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Actualité | Oups dans le Loop : Helmut Jahn et les bulldozers (14-02-2018)

Chronique d’une mort annoncée ? Le Thompson Center serait, à Chicago, dans le Loop, menacé de démolition. Un film et quelques articles tentent aujourd’hui de mobiliser l’opinion sur un complexe postmoderne conçu par Helmut Jahn au début des années 80.

Spécial 'Démolition' | Bureaux | Bâtiments Publics | Chicago

Bureaux à vendre. L’annonce n’est pas passée inaperçue. A Chicago, le gouverneur de l’Illinois, Bruce Rauner, a mis en vente le siège de l’État. Amazon convoite désormais l’adresse pour y créer son second siège social. Tout laisse donc à penser que l’image postmoderne, un tantinet désuète et passée de mode, ne satisfera pas le nouveau propriétaire qui privilégiera une démolition/reconstruction.

«Bien des étapes de ce drame sont désespérément familières : construit par un architecte important dans la force de l’âge ; passé de mode ; victime de problèmes de maintenance ; perte de son charme et de sa signification à cause des problèmes de maintenance ; encore un peu plus ringard ; cible de démolition. Presque tous les projets dont nous pleurons la perte ont essentiellement suivi ce même scénario», note Christopher Hawthorne dans les colonnes du LA Times.

Le journaliste semble annoncer la disparition d'une construction qui incarne «le pouvoir du kitsch».

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Du Chicago Tribune au New York Times, les critiques n’ont jamais été tendres à l'égard tu Thompson Center. Peu après son inauguration, Paul Goldberger notait dans les pages du quotidien new-yorkais que l’ensemble conçu par Helmut Jahn était un «objet scintillant et gargantuesque» mais surtout «difficile à comprendre».

«Sa vulgarité est la vulgarité de l'excès, celle de vouloir désespérément aimer et être aimé, d'essayer de plaire à tout prix», notait le critique en 1985.

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«On pourrait dire de cette architecture qu’elle est sous amphétamines […] Helmut Jahn veut que son édifice s'inscrive dans notre conscience, mais ce désir semble trop souvent se transformer en un effort désespéré. On sent qu'à un certain moment, l'architecte a tout jeté dans ce projet ; il y a déversé toutes les formes, toutes les couleurs et toutes les idées qui avaient jamais traversé son bureau», poursuit-il.

Il n'y a rien toutefois rien de mal à faire une architecture qui soit ludique, assène Paul Goldberger. Alors, risible building ?

«Helmut Jahn n'a pas essayé de rendre ce centre administratif ‘contextuel’ dans le sens où la plupart des architectes utilisent désormais ce mot. Il ne croit pas au contextualisme. […] La structure qui a le plus influencé Jahn a été le bâtiment fédéral dont le dôme a été conçu par Henry Ives Cobb et construit en 1905 pour être démoli afin de faire place au nouveau complexe fédéral du centre-ville de Mies van der Rohe», analyse Paul Gapp dans le quotidien chicagoan.

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L’idée était donc de s’opposer à l’élégante et non moins froide modernité de l’angle droit.

«Certains ont considéré que la palette personnelle et plutôt particulière d’Helmut Jahn serait mieux adaptée à Acapulco ou Miami Beach qu'à Chicago. Helmut Jahn leur répond qu'il essaie de faire une architecture ‘optimiste’. Trop de gens, dit-il, ont cessé de croire en l'avenir», poursuit le critique du Chicago Tribune.

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Aujourd'hui, le pessimisme est de mise.

Un documentaire réalisé par Nathan Eddy, intitulé «Starship Chicago» et disponible en ligne*, tente de raviver la polémique en plus d’éveiller les consciences sur le menace qui pèse dorénavant sur un bâtiment «ludique» mais aussi «spectaculaire» et représentatif d’une époque.

Crise budgétaire et élections pèseront, en 2018, plus encore dans la balance pour vraisemblablement donner l'ultime coup de grâce.

Jean-Philippe Hugron

* le film est accessible gratuitement à cette adresse : https://vimeo.com/241413433

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