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Edito | Une flèche pour la conquête de l'inutile (28-03-2018)

En septembre dernier, Stéphane Bern, chargé par Emmanuel Macron de réaliser une «mission» sur le patrimoine en péril, a déclaré que le situation était «gravissime». Pourtant, l’État soutient la reconstruction de la flèche de la basilique de Saint-Denis, un projet à 20 voire 30 millions d’euros…

Patrimoine | Saint-Denis

Il y aurait, selon Stéphane Bern, «urgence» à faire payer l’accès, en France, des cathédrales. Il en va de leur maintien et de leur préservation.

Par la même occasion, l’État se félicite de lancer le chantier de la reconstruction de la flèche disparue de la basilique Saint-Denis. Plus que d’une reconstruction, il s’agit d’un «remontage». La flèche qui culminaient à 86 mètres avaient été «déconstruite» pierre par pierre en 1845 après qu’une tornade ait fragilisé la haute construction.

Coût du «remontage» : 20 millions d’euros à minima voire 30 millions…

10 millions d’approximation ? 10 ans de chantier ! Le tout financé par un modèle économique surprenant voire bancale ; les instigateurs du projets comptent en effet, pour payer cette flèche, sur les visites de chantier. Prix d’entrée : 10 euros, au bas mot.

Pour l’heure, les perspectives de fréquentions évoquent 300.000 entrées par an. A titre de comparaison, les tours de Notre-Dame, à Paris, n’ont attiré «que» 437 000 visiteurs en 2017… et la basilique Saint-Denis, à son plus haut niveau de fréquentation, en 2013, n’a comptabilisé que 174.000 visiteurs.

Bref, sans renforts mythologiques, sans Casimodo et autre Ratatouille, 300.000 entrées relèvent de la prestidigitation… Des mécènes assureront, dit-on, la rallonge. Ils participent d’ores et déjà au financement d’un échafaudage dont le coût est estimé à 2 millions d’euros.

Voilà donc la flèche qui indique un piège… les travaux, une fois lancés, ne pourront être abandonnés. La Basilique sera, des années durant, affublée d’un disgracieux échafaudage et, acculé, l’État devra peut-être, tôt ou tard, faute de visiteurs, faute de mécènes, prendre le relais.

02(inkey)_S.jpgVoilà donc un projet lancé dans la plus grande naïveté, dont le budget est estimé au doigt mouillé avec une variable chiffrée en millions d’euros…et ce, à l’heure où des églises tombent en ruine. La flèche en béton armé de Notre-Dame-du-Raincy souffre de n’avoir aucun traitement de faveur. La flèche art déco de Saint-Nicaise – toute de béton – à Rouen, est même menacée de démolition.

Que la reconstruction de la Flèche de Saint-Denis soit l’occasion de maintenir un savoir-faire artisanal est digne de respect ; d’autres projets pourraient l’être tout autant. Il faudrait aussi ne pas omettre le patrimoine du XXe siècle qui appellent, lui, de nombreuses recherches quant à la restauration de matériaux modernes.

En outre, ce projet dionysien pose aujourd’hui la question de la pertinence de reconstructions (celle des Tuileries, du château de Saint-Cloud ou encore de Marly) à une époque où, par exemple, le château de Dampierre dont les plans ont été conçus par Jules Hardouin-Mansart, fait portes closes depuis deux saisons déjà faute de travaux pour accueillir les visiteurs…

Bref, les poids, les mesures...et, parfois, la conquête de l’inutile.

Réactions

KOUROUKOULE | 30-03-2018 à 22:53:00

Bah les autres monuments n'ont qu'à être payant eux aussi et assurer la relève pour celui-ci, puis quand ce sera fini et bien ce monument participera de cause commune pour d'autres monuments de cette typologie... en restant payant!

Mimitoutseul | architecte dplg | Pays de la Loire | 30-03-2018 à 22:41:00

"La conquête de l'inutile"... En effet ! Et ça renforce mes inquiétudes, car ça rejoint l'idée que je me suis fait de "notre" président et de ses intentions, la découverte de son enfance et de sa scolarité passée par des écoles confessionnelles catholiques, ainsi que sa volonté de favoriser à l'extrême l'enseignement privé conformément à ses convictions...
► Avec E.M. - Emmanuel Macron ou En Marche, comme on voudra - nos sous vont être utilisés, dans un grand élan réactionnaire, à renforcer le pouvoir de l'Eglise dans notre pays au détriment de l'enseignement public et laïque, et sa place dans notre culture, par des choix architecturaux et des priorités des plus discutables.

Kinnear | Juge | Centre | 30-03-2018 à 06:40:00

Cet argent pourrait être mieux redistribués

Bruno Decaris | architecte | Paris | 29-03-2018 à 10:56:00

Voir l'article de la Croix du 19 mars 2018:"Hormis l'absence réelle d'ambition et de justification religieuse, dans le passé on a toujours reconstruit de manière contemporaine. Si le besoin était avéré, hormis la motivation économique où le pèlerin d'aujourd'hui est bien un touriste argenté,construire une flèche contemporaine aurait été un signe de vitalité formidable. Là on revient en arrière, on fait de la basilique Saint-Denis un lieu définitivement figé. Cela signe un constat d'échec spirituel et intellectuel. c'est toute la question du Monument Historique et du lieu de culte qui se révèle ici.

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