Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Edito | En France, il n'y a plus d'architectes. (21-03-2018)

De la science-fiction ? Une actualité ! De récents concours montrent l’appétence des maîtrises d’ouvrages publiques pour les architectes étrangers, encore et toujours. Les collectivités locales, faute d'imagination (ou de culture?) se retranchent derrière des noms, des marques, en guise de faire valoir. Voilà l’étrange étrangeté de l’architecture en France ou la fin d’une profession.

France

Snøhetta, Kuma, Holl, Aires Mateus. Leur point commun ? Ces quatre agences ont remporté de prestigieux concours à l’heure où la commande publique se fait rare.

Dans une société « made in France » qui appelle à produire français et à consommer français, les pouvoirs publics se tournent dans un réflexe pavlovien, sans parcimonie, vers les mêmes agences internationales pour mieux se gargariser.

Dans une société qui pleure le possible détournement de la loi MOP pour la conception de ses logements sociaux, les mêmes « griffes » internationales vampirisent la commande publique d’exception au sein de « concours » organisés en bonne et due forme.

Tristes concours et concours de circonstances : est-il normal que la moitié des agences (deux sur quatre*) en lice pour le réaménagement du Musée de la Marine à Paris soit étrangère ? La proportion était, à Saint-Malo, encore plus étonnante : trois sur quatre** !

Quels sont ces élus qui choisissent ces noms ? Quels sont ces politiques qui soutiennent ce dénigrement de l’architecture française ? Et ces fonctionnaires qui cautionnent ces pratiques ?

Et ces maires… ceux d’Angers et de Saint-Malo, par exemple, sont-ils si fiers de leur choix ? Quelle misère !

Dans ces circonstances, les Snøhetta, Kuma, Holl, Aires Mateus paraissent, en fin de compte, n’être que les singes d’un cirque médiatique dont les prestidigitateurs se montrent particulièrement médiocres.

Quoi qu’il en soit, la méconnaissance des pouvoirs publics en matière d’architecture se révèle de plus en plus crasse. Sont-ils seulement allés, pour renouveler leur confiance, voir les indigestions de Kengo Kuma à Marseille ? Et celle de Steven Holl à Biarritz ?

Pire encore, leur bêtise les amène à distribuer l’argent public à des agences norvégiennes, japonaises, américaines… en plus de leur offrir un supplément de visibilité en leur confiant les programmes les plus extraordinaires. Combien de musées nationaux ont été réalisés par des agences françaises ces vingts dernières années ? Trop peu.

Aux maires d’Angers et de Saint-Malo donc, ce petit rappel : à la dernière Biennale d’Architecture de Venise, une agence française était représentée. Une seule et unique parmi des centaines d’autres de toutes nationalités. A la prochaine édition de l’événement, trois seulement parmi des agences suisses, japonaises et espagnoles en grand nombre.

Aux maires d’Angers et de Saint-Malo, cet autre rappel : le Figaro révélait, il y a quelques mois, le top 10 des métiers qui recrutent le moins. En sixième position : architecte. Le Conseil National de l’Ordre des Architectes dans ses statistiques annuelles s’inquiétait, lui aussi, de la progression du chômage chez les architectes.

La faute à qui ?

Au lieu d’imaginer, de réinventer, de communiquer à coup de salades médiatiques… ouvrez les yeux !

Jean-Philippe Hugron

*Caruso St John (Royaume-Uni), Adelfo Scaranello (France), Jean Marc Ibos et Myrto Vitart (France) et H2O/Snøhetta (France/Norvège)

**Kuma (Japon), Barozzi Vega (Espagne), Aires Mateus (Portugal) et Moreau Kusunoki (France)

Réactions

Pergame | Paris | 12-04-2018 à 13:33:00

Et si, à une époque où d'aucuns s'évertuent à dresser des murs, nous considérions que l'architecture est un art sans frontière ?
Il est vrai qu'il serait aussi nécessaire que le niveau culturel des édiles en matière architecturale puisse s'élever au dessus du seul niveau des sirènes de la société du spectacle ou des mondanités convenues.

Frederic | juriste | Ile-de-France | 28-03-2018 à 23:34:00

Plutôt que de s’étonner de ne pas voir d’architectes français à la Biennale de Venise ou d'accuser les maires de trahison nationale, il serait souhaitable que les architectes, enseignants, journalistes français se penchent sur la qualité de l'enseignement de l'architecture en France pour rattraper le niveau théorique et technique acquis par des pays comme le Japon, l’Espagne, la Suisse, la Hollande... Les Estoniens n’ont pas le même état d’esprit étriqué que celui développé dans l’article et ont laissé une agence française faire leur musée national, tant mieux !

Bretondebretagne | enseignant | Bretagne | 28-03-2018 à 11:05:00

Il aurait été intéressant de faire une comparaison avec la production architecturale française à l'étranger. Quid des petites et grandes agences françaises à qui l'on interdirait de construire leurs milliers de m² annuels à travers le monde ? Vous parlez du 1% de construction en France qui échappe aux français comme si nous étions envahis.
Il est heureux par exemple qu’Oscar Niemeyer ait pu construire au Havre. Le nouveau centre culturel de Saint Malo conçu il me semble par une grande agence parisienne est assez désolant mais chacun jugera de l'inspiration de nos grands architectes français. Pour ma part, amoureux de l’art et de l’architecture en général, Il me semble que l'on gagne largement au change avec les architectes « internationaux » précités, surtout avec Kengo Kuma et Aires Mateus, même s'il est dommage de ne pas voir émerger plus de très bonnes agences françaises. Et pourquoi pas des articles mettant en lumière les jeunes pousses plutôt que de faire dans la caricature ?

Marc K | Enseignant | Bretagne | 27-03-2018 à 16:36:00

Pour en faire un vrai article de journalisme, il aurait été intéressant de faire une comparaison avec la production architecturale française à l'étranger. Quid des petites et grandes agences françaises à qui l'on interdirait de construire leurs milliers de m² annuels à travers le monde ? Vous parlez du 1% de construction en France qui échappe aux français comme si nous étions envahis.
Il est heureux par exemple qu’Oscar Niemeyer ait pu construire au Havre. Le nouveau centre culturel de Saint Malo conçu il me semble par une grande agence parisienne est assez désolant mais chacun jugera de l'inspiration de nos grands architectes français. Pour ma part, amoureux de l’art et de l’architecture en général, Il me semble que l'on gagne largement au change avec les architectes « internationaux » précités, surtout avec Kengo Kuma et Aires Mateus, même s'il est dommage de ne pas voir émerger plus de jeunes agences françaises. Et pourquoi pas des articles mettant en lumière les jeunes pousses plutôt que de faire dans la caricature ?

risto | architecte | Pays de la Loire | 26-03-2018 à 18:36:00

Quoi ! Faut-il également un BREXIT architectural ? Une taxe sur l’importation d'architecture ? Une préférence architecturale nationale ?
Et que dire du Louvre Abu Dhabi ? Les signatures françaises doivent-elles également cesser de s'exporter ?
Notre profession doit relever le défi du monde plutôt que critiquer la concurrence de "l'étranger" !
Depuis quelques jours le Monde imagine Angers et Angers s'ouvre au Monde ! Bonne nouvelle pour les architectes Angevins : le vent souffle du large et il ne tient qu'à nous qu'il nous porte plus loin que l'embouchure de la Maine...

aeolsharfe | Ile-de-France | 25-03-2018 à 16:34:00

Article très partisan. L'exemple d'Angers est bien impertinent : sur les six projets d'Imagine Angers, cinq français ont été retenus. au nom de quel dogme nationaliste aurait-on dû recaler le projet américain, alors que c'était, de loin, le plus abouti pour cet espace ?
C'est franchement agaçant à la longue cette manière constante de réserver sa vindicte pour les villes "de province" qui veulent se développer...

BernyCross | Chef | Lointaine | 22-03-2018 à 15:15:00

La marque occulte le produit...

Seigneurin | Architecte | Pays de la Loire | 22-03-2018 à 10:38:00

Avait-on besoin de cette star américaine sur Angers. Avait-on besoin de bétonner cet espace entre 2 projets fars, celui du quai par Architecture Studio et celui du peigne de M. VASCONI. Les réglementations vont enfin vers des matériaux biossourcés permettant un stockage carbone, pourtant les projets choisis ne jurent que par le béton. Angers n’a jamais su bien traiter ses architectes valeureux, qui sont nombreux sur la place, ils auraient fait mieux. Cette vitrine aurait dû être pour eux.
Ce terrain qui n’a jamais pu accueillir la Préfecture, projet d’un prisme de verre par SLOAN, accueillir l’ADEME, le bâtiment le plus vertueux qui soit, mais si cher... va t-il laisser place a un objet en béton, coincé entre des barres massives ou l’expression végétal n’a pas sa place.
Ce terrain est maudit depuis si longtemps, que si les fantômes de ce lieu refusent cette architecture dépassée et ringarde, nous serons tranquille, car on fond je préfère l’esplanade restée verte que cette vision juxtaposée d’egos architectes. Revoyez votre copie M. Le Maire, Angers mérite beaucoup mieux !

djezer | architecte | Pays de loire | 22-03-2018 à 09:36:00

Ce billet d'humeur était nécessaire. La vanité des donneurs d'ordre publiques plus soucieux de leur posture médiatique que d'autre chose de plus ligotés par leur administration quelque peu manipulatrice conduit à ces choix internationaux discutables. Sans nier la qualité architecturale quelle soit de MATEUS ou HOLL. Les architeces français doivent aussi apprendre à "se vendre" comme le luxe à la française....

Lavoisier | Attentif | Ile-de-France | 22-03-2018 à 03:08:00

Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme...
https://www.archdaily.com/635985/auneau-cultural-center-architecture-patrick-mauger

Au moins, ils auront fait travailler un architecte français à Auneau.
Et pour quasiment 10 fois moins cher.
Et Kengo Kuma aura été à bonne école pour Saint-Mâlo, même si les étages ajoutés font perdre de la légèreté à son esquisse.

Réagir à l'article





Portrait |Avec Michel Rémon, faire le mur !

Faire, agir, contempler… quelques mots d'ordre pour Michel Rémon. Toutefois l'architecture n'est pas le centre du tout. L'usager, l'habitant, le patient, le lecteur, le sportif… tous ces individus qui peuplent chaque construction...[Lire la suite]

Portrait |Bartolo Villemard, les pilotes de la métamorphose

L’image, l’objet, la forme, le contexte… autant de tartes à la crème ! Eric Bartolo et Jérôme Villemard en sont pleinement conscients. Toutefois, le duo se refuse de participer au jeu des mots...[Lire la suite]


Portrait |Jorge Ayala, un architecte sans architecture ?

Jorge Ayala poursuit son activité loin des chantiers, loin même des plans d’exécution. L’horizon du professionnel s’est élargi et l’imaginaire peut aisément s’émanciper des...[Lire la suite]