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Edito | Jeff Koons et la fine fleur de la critique : oui aux Tulipes ! (07-02-2018)

Le bouquet final ! Le plus beau ! Un événement sur la place de Paris : d’aucuns décèlent enfin la vacuité de Jeff Koons. Plus encore, ses détracteurs, en plus de découvrir l’eau chaude (plutôt tiède), s’émeuvent du fil à couper le beurre. Une révolution urbaine !  

France

Jeff Koons ne pouvait pas rêver plus belle polémique. Cet honneur est sans doute de trop….

L’objet du litige : un bouquet de fleurs.

L’artiste a offert, dit-on, un bouquet de fleurs à la ville de Paris. L’enjeu ? Commémorer les victimes des récents attentats parisiens. Les uns allument des bougies. Jeff Koons propose quelques tulipes.

L’affaire n’a, de prime apparence, rien d’exceptionnel. Sauf que le dit artiste n’offre pas l’objet mais seulement le concept et, qui plus est, il décide de sa localisation. Face au Bataclan ? Non ! Devant le Palais de Tokyo.

Le sinistre carrefour pourrait effectivement bien accueillir une intervention contemporaine… sauf que le sang des victimes n’y a pas été versé. La proposition de l’artiste, à quelques mètres du musée d'art contemporain, est donc jugée odieuse.

Gonflée ? Certainement. Autant d’ailleurs que ses homards et autres «ballon dogs» que l’homme a placé de-ci de-là, à Versailles, en 2008… Ces interventions ont laissé à la lie réac le soin de sonner l’hallali. Aux esthètes les plus visionnaires d’avoir le bon rôle et de défendre, au nom de la création, le plus mauvais goût.

Ces mêmes esthètes – y compris Jean-Jacques Aillagon (président de l'établissement public de Versailles en 2008) – s’inquiètent aujourd’hui : l’artiste contemporain manipule la mémoire des victimes… pour mieux honorer, sans doute, son œuvre et sa personne.

Pour dénoncer ce projet, les critiques de l’opération invoquent de curieux arguments. L’un d’entre-eux : l’utilisation de l’espace public.

Qu’était l’intrusion versaillaise sinon l’utilisation d’un espace public ? Et qu’est ce que l’espace public à Paris ? Un Champs de Mars en ruine ? Des Champs-Elysées où les lampadaires sont étêtés ? Des trottoirs envahis par un nouveau mobilier urbain des plus sommaires ? Des rues récemment parsemées de vélos verts proposés en libre service par de jeunes start-up et jetés çà et là par leurs utilisateurs ? Et, mieux encore… ces zones de plantation créées au pied des arbres, entourées de planches façon «vieux ranch»… que d’aucuns pensent destinées à recevoir les déjections de tous toutous civilisés et qui ne sont, en fait, que de micros jardins partagés offerts par la mairie de Paris au nom du «permis de végétaliser». Immonde !

Ce permis n’est curieusement pas offert à Jeff Koons. Le seul qui propose des fleurs à Paris se voit donc presque interdit de toute plantation… Une ironie ! Une ironie d’autant plus belle que la ville, dans sa soif de salades, veut planter, partout et à tout va… Avenue de l’Opéra ou encore, place de la Bastille au sein d’espaces qui devraient rester éminemment minéraux sans quoi il en va d’un contre-sens architectural et urbain… où sont donc les esthètes ? Nulle part car Jeff Koons n’y est pas.

A l’artiste américain d’être donc – ô privilège – le seul aujourd'hui à insulter l’espace public parisien...

02().jpgAutre argument manipulé par les anti-tulipes : l’argent ! Jeff Koons n’offre qu’un concept. La réalisation, quant à elle, passe par le mécénat privé. Et, chose nouvelle, les détracteurs du projet découvrent subitement que le mécénat privé est en grande partie réalisé sur des fonds… publics ! Les avantages fiscaux sont tels que le secteur public se fait, in fine, le soutien économique évident d’opérations privées. Là encore, Jeff Koons permet d’ouvrir les yeux sur une situation vieille comme le monde. La Fondation Vuitton dont tout le monde s’est émerveillé en saluant une initiative entièrement privée… s’est pourtant faite aux prix d’avantages fiscaux considérables (lire à ce sujet notre article : 'Combien pour cette Fondation Vuitton' ). Où étaient les anti-tulipes à cette époque… bourgeonnaient-ils leur faconde au fin fond d’un polder ?

Et que disent aujourd’hui ces pinailleurs de la nouvelle heure de François Pinault qui annonce la transformation de la Bourse du Commerce en Fondation d’art contemporain ? Que pensent-ils aussi de la création d’une autre fondation privée proposée, cette fois-ci, sur l’Ile Seguin ? Autant de sujets préoccupants qui doivent sensiblement les chatouiller du pistil, non ? Non...

Alors oui ! Oui aux Tulipes face au Palais de Tokyo ! Non pas en mémorial post-attentat, mais en hommage aux idiots utiles, à ces girouettes étonnantes et déconcertantes qui permettent d’ouvrir les yeux sur quelques calamités contemporaines…

Oui aux bulbeuses ! Oui à Jeff Koons!

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Bai Mu Tian | Paris-8E-Arrondissement | 08-02-2018 à 11:49:00

Cher Monsieur Hugron,

Je ne serais pas loin de partager votre avis mais il faudrait alors aller plus loin et exiger un service de médiation culturelle efficace pour que votre message soit bien relayé auprès de tous. A cette occasion, on pourrait rappeler ce qu'est supposé être l'art : un lien entre les hommes ou une activité économique spéculative basée sur les "idiots utiles" ?

Mais en l'occurrence, tout cela me semble impossible pour la simple et unique raison que l'oeuvre de J. Koons se justifie par l'hommage supposé aux victimes du terrorisme. Force est de constater que leur avis compte peu dans ce battage politico-médiatico-financier où chacun semble tirer profit du malheur des victimes et de leurs familles.

Les célébrer de telle manière démontre à quel point on les a oublié.

Figuier | conservateur honoraire | ile de france | 08-02-2018 à 11:19:00

Huron : intello qui, du moment qu'il peut agiter des concepts, se fiche éperdument des conséquences de ses cogitations et valide un cadre de vie vulgaire et sans âme.

saba51 | retraité | champagne | 08-02-2018 à 11:05:00

c'est rassurant de lire un tel article
avec tous les arguments des cassandre divers et variés que l'on a lu ou entendu
bravo et merci

ArtCentrX | President Collectif ArtCentrX | Ile de France | 08-02-2018 à 10:52:00

LETTTRE OUVERTE

Mme Françoise Nyssen, Ministre de la Culture

Mme Anne Hidalgo, Maire de Paris

Mme Martine Delaleuf, Société des Artistes Français

Mesdames,

Indigné par des articles de presse, du projet Jeff Koons au Trocadéro, je me permets de m'associer aux manifestations de protestation contre cette entreprise burlesque.

Au début du siècle dernier, furent ridiculisés les Pompiers.

Aujourd'hui, il est temps d'éloigner les Fumistes !!!

En l'occurrence, je suggère de réorienter les tulipes géantes de Jeff Koons vers Disney Land qui me semble un environnement parfaitement approprié au style et à une œuvre, typiques d'une dérive affligeante d'infantilisation artistique dont des protagonistes maladifs, mais fascinés par notre Culture, ont déjà réussi à sévir à Versailles avec un monstrueux Vagin de la Reine et, même, a polluer, heureusement, seulement quelques jours, la Place Vendôme avec un Sex Toy géant.

La Liberté est capitale pour l'Art, mais son Intelligence est vitale.

D'autre part, il y a sûrement foule d'excellents et discrets, artistes français qui offriraient, avec grand plaisir, une de leurs œuvres pour une installation magistrale à Paris.

Je vous prie de croire, Mesdames les Ministre de la Culture, Maire de Paris et Présidente du Salon des Artistes Français, à ma foi dans notre culture, certes bousculée par un XXème Siècle chargé d'erreurs, d'horreur et de confusion, mais dont l'empreinte marque, toujours, la civilisation.

Avec l'assurance de toute ma distinguée considération.



Le Président du Collectif ArtCentrX

Denis Alkan | NANTES | 08-02-2018 à 09:55:00

Merci pour ce billet décapant.
Oui, l'espace public est éminemment politique.
Il peut être l'espace du pouvoir en représentation, comme furent pensés ces espaces écrasants.
Il peut être aussi le lieu de la rencontre et du débat : qu'est ce qui, aujourd'hui, fait agora ? Quel est, dans ce cadre, dans la cité, le rôle de l'artiste ? mais aussi quels desseins animent les édiles, responsables par mandat des espaces publics, majeurs ou non.
Alors, bulbeuses ou pas, d'abord oui au débat.

messire | 08-02-2018 à 09:18:00

Difficile de savoir si JPH fait du second degré ou pas finalement dans cet article! En tout cas le holdup marketing de Koons est assez drole....sa maîtrise totale des codes de l'art contemporain qui l'a mis là ou il est alors qu'il ne fabrique rien de ses mains mais vends des concepts kitsch lui permet de créer une faille dans le système d'adoubement..Ou est le curseur d'acceptation de l'oeuvre d'un artiste? Quelle renomée devra t'il avoir pour que l'on dise oui ou non. L'artiste poseur demi mondain qui a fait 3 expositions se verra t'il refuser son don? Qui donnera la limite entre chance inouie et cadeau encombrant? Dans l'affaire koons, ce qu'il faudrait c'est qu'un autre artiste connu offre une oeuvre de la même dimension et propose de l'installer au même endroit...Qui choisir, comment décider...On voit que les oeuvres de Serra sont personna non grata a Paris car elles encombrent..Notre Drame de Paris aurait du réfléchir un peu avant de dire banco!

Serge Renaudie | 08-02-2018 à 06:53:00

Exactement !

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