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Actualité | Venise, une biennale au pays de Candide (07-03-2018)

La Candidie du Nord sera peut-être présente lors de la prochaine Biennale de Venise. La présentation, ce mercredi matin, de l’événement par Yvonne Farrell et Shelley McNamara laisse quelque peu perplexe tant le propos est angélique. Souvent, les deux commissaires irlandaises semblent découvrir l'eau chaude et s'en émerveiller. Rafraîchissant !

Biennale d'Architecture de Venise | Venise

Ce mercredi 7 mars, Yvonne Farrell et Shelley McNamara ne disent rien dans les salons de l’Institut Culturel Italien de l'exposition qu’elles préparent pour la XVIe Biennale d’Architecture de Venise. Pour cette présentation, les deux architectes associées de l’agence Grafton se contentent d'aligner les images pour illustrer les thématiques qu'elles souhaitent aborder sous l’intitulé «Freespace».

Le palais des Doges, à Venise, pour sa magie et sa lumière.
La cathédrale d'Albi pour sa matérialité et sa pesanteur.
Le Thoronet...

Voilà autant de cartes postales et de clichés qu’ Yvonne Farrell et Shelley McNamara complètent de réalisations architecturales exemplaires. Leur point commun ? Elles datent toutes des années 1960 et 1970. Hippy irish? Souvenirs de jeunesse !

02()_S.jpgYvonne Farrell et Shelley McNamara semblent autant que Rem Koolhaas, il y a quatre ans, verser dans la nostalgie pour raviner le souvenir d'une modernité optimiste. «Une part de l’exposition se focalisera sur un passé redynamisé par les points de vue d’architectes contemporains», expliquent-elles.

Pour s’illustrer – et peut-être flatter un auditoire français – Yvonne Farrell et Shelley McNamara s’appesantissent longuement sur les prodigieuses Etoiles de Jean Renaudie à Ivry-sur-Seine qu'elles semblent découvrir pour l'occasion. «L’histoire existe, elle n’est pas à la mode et reste en dehors des médias», regrettent-elles.

Yvonne Farrell et Shelley McNamara souhaitent dès lors que cette biennale soit «un collage d’époques» à l’image de la cathédrale de Syracuse dont elles exposent la photographie.

Ces classiques de l'architecture – elles réveillent aussi le souvenir de Lina Bo Bardi ou encore de Sverre Fehn – leur semblent parfois relever de la nouveauté. Peut être le seront-ils pour un public international ou un grand public qui ignore beaucoup de l'architecture.

Le propos est, cependant, étonnamment naïf. Peut-être faut-il relier cette manière de présenter l’architecture à leur passion commune pour l’enseignement. Yvonne Farrell et Shelley McNamara ne s’en cachent d’ailleurs pas et évoquent volontiers leur goût pour l’instruction des élèves «level one» autrement pour les classes de première année.

Yvonne Farrell et Shelley McNamara sont en pédagogues expérimentées plus audibles et crédibles. Elle ne s’énervent d’ailleurs d’aucunes questions, pas même des plus sotes, pas même des plus facheuses comme celle portant sur la sur-représentation irlandaise au sein de l’exposition centrale de la Biennale.

En effet, leurs compatriotes seront en nombre (26 agences) mais ils ne seront pas là «pour présenter leur travail mais pour participer à l’analyse et à la présentation de projets colombiens, brésiliens, français...»

03()_S.jpgFreespace est donc pour l’heure une biennale aussi nébuleuse que mystérieuse. Le propos est désespément neutre voire un tantinet distant. Yvonne Farrell et Shelley McNamara peinent à séduire avec de curieuses envolées sur «la beauté des langues», sur «le plaisir des arbres» ou même quand elles assurent considérer «la Terre comme [leur] client».

Dans ce concert de lieux communs, l’auditeur français peut s’inquiéter d’une maigre représentation. Jean Renaudie en sera, certes, mais aussi, Obras, Odile Decq et Lacaton & Vassal qu’elles saluent comme «les maître de l'espace libre».

04().jpgAlvaro Siza, Peter Zumthor, Paulo Mendes da Rocha, Wang Shu, seront...une nouvelle fois...les incontournables. Des commissaires – y compris de pavillons nationaux – des précédentes éditions seront en toute facilité invités : Elemental, David Chipperfield, Sanaa, Obras, Barclay & Crousse…

Recyclage et microcosme, le tout saupoudré de naïveté laisse craindre que l’exposition centrale imaginée par ce duo irlandais devienne l’incarnation d’un pavillon encore inédit... celui de la Candidie du Nord...

Rendez-vous donc sur la Lagune du 26 mai au 25 novembre 2018!

Jean-Philippe Hugron

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