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Exposition | Joaquín Vaquero Palacios, électrique ! (21-03-2018)

«Descomunal». Stricto sensu, l’adjectif castillan signifie «hors du commun». Polysémique, il qualifie volontiers ce qui est énorme, gigantesque, extraordinaire, florissant… Le commissaire de l’exposition « Joaquín Vaquero Palacios. La belleza de lo descomunal. Asturias, 1954-1980 » en fait un usage intelligent pour désigner une part de l'oeuvre méconnue de Joaquín Vaquero Palacios (1900-1998) : cinq centrales électriques.

Transport et ouvrages d'art | Béton | France

Cinq centrales électriques donc. L’exposition d’architecture présentée jusqu’au 6 mai 2018 au Musée ICO à Madrid se résume à cinq équipements industriels. Il n’en fallait pas plus pour assurer la plus belle démonstration et révéler l’importance d’une œuvre originale conçue par Joaquín Vaquero Palacios.

L’architecte natif d’Oviedo est familièrement méconnu. Ceux qui parcourent Venise – ou du moins ses biennales – connaissent l’une de ses réalisations : les façades du Pavillon Espagnol situé aux Giardini.

L’architecture sobre et classique, aux lignes quasi officielles, laisse planer le doute quant à l’intérêt de Joaquín Vaquero Palacios pour les formes monumentales.

03()_S.jpgJusqu’alors, l’homme de l’art ne s’était exercé qu’à la réalisation d’édifices de taille modeste – des marchés ou des usines – dont le vocabulaire empruntait volontiers à l’art décoratif dont il s’était imprégné lors de fréquents voyages aux Etats-Unis.

La grande échelle sera finalement l’objet d’étude et de recherches, et la compagnie Hidroeléctrica del Cantábrico lui a offert la plus belle opportunité pour développer ses aspirations.

Il livre, pour ce groupe, sur trente années, cinq centrales : Salime (1945-1955), Miranda (1956-62), Proaza (1964-68), Aboño (1969-1980) et Tanes (1980).

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Cette commande ne doit rien au hasard. Son père, Narciso Hernández Vaquero (1866-1964) était alors directeur et président de la compagnie, charge qu’il a assuré pendant plus d’un demi-siècle. L’histoire est donc familiale.

A la même époque, le pouvoir franquiste se félicite des lignes néo-baroques de l’université de Gijon pour en faire un modèle d’architecture nationale. Dans ce contexte, qui peut alors bien s’intéresser à des centrales thermiques et hydrauliques ? L’occasion était donc parfaite pour expérimenter loin des canons de l’architecture officielle.

Joaquín Vaquero Palacios, en conséquence, se libère des références ibériques pour développer une approche « totale » mêlant architecture, sculpture et peinture.

« Il est inutile de dire que l'intégration des arts est, aujourd’hui, une découverte. Depuis que l'homme a mis les pieds sur terre et qu’il a dû se réfugier dans quelque construction, l'intégration des arts était en jeu. A l’évidence, les grottes préhistoriques en témoignent. L'architecture pour la vie, l'architecture pour les morts, pour les cultes religieux, ont toujours intégré la peinture et la sculpture. Le phénomène perdure sans discontinuer y compris pour l'industrie où l’intégration des arts est une nécessité absolue. Pourquoi? Eh bien, parce que notre activité actuelle déborde et que notre corps doit être apaisé d'une manière ou d'une autre pour survivre à la tension à laquelle il est soumis », affirmait l’architecte.

04(LuisAsin)_B.jpgLa première centrale est celle de Grandas de Salime (1945-1955). Joaquín Vaquero Palacios se confronte alors à une échelle «titanesque». Il cherche à donner à l’élément industriel une monumentalité qui lui serait propre. Les façades extérieures sont habillées de sculptures qui représentent de manière schématique la production électrique. A l’intérieur, il réalise avec son fils, qui les exécute, de grandes et larges fresques. Pour l’heure, la technique n’est qu’un support et l’architecture n’est pas encore tangible.

La deuxième centrale, Miranda, est réalisée à même la roche. L’architecture ne peut encore une fois librement s’exprimer si ce n’est pour signaler la présence de l’équipement au sein de la montagne par quelques portiques monumentaux.

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La troisième occasion est la bonne. Proaza est ainsi le projet de Joaquín Vaquero Palacios le plus complet mais aussi le plus complexe. Il réalise pour cette centrale l’intégralité du projet architectural et pousse l’intégration de l’art jusque dans les vitraux et le mobilier qu’il propose de dessiner.

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L’exposition révèle ainsi aux yeux du public des lieux difficiles d’accès. Elle témoigne aussi de l’intérêt d’architectes et, plus largement, d’artistes pour des territoires d’expression inhabituels.

Aujourd’hui, les « maisons de l’atome » de Claude Parent, autant que les usines mises en couleur par Jean Dewasne, les déchetteries ornées par Hundertwasser ou les centrales vénézuéliennes transfigurées par les inductions chromatiques de Carlos Cruz Diez semblent un lointain souvenir.

Les artistes délaissent de par trop les ‘lieux’ pour s’attacher aux ‘objets’ souvent vulgaires et autistes aux allures de sex-toys controversés et l’architecte, quant à lui, se prend désormais souvent à vouloir, lui aussi, se prêter au jeu de « l’installation » artistique…

Regarder Joaquín Vaquero Palacios encourage la nostalgie...sans doute pour mieux espérer un prochain sursaut artistique ... « total ».

Jean-Philippe Hugron

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