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Actualité | Il y a deux mois, Mark est mort (07-02-2018)

Mark ? Oui, Mark, la revue. La disparition n’a donné lieu ni à faire-part, ni à éloge funèbre. Les titres s’évanouissent sans fanfare ni trompette et leur absence n’est remarquée qu’après quelques semaines… le temps de regretter leur présence. In memoriam.

Pays-Bas

La disparition prochaine d’un titre de presse est, pour l’heure, une arlésienne. D’aucuns en parlent scandalisés sans jamais pouvoir la constater. Elle est pourtant une menace réelle qui pèse aujourd’hui en France sur chaque revue d’architecture. Depuis quelques années d’ailleurs, les titres se vendent d’un groupe de presse à l’autre pour être, un peu plus tard, cédés de nouveau. Une patate chaude !

Quelques récents licenciements ravivent l’avertissement… l’ultimatum est-il proche ? Le lecteur n’en sait finalement rien. Seul un microcosme de journalistes et de rédacteurs en chef s’en émeuvent.

Ce petit milieu a, du reste, fraîchement appris, bouche bée, la nouvelle d’une étrange disparition : Mark. Depuis décembre 2017, la célèbre revue d’architecture anglophone n’est plus. D’une page blanche, l’écran noir.

Elle paraissait pourtant être un modèle en son genre : un magazine épais et complet, à la mise en page soignée et aux articles longs. Sa diffusion était européenne voire mondiale. Tout offrait les allures d’un succès éditorial.

Mark était né à Amsterdam en janvier 2005. Son histoire était intimement liée aux aléas économiques d’une presse spécialisée locale, elle aussi, trop fragile. En effet, l’avènement de Mark est à relier à la disparition d’Archis, un magazine longtemps associé à l’Institut d’Architecture des Pays-Bas qui a, sans surprise, fait faillite. Son éditeur, Arthur Wortmann a rejoint Frame Publishers afin de mettre en œuvre un nouveau projet… Mark.

Mark était alors annoncé par son équipe composée d’Arthur Wortmann, Robert Thiemann et de Pernille Jensen comme un trimestriel de 240 pages dont l’approche serait «radicale» et «internationale», et le ton «non-académique».

Douze mois plus tard, le premier numéro paraissait avec quelques maisons japonaises, un reportage sur Pyongyang, la capitale de Corée du Nord, l’interview de Charlie Koolhaas, photographe dont les clichés de la Casa da Musica était pour l’occasion reproduits.

Le tout était jugé dans l’enthousiasme d’un premier succès, «eye-popping»… le lecteur «en avait plein la vue».

Douze ans plus tard, le dernier numéro – n°71 daté de décembre 2017-janvier 2018 – paraît avec, en couverture, le siège de Lego conçu par BIG. Le sommaire s’interroge aussi sur «le beau, le mauvais et le faux à Francfort» en plus d’aligner quelques réalisations récentes majeures dont le musée d’art contemporain du Cap par Thomas Heatherwick.

La raison d’une disparition ? Officiellement, Frame Publishers évoque un recentrement de ses activités. «Nous voulons concentrer tous nos efforts pour développer une marque (!) plus forte et créer une plateforme plus grande», assure l’éditeur hollandais.

02()_S.jpgFrame, titre principal du groupe, est une revue davantage intéressée au design et à l’architecture d’intérieur. L’effacement de Mark au profit de Frame reste symptomatique. En France, les revues associant design et architecture d’intérieur, celle désignée avec mépris comme étant des «magazines de déco» rencontrent un succès autrement plus grand que les magazines dit «spécialisés» destinés à une «niche» de lecteurs professionnels.

En coulisse, quelques personnes plus ou moins proche de Frame Publishers évoquent d’autres raisons qu’une stratégie entrepreneuriale : «Mark était trop chers à produire».

La réalité économique rattrape donc la presse spécialisée d’autant plus que le nombre d’abonnés ne cesse de diminuer vertigineusement.

Aujourd’hui l’Eldorado de la survie pour ces titres serait, entre autre, les stagiaires...voire les stagiaires à mi-temps, grouillots des temps modernes. Il n’est pas certain que la stratégie soit bonne…

In fine, l’architecture semble aujourd’hui davantage se nourrir d’images que de textes et la lecture n’est le plaisir que de quelques-uns. La presse spécialisée – sur papier ou dématérialisée – semble aussi ne plus être considérée comme un lieu de curiosité mais davantage comme un faire valoir utile dans un monde de communication.

Alors, Mark est peut-être mort… en attendant l'arrivée d'une nouvelle 'Marque' ?

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Thibaut | Architecte | Bourgogne | 09-02-2018 à 22:47:00

La perte de cette revue d'architecture est un drame! Je suis content de voir que je ne suis pas le seul à me morfondre ! Quel ennui de feuilleter ces revues insipides qui inondent les rayons de nos bureaux de presse.
Comment vais je faire pour continuer de rêver, les yeux écarquillés sur ces projets Sud Coréen, sur cette architecture contemporaine fraîche et radicalement différente
Comment vais je faire pour nourrir mon inspiration !
Adieu Mark.

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