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Actualité | En somme, des tours pour un Piano à la poubelle (14-03-2018)

Les lecteurs du Monde ont appris ce mardi 13 mars au soir que le centre commercial Bercy 2 est «le bâtiment le moins réussi de l'architecte italien Renzo Piano». Obsolète, il est, de fait, promis à une démolition prochaine. Il sera remplacé par un ensemble immobilier comprenant une tour de 190 mètres de haut signée SOM et Ateliers 2/3/4/. Curieux jeu de chaises musicales pour un événement en négatif.

Tours et gratte-ciel | France | Skidmore, Owings & Merrill LLP (SOM)

L’annonce est mipimesque ! Une nouvelle tour aux portes de Paris, à Charenton-le-Pont. Les amateurs d’architecture verticale crient mipipim hourra ! Les autres, quant à eux, déchantent.

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Cette tour promet de mêler logements et hôtel. SOM, la célèbre agence anglo-saxonne, signe pour l’occasion un oblong gratte-ciel (avec salade à tous les étages!) que des communicants agrémentent de l’adjectif opportun: «vert». Vert autant que ses détracteurs.

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Depuis quelques semaines circulent une pétition en ligne qui souffre de réunir péniblement quelques centaines de signatures. Il peut être étonnant d’observer que certaines d’entre-elles s’opposent aux IGH et défendent, par ailleurs, la préservation des Tours Nuages, à Nanterre, promises au vandalisme le plus crasse au nom de la rénovation thermique.

Bref, cette pétition anecdotique peine à créer l’événement ; il y a ainsi des combats qui finissent par s’épuiser d’eux-mêmes. 

La tour pensée par Renzo Piano aux Batignolles pour abriter le TGI peut illustrer cette évolution. L’édifice haut de 160 mètres a surgi dans l’horizon parisien sans éveiller la moindre controverse. Il est même ce curieux récipiendaire de l’Equerre d’Argent 2017.

Les tours Duo (180 et 122 mètres) de Jean Nouvel, en mire de l’avenue de France, ont vu, dans ces mêmes circonstances, leur chantier démarrer, sans heurts ni fracas. Hermitage Plaza (2 x 320 mètres) – les plus hautes tours d’Europe promises à La Défense – souffrent encore de retards administratifs et de procédures judiciaires à n’en plus finir.  Une arlésienne qui mobilisent quelques irréductibles colocataires plus que des riverains et des voisins.

Si la tour Triangle (180 mètres) par son étrange balourdise agite encore les âmes sensibles, les projets avoisinants les 50 mètres sont devenus, quant à eux, monnaie courante. A Paris, en banlieue et en région. L’agence Hamonic + Masson & Associés se félicite depuis quelques jours d’avoir remporté un concours à l’occasion duquel elle a pensé un élégant immeuble dominant les darses du Havre. Il flirte depuis son attique avec les plus hautes constructions de la ville érigées par Auguste Perret.

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Ces images semblent aujourd’hui davantage soulever l’enthousiasme que la crainte. Du moins, l’indifférence habille désormais ces projets qui, sans difficultés, finissent par aboutir. En témoigne les ZAC grand-parisiennes mais aussi celles de Nantes, Bordeaux ou encore Marseille et Lyon.

Quoi qu’il en soit, le projet de Charenton-le-Pont, plus qu’aucune autre tour, marque une date dans l’urbanisme parisien voir dans l’histoire de l’architecture.

Cette tour illustre d’abord le grand retour de SOM à Paris. L’agence américaine – dont les premières réalisations forcent toujours l’admiration – a depuis longtemps préféré Londres pour y implanter son adresse européenne. Pourtant, SOM était promise à un bel avenir quand la modernité pompidolienne signifiait l’avènement de la «grande hauteur». SOM a, entre autre, réalisé l’imposante (et indémodable) tour FIAT (devenue Tour Areva) à La Défense.

Si SOM tartine aujourd’hui Londres de tours remarquables, peut-être envisage-t-elle de revenir de l’autre côté de la Manche pour renouer avec une histoire restée inachevée. 

Autre point marquant du projet : la perte d’un Piano. La tour ne pourra être réalisée que si un centre commercial est détruit. Son auteur ? Renzo Piano. Qu’un centre commercial soit démoli est, aujourd’hui, étonnant. Qu’un centre commercial de Renzo Piano le soit, l’est d’autant plus. Si l’architecte génois a rendu la verticalité désirable (du moins, acceptable) aux yeux des Parisiens, il devra souffrir de cette révolution. 

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Enfin, cette opération à Charenton-le-Pont marque la fin d’un urbanisme de dalle, du moins à façon de la «ZAC Rive Gauche». La tour jouxtera en effet un imposant faisceau ferroviaire dont la couverture n’est, à ce jour, pas étudiée par la ville de Paris. «Trop coûteux», assure-t-on du côté de la Mairie. 

Bref, si ce projet n’est qu’un avatar de la mondialisation, s’il porte en lui la marque d’une architecture globalisée, propre à toutes les villes du monde, s’il n’est qu’un produit immobilier «grand luxe» à la manière du «Mipim», il n’en porte pas moins, malgré lui, «en négatif», de grandes évolutions : la fin d’un Piano mais aussi d’un urbanisme de dalle...

Jean-Philippe Hugron

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