La représentation américaine de Londres ne fait pas dans la séduction, pas plus qu’il y a 50 ans d’ailleurs. Ceci étant dit, le journaliste reconnaît volontiers que l’ensemble des dispositifs de sécurité sont parfaitement cachés dans des aménagements paysagers. Peut-être est-il même surpris de cette finesse au sein d'une construction sécuritaire. In fine, il félicite l’absence de Donald Trump qui n’aura ainsi pas laissé son image se superposer à un édifice qui, malgré tout, reste aussi coûteux que… disgracieux. 

Jean-Philippe Hugron

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