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Exposition | Domestic pools : l'architecte dans le grand bain (07-03-2018)

La Villa Noailles poursuit son étonnante exploration d'objets architecturaux souvent oubliés des études historiques. Après avoir révélé aux yeux du grand public l'architecture des skate parcs puis, après avoir présenté celle des boîtes de nuit, l’institution culturelle varoise aborde le thème de la piscine, plus précisément de la piscine privée à travers une exposition intitulée Domestic Pools présentée jusqu’au 18 mars 2018.

Villa Noailles | Var

Cavité généralement creusée à même le sol, la piscine pourrait ne pas relever de l'architecture. Vides autant que pleins sont, néanmoins, les bases d’un art de bâtir.

Pour les commissaires de l’exposition, la piscine est un objet paradoxal. Elle est affaire de construction autant que de paysage. Elle traduit aussi des usages et une sociabilité.

L'exposition et le catalogue qui l’accompagne évoquent ainsi le développement d'une figure dans l'imaginaire collectif. «Durant les années 1960, la piscine est un thème récurrent des peintures de David Hockney ; Ed Ruscha publie Nine swimming pools and a broken glass. Dans le sud de la France, Merleau-Ponty achève L'Oeil et l'esprit au bord d'une piscine dont le volume carrelé empli d'eau, de reflets et de distorsions offre le récit d'une expérience fondamentale de la perception», notent Sébastien Martinez-Barat et Benjamin Lafore. 

La piscine est aussi la représentation d’une réussite sociale. Aux Etats-Unis d'abord puis en France. La construction d'un mythe autour d'une idéologie hygiéniste est dès lors brièvement retracée à l’image de son évolution rapide au nom de pratiques sportives et ludiques.

04(LluisCarbonell)_B.jpgUne série de projets et de réalisations allant de piscines naturelles en eaux rougeoyantes signées Aires Mateus, Ricardo Boffil, Arquitectonica, Didier Faustino ou encore Philippe Rahm témoignent d’un rêve, peut-être aussi d’un luxe. 

Des photos improbables d’Eric Tabuchi montrent aussi quelques «piscines verticales» exposées à qui veut l’acheter. L’initiative rappelle que la piscine est un bien de consommation, pour ne pas dire un accessoire au même titre qu'une voiture de marque ou qu'une rolex brillante et clinquante. 

Elle symbolise à elle seule le passage à une autre classe sociale. Elle porte en elle le germe d'un entre-soi et les commissaires convoquent, dans leur propos, les recherches de Jeff Wiltse sur l’histoire sociale de la piscine aux Etats-Unis. «À la fin de la ségrégation raciale, la piscine privée devient pour les nageurs blancs un espace de repli exclusif», rappellent-ils.

Le chercheur américain note également dans un texte publié à la fin du catalogue que «les piscines de jardin offrent à la classe moyenne américaine le style de vie qu'elle désire : une vision neuve et résolument moderne de la belle vie, centrée sur les loisirs, le luxe et l'intimité».

03(PhilippeRuault)_S.jpgRevers de la médaille, cette popularité a toutefois un «coût social». «Alors que des millions de familles américaines s'inscrivent dans des clubs privés et que quelques autres millions construisent des piscines dans leur jardin, les représentants officiels du gouvernement revoient les piscines publiques à la baisse. Les villes construisent relativement peu de nouvelles piscines et souvent ferment les piscines délabrées plutôt que d'envisager leur réfection coûteuse», écrit-il.

Parallèlement, Sébastien Martinez-Barat et Benjamin Lafore se risquent à un exercice typologique délicat a même d’ancrer un phénomène social dans une analyse architecturale. L’exposition s’organise alors autour de quatre figures : la citerne, la pièce d'eau, l'étang et le vase.

Le catalogue est, à ce sujet, peu bavard et se contente malheureusement de l’essentiel. Il attise la curiosité et ouvre un champ d’investigations sans l’exploiter plus avant. Cette exposition autant que cette publication sonnent donc comme un appel à poursuivre la recherche.

Quoi qu’il en soit, l’événement, comme chaque année, en février, surprend, chatouille la curiosité et force l’admiration. 

Appréciée, entre autres, pour sa politique d’expositions originales dédiées à l’architecture, la Villa Noailles a obtenu le 27 février dernier ce qu’elle méritait, à savoir le label «Centre d’art contemporain d’intérêt national» institué par la loi dite «Création et Patrimoine» de 2016. Une juste reconnaissance.

Jean-Philippe Hugron

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