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Edito | Architecture privée ou architecture publique ? (14-03-2018)

La Fondation Cartier, boulevard Raspail. La Fondation Vuitton, dans le bois de Boulogne. La Fondation Pathé, boulevard des Gobelins. Lafayette Anticipations, dans le Marais. La Fondation Pinault au sein de la Bourse du Commerce. La Fondation Emerige sur l’île Seguin. L’avènement de l’architecture privée «culturelle» ne cache-t-il pas un détournement de la commande publique ? Faudrait-il d’ailleurs le regretter ouvertement ?

France

La liste est longue. Le secteur privé se montre friand d’architecture mais aussi d’art et, de fait, multiplie les initiatives « culturelles ».

Parallèlement, la commande publique se fait rare et les derniers musées ont été parfois réalisés en PPP. 

Dans ce contexte, la culture semble disparaître des prérogatives de l’État pour être manipulée par la commande privée. Grands groupes et industriels font dans le mécénat, les bonnes œuvres et la philanthropie.

De bons sentiments se font parfois le cache-sexe d’intentions aussi turpides que triviales : subventions et allègements fiscaux sont le but honteux de projets servant également la valorisation d’artistes, objets de toutes les spéculations. 

Aussi, ces Fondations et leur architecture, aussi discutable comme Vuitton, ou aussi remarquable comme Lafayette Anticipations, ne doivent pas être observées benoîtement. Il est nécessaire d’apprécier ces initiatives réalisées à grand renfort d’argent public sans être dupe un seul instant.

Ceci étant écrit, l’intelligente ingénierie économique et ces mécanismes savamment orchestrés devraient désormais conduire l’État à réfléchir sur la pertinence de ces aides.

Toutefois, tout ne peut être noir d’un côté et blanc de l’autre. Le secteur privé se fait aussi le commanditaire de projets – selon des coûts passés sous silence – à la qualité d’exécution souvent remarquable. Ces réalisations font l’objet d’un soin dans leur réalisation mais aussi dans leur maintien et leur entretien. Par contraste, elles soulignent la fréquente incurie des pouvoirs publics à maintenir certains équipements culturels. Pour s’en convaincre, la ruine moderne des Arts et Traditions populaires attendant d’être sauvagement vandalisée par Frank Gehry et Search sous la tutelle de Bernard Arnault.  

Le trouble est donc jeté par ces projets privés réalisés à grand renfort d’argent public sans savoir s’il s’agit d’un mal pour un bien ou d’un bien pour mal... 

Jean-Philippe Hugron

 

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