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Actualité | L'enseignement en architecture, punching-ball de l'industrie ? (28-03-2018)

La question est ouvertement posée Outre-Manche. Alors qu’à Londres, l’Architectural Association plus connue sous le nom de AA School voit sa direction changer, les critiques restent vives quant à la manière d’enseigner… le tout entre mythes et réalités.

France

Le 5 mars dernier, la victoire d’Eva Franch I Gilabert est écrasante. L’architecte catalane dont l’agence est à New-York remporte 57 % des suffrages face à Pippo Ciorra et Robert Mull.

Cette nomination ne laisse pas d’interroger. Qui est Eva Franch I Gilabert ? Les algorithmes de Google sont, à ce sujet, peu diserts. A son nom n’est associé qu’une série de photographies illustrant ses coiffures exubérantes et ses tenues originales. 

Entre chignons et chiffons, point d’architecture. Son CV précise toutefois qu’elle a reçu «de nombreuses récompenses» et que «son travail a été exposé internationalement à la FAD Barcelona, à la Biennale d’Architecture de Venise ou encore à la Biennale d’Architecture de Shenzhen». Elle a également «organisé» des «projets nationaux et internationaux» à l’instar de OUT, un concours pour une biennale en 2014, et Borders, un «Think Space concept competition programme». Ouf.

Les plus critiques voient donc en Eva Franch I Gilabert l’incarnation de «l’anti-architecture» pire encore d’une discipline réduite au discours sans fin mais aussi au «réseautage».

De nouveau donc, la question de l’enseignement est posée, cette fois-ci Outre-Manche avec, en fer de lance, l’éternelle interrogation : faut-il, pour enseigner, être praticien ?

Plus avant, la conception occupe-t-elle une part trop importante de la pédagogie ? 

Eva Franch I Gilabert élude la thématique pour évoquer avec délectation «la crise» de l'architecture. Dans un texte qu’elle signait peu avant sa nomination afin d'exposer sa vision de l’enseignement, il faut ainsi compter pas moins de six occurrences du mot «crisis» sur une seule et unique page.

«Aujourd’hui, qu'est-ce qui, architecturalement, est urgent ? Comment évoluons-nous vers notre avenir?», s’interroge-t-elle.

Sa réponse ? «En produisant des historiographies capables de donner des fondements disciplinaires à des récits historiquement désemparés. En permettant des formes innovantes de recherche et de conception au sein d’un monde de plus en plus complexe et dont les conflits sont en constante évolution. En testant les structures de travail et les formes de pratique dans un contexte global et numérique. En éveillant des formes d'activisme, d'engagement radical et d'agence politique dans notre domaine de compétence. En innovant dans les processus de conception et de production de matériaux en relation avec les disciplines du design numérique lesquelles sont toujours en évolution rapide. Et en envisageant des plateformes transversales capables de permettre de nouvelles collectivités, de nouvelles formes d'assemblage et de transfert de connaissances». Vertigineux !

«Il y a bien peu de choses que les architectes semblent apprécier en dehors de la critique de l’enseignement en architecture», note Phineas Harper dans les colonnes de Dezeen. 

Critique, designer et, lui aussi, commissaire d'exposition et, entre autres, de la Triennale d’Oslo, l’homme évoque ces écoles qui seraient, selon les plus mauvaises langues, les «punching-ball de l’industrie recevant des coups de toutes parts : trop étrangères à la pratique, trop fantaisistes ou trop conservatrices».

Il raille aussi des statistiques où 52 % des étudiants en architecture «craignent pour leur santé mentale», un chiffre qu’il compare à une moyenne, toutes disciplines confondues, de 78 %.

Il dénonce en revanche des institutions britanniques qui cherchent toujours plus de «croissance économique» plus qu'elles ne s'inquiète de «l’épanouissement intellectuel» de leurs élèves.

De fait, le motto d’Eva Franch I Gilabert, «rigueur et folie», est, pour lui, la meilleure devise  afin d’assurer la richesse de l’enseignement en architecture.

Sauf que ni Eva Franch I Gilabert, ni Phineas Harper n’apportent leur contribution au débat. Les bons mots d’«activisme» et d’«historiographie» n’apprennent rien de la réalité d’une profession. Une agence d’architecture reste une entreprise et les enjeux techniques et économiques ne doivent pas disparaître derrière «l’épanouissement intellectuel» et «l’engagement radical». Il s’agit d’être armé mais avant tout d’être architecte de terrain plus que guérillero mondain…

Jean-Philippe Hugron

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