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Actualité | El Croquis face à l'architecture de la corruption (21-03-2018)

Le dernier numéro de El Croquis est, au Mexique, sujet de polémiques. Dédiée à Manuel Cervantes, premier architecte mexicain à faire l’objet d’une telle monographie, cette édition interroge malgré elle la responsabilité de l’architecte, ses liens avec les milieux politiques, le tout sur fond de corruption… un mélange explosif !

Mexique

Un long article du quotidien mexicain El Deber paru le 16 mars 2018 interpelle le lecteur par son titre provocant : « L’architecture et le pouvoir politique unis par la corruption au Mexique ».

Son auteur, David Marcial Pérez, s’étonne de voir paraître dans les pages de El Croquis le « ranch » de l’ancien gouverneur de Veracruz, Javier Duarte. L’homme politique élu en 2009 a fait l’objet d’accusations de corruption en 2016. Il a présenté sa démission peu de temps après ces révélations pour ensuite disparaître...

Un mandat d'arrêt international a été lancé contre lui. En tout : 193 chefs d'inculpation. Il a été retrouvé et arrêté au Guatemala quelques mois plus tard. Sa propriété de Veracruz, conçue par Manuel Cervantes, a, entre temps, été confisquée par l’État. Sa valeur est estimée à 200 millions de pesos soit près de 8,7 millions d’euros.

02()_S.jpg « Depuis la chute de Duarte et le début de la controverse sur la maison, fin 2016, Cervantes, ce jeune et dynamique architecte de la scène mexicaine, est resté dans le plus grand silence », note le journaliste qui regrette ce mutisme y compris dans le cadre de son enquête.

« Cervantes, en outre, avait déjà travaillé pour le gouvernement de Duarte, accusé de piller plus de 80 millions de dollars dans les coffres de l'État de Veracruz en utilisant un réseau d’hommes de paille, de copains et de fausses entreprises. En avril 2013, la même année où les travaux du ranch ont été achevés, le gouverneur a annoncé que la transformation du marché de Córdoba serait à la charge de CC Arquitectos, l'atelier de Cervantes. Ce projet ne sera jamais réalisé car le PRI a perdu la mairie lors des élections municipales », note le journaliste.

Cette proximité avec Javier Duarte ne laisse donc pas d’étonner. Les preuves toutefois viennent à manquer pour David Marcial Pérez qui s’en retourne par conséquent vers l’avis de professionnels, d’universitaires, d’architectes et d’éditeurs.

Fernanda Canales, architecte, auteure d’un texte dans le numéro d’El Croquis consacré à son confrère Manuel Cervantes, rapporte que la corruption touche les architectes mais, bien plus encore, l’industrie de la construction. Elle est à ses yeux celle qui contribue le plus à la corruption en participant au financement de partis politiques et de campagnes électorales. « Il est nécessaire de revoir la manière dont les architectes peuvent faire face à ce problème dans un pays qui manque d'institutions démocratiques à même de garantir la transparence de l'accès à la commande », dit-elle au quotidien mexicain.

David Marcial Pérez rappelle alors une étude récente selon laquelle ces cinq dernières années, 70 % des contrats publics ont été scellés sans appel d’offre. De fait, les concours de maîtrise d’oeuvre sont, au Mexique, des plus rares.

Pour conclure son article, le journaliste de El Deber reproduit les propos d’un architecte, Víctor Alcérreca. « Cette publication me surprend. C’est une revue qui mise sur la critique et la pensée ; la présentation du ranch de Duarte me paraît discutable. Quand le scandale a éclaté il y a deux ans, la réaction de l’Ordre était de dire qu’il n’avait aucune responsabilité, que c’était un bon gars et que nous pouvions, tous, en passer par là. Il est certain que de nombreuses agences sont exposées à cela. Toutefois, en tant qu’architecte significatif aux yeux du monde, je crois qu’il doit une explication à l’opinion publique. Il a organisé la publicité du projet comme si de rien n’était. Je pense qu’un auteur a une responsabilité sur son œuvre qui va bien au-delà de sa légalité ou de son illégalité ».

Bref, de L’architecture et du pouvoir politique unis par la corruption au Mexique…

Jean-Philippe Hugron

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