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Exposition | Canal de Suez... sans architecte ? (1/2) (28-03-2018)

L’exposition «événement» de l’Institut du Monde Arabe, à Paris, présente «L’Epopée du Canal de Suez» et ce, «des pharaons au XXIe siècle». Le sujet est vaste : archéologique, historique, géopolitique, sociologique… Pour les commissaires de l’exposition, il n’est malheureusement pas architectural malgré quelques villes nouvelles et monuments remarquables.

France

L’exposition présentée à l’Institut du Monde Arabe jusqu’au 5 août 2018 est étrange. Elle satisfait la curiosité sans prendre soin de l’agiter. Le Canal de Suez y est présenté façon «wiki»… proprement, sobrement, scolairement. Le propos est ainsi, loin de toute problématique, encyclopédique. 

Dans ces circonstances, l’amateur d’architecture peut rapidement s’irriter de ne jamais voir un seul nom célébré. Autrefois exposé lors de trois expositions universelles dont celles de 1900, un magnifique plan relief illustre pourtant l’émergence de villes nouvelles le long du canal. 

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L’architecture de Port Saïd est, elle aussi, mise à l’honneur sur les murs de l’Institut du Monde Arabe à travers quelques plans originaux accompagnées de cartes postales anciennes et de photographies récentes… aucun nom toutefois n’en ressort. Pas même une explication.

Le catalogue n’est, à ce sujet, pas plus disert même s’il consacre à l’architecture un chapitre entier. Le propos reste général et peu fécond. Pour en apprendre davantage, il faut sans doute s’en retourner au dossier réalisé en marge de l’événement par Qantara, «magazine des cultures arabe et méditerranéenne». 

Claudine Piaton, architecte et chercheur, y relate l’histoire de deux villes nouvelles : Port-Saïd et Ismaïlia qu’elle définit volontiers comme les «créations d’ingénieurs». A l’inverse d’Alexandrie, port «cosmopolite», Port-Saïd et Ismaïlia relèvent d’un urbanisme rationnel, hygiéniste et, plus encore, colonial. 

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Ismaïlia, à mi distance des deux mers, répond, selon Claudine Piaton, d’«un plan modulaire». «A la différence du plan de Port-Saïd, il n’est pas centré mais s’organise selon une logique linéaire», écrit-elle. L’organisation évoque volontiers la grille de Cerdá, à Barcelone. Un plan de 1903 superpose au damier entrecroisé de diagonales, les dénominations «quartier grec» et «quartier indigène».

Port-Saïd fait l’objet en 1911 d’un plan d’extension. Lucien Roucou est chargé de son tracé. S’il ne fait que répliquer l’usage fréquent du damier et des transversales, Claudine Piaton y voit volontiers une référence maçonnique, équerre et compas à l’appui. L’ensemble a toutefois des allures de «cité-jardin» mais respecte scrupuleusement la séparation entre «indigène» et «européen».

A la vocation «universelle» du Canal de Suez, à la politique «moderne» menée par Ismaïl Pacha que le percement de cet axe commercial devait symboliser, s’oppose ainsi une vision cloisonnée et ségrégative de l’urbanisme.

04().jpgCes thèmes sont malheureusement effleurés. Autant d’ailleurs que la relation étrange entre architecture et sculpture. Si les tentatives de Bartholdi pour ponctuer l’entrée du canal d’une monumentale figure égyptienne, flambeau à la main, sont présentées, la spectaculaire réalisation de Michel Roux-Spitz, architecte et Raymond Delamarre, sculpteur, pour marquer le paysage d’Ismaïlia est curieusement passée sous silence…

«L’Epopée» passe également outre la nouvelle capitale administrative que les pouvoirs publics égyptiens érigent actuellement à mi chemin entre Le Caire et le Canal de Suez.

Si l’exposition insiste davantage sur l’origine saint-simonienne du projet, sur la personnalité de Ferdinand de Lesseps, sur le percement du canal, sur les avancées techniques et technologiques puis s’appesantit sur les conflits armés du XXe siècle dans la région du Sinaï, elle oublie de par trop des aspects architecturaux et urbains pourtant essentiels. La faute sans doute à l’absence de problématique laissant ainsi le visiteur errer et projeter ses attentes sur l’événement…au risque de le décevoir. 

Jean-Philippe Hugron

  

Réactions

Cathala Jacqueline | 07-07-2018 à 17:48:00

Pouvez-vous me dire comment me procurer le livret sur Port-Saïd ?
Mon fils m'a acheté celui sur Ismaïlia, lors de l'Exposition sur le Canal de Suez. Etant née en Egypte et y ayant vécu jusqu'en 1956 date de la nationalisation, je serais très heureuse d'obtenir ce livret.
Je vous en remercie par avance.
Très cordialement,
Jacqueline Cathala, née Bertin.

cibeles | Paris | 10-04-2018 à 10:49:00

Excellent article qui invite à aller voir sur place .

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