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Actualité | A 13 ans, bientôt démolie ! (14-02-2018)

La gare de Vauxhall signée Arup Associates a fait les belles pages de revues d’architecture au détour des années 2000. Les deux flèches d’aluminium, lancées vers le ciel, étaient un moyen audacieux de signaler la présence d’une gare de bus mais aussi d’animer un espace public. La construction de deux tours imaginées par Zaha Hadid Architects appelle aujourd’hui la démolition du célèbre édicule. Déjà !

Spécial 'Démolition' | Transport et ouvrages d'art | Royaume-Uni

Il y a dix ans, une architecture se devait d’être «iconique» pour exister un tant soit peu. Londres, s’est faite, en la matière, fer de lance avec, notamment, son célèbre «Cornichon» imaginé par Foster & Partners pour dominer la City.

«La dernière construction d’Arup Associates n’est pas – bien qu’on soit tenter de le penser – une extravagante œuvre d’art publique, une icône à la mode avec un toit rigolo et dont le contenu serait aussi vague qu’ironique. Ce n’est, ni plus, ni moins, rien d’autre qu’une gare de bus, [...] inaugurée sans fanfare. Architecturalement, c’est pourtant un coup de clairon : une structure extraordinaire, saisissante, claire et immanquable», notait Jonathan Glancey dans les colonnes du Guardian en 2005 à propos de la nouvelle gare de Vauxhall.

Arup Associates signait donc un coup de maître. Désigné lauréat d’un concours en 2002, l’agence britannique a réalisé cette opération exemplaire dont le coût, à l’époque, était estimé à 4 millions de livres.

L’objet imaginé pour l’occasion était un ruban de métal, long de 200 mètres et large de 12. Sculptural, l’ensemble a rapidement enthousiasmé la critique tant il renouvelait un genre déshérité de toute attention : la gare de bus.

Mieux encore, il réveillait un environnement ennuyant, «empoisonné», selon le critique, par une postmodernité dévorante. D’un côté «Babylon on Thames» qui accueille les services secrets britanniques et, de l’autre, quelques logements dont les toits empruntent leurs lignes à des capots de vieilles Chevrolet.

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Treize années plus tard, la capitale britannique vit au rythme d’un boom immobilier sans précédent et la spéculation appelle la construction d’ensemble résidentiel de luxe. Les tours poussent ici et là, y compris à Vauxhall.

Le quartier doit donc s’adapter à cette nouvelle densité et l’ensemble des axes de circulations doit être par conséquent repensé. Dans ce schéma, la gare d’Arup Associates n’a plus d’avenir. Elle est donc promise à la démolition.

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A quelques pas seulement, deux tours conçue par Zaha Hadid Architects doivent être réalisées, les plus hautes du quartier avec 42 et 53 niveaux.

Ce projet est pour ZHA une «avancée» considérable puisqu’il s’agit, en effet, du premier ensemble mixte de cettz ampleur qu’elle réalise au Royaume-Uni. Enfin l'agence rejoint le clan des firms à même de tartiner le skyline londonien.

Des voix s’élèvent toutefois contre ce projet et la critique dénonce la transformation de la Tamise en vaste canyon urbain. D’aucuns y voient le prix à payer pour l’approche libérale développée des années durant par Boris Johnson, maire de Londres de 2008 à 2016 et peut être même par son prédécesseur, Ken Levingstone.

Dans ce contexte, la démolition de la gare d’Arup Associates deviendra un argument, du moins, un symbole. Il ne tardera pas à être savamment orchestré pour, à n’en point douter, dénoncer, une nouvelle fois, l’urbanisation verticale de Londres.

Ironie de l’histoire, Jonathan Glancey achevait, en 2005, son article par un regret : «ce que le projet d’Arup ne peut résoudre, ce sont les problèmes de privatisation, de PPP et de mauvaise conception en général, tous exacerbés par la position agressive adoptée par le maire de Londres». Treize ans plus, rien n'a changé.

Jean-Philippe Hugron

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