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Entretien | Adam Yedid et le musée neutre (28-03-2018)

Les musées sont l’objet de toutes les fascinations. Le spectacle architectural cache aujourd’hui les enjeux d’un équipement culturel. Adam Yedid, architecte, a développé des années durant une expertise en la matière. Son ambition ? Un musée «neutre» en guise «d’acte culturel». Explications.

Bâtiments Publics | Culture | France | Adam Yedid

Le Courrier de l’Architecte : Comment avez-vous développé votre expertise en matière de musée ?

Adam Yedid : J’ai, pendant 18 ans, été architecte-conseil auprès des Musées de France. Ce poste m'a permis de suivre la réalisation de plusieurs musées, entre autres : le Musée des Beaux-Arts de Dijon dont la transformation a été confiée à Yves Lion ; Le musée Cocteau, de Rudy Ricciotti, à Menton, ou encore le MuséoParc Alésia de Bernard Tschumi, ou bien de plus petits musées tout aussi passionnants situés parfois dans des endroits reculés. Cette fonction m'a permis en outre de développer un regard critique. Toutes ces années durant, j’ai compris qu’il fallait permettre aux architectes d'aller davantage au bout de leur démarche.

02(@EricDuliere)_B.JPGPourquoi avoir renoncé, il y a deux ans, à ce poste ?

Il y avait une clause dans mon contrat qui m'interdisait de concevoir des musées. Je souhaiterais désormais mettre cette expérience au profit de projets nouveaux.

Comment approcheriez-vous aujourd’hui un projet muséal ?

03(@OlivierAmsellem)_S.jpgJe tenterais de ne pas être architecte. Autrement dit, j’essayerais de ne pas montrer qui je suis. L'expérience des musées m'amène à vouloir ambitionner, pour ces programmes culturels, une certaine neutralité. Le Musée Cocteau est, en ce sens, réussi. Rudy Ricciotti, au risque d’être classé hors concours s'est mis là où il fallait se mettre, à savoir dans l’angle du terrain et non devant le vieux marché, au pied de la vieille ville de Menton, face à la Méditerranée. Enfin, si son projet est très plastique à l'extérieur, il est d'une grande neutralité à l'intérieur. De surcroît, ce projet permet d’offrir des vues sur la mer. Nous avons les moyens aujourd’hui de rétablir la lumière naturelle au cœur des musées et donc de créer des vues vers l'extérieur. Les architectes doivent se saisir de cette opportunité pour concevoir leur projet.

Rechercher la neutralité n’est-il pas encourir le risque de la banalité ?

Le rythme d'évolution des musées nous appelle à changer de comportement. Une muséographie est désormais obsolète au bout de quelques années. Il n'est, dans ces circonstances, plus pertinent de créer un espace fixe et déterminé.

Des musées comme la Fondation Maeght de Josep Luís Sert ou encore le musée d’art moderne de Villeneuve d’Ascq de Roland Simounet forcent toujours l’admiration sans être des espaces neutres…

Ces exemples magistraux se caractérisent par leur relation au contexte mais aussi par des espaces qui ménagent des vues et des perspectives. Aujourd'hui, la «consommation muséographique» n'a plus rien à voir avec la Fondation Maeght – pourtant le plus beau musée que je connaisse.
Tout projet doit désormais intégrer la flexibilité muséographique. Il faut avoir à l'esprit qu’une exposition temporaire prend aujourd'hui le pas sur une exposition permanente. Ce basculement est récent. Pour s’en convaincre, il n'y a qu'à observer les usagers déambuler au sein du Musée de l'Orangerie. La foule se presse dans les petites salles d'exposition temporaire quand les grandes salles d’exposition permanente sont peu fréquentées. Ce nouvel équilibre temporaire/permanent détermine au fur et à mesure une autre relation à l'espace muséal.

Quelle serait néanmoins votre critique quant à cette indétermination de l’espace muséal ?

Offrir la plus grande liberté au sein d’un musée est aussi laisser l'opportunité pour le muséographe-scénographe de vouloir marquer l'espace ; il y a en conséquence ce risque de dénaturer l'essence du projet architectural. Il est, à mon avis, dans ces circonstances, de moins en moins pertinent d'appeler un architecte et un muséographe pour réaliser un projet muséal. L'architecte doit être désormais à même d'intégrer l'aménagement d’un musée au sein de son projet.

La radicalité de votre position semble éloignée de vos projets actuels, notamment au château de Fontainebleau où vous transformez plusieurs ailes en restituant une logique antérieure mais aussi en proposant des aménagements contemporains…

Mon propos était jusqu’à présent théorique. Quand un projet se présente, je me remets systématiquement en cause à partir d'un lieu et d’un contexte. Je serais, par conséquent, moins radical face à un programme donné. Pour autant, je resterais vigilant à la flexibilité de l'espace.

A Fontainebleau, nous travaillons plus avant la mémoire du lieu. Ce projet illustre bien mon intérêt pour les espaces intérieurs. J'aime le mot ‘décor’. J'aime sans doute ce mot car les architectes ne l'aiment pas. J'aurais, après tout, aimé être décorateur. Même si je suis un rationaliste absolu, j'apprécie la conception composée d'un décor intérieur. Il est difficile de ne pas être fasciné, par exemple, devant la rigueur de Michel Ange ou des grands maîtres du XXe dans ce domaine. En tant qu'architectes, nous pouvons aller bien au-delà de simples aplats de couleurs et agir en tant qu’ensembliers.

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Quels enseignements tirez-vous d’un projet tel que celui de Fontainebleau ?

Je suis intéressé par ce type de projet car il conduit un regard culturel. Il offre aussi les circonstances d'une critique personnelle. T.S. Eliot assurait que «l'essentiel de la création réside dans la critique apportée à son propre travail». En d'autres termes, il faut se garder de ses réflexes d'architecte. Un projet est, avant tout, un acte culturel. Il faut assimiler ce qui a été fait avant. Cela n’empêche certainement pas la contemporanéité. Il faut simplement partir à la recherche d’une pérennité. Pour cela il faut travailler dans la continuité et «faire les choses comme si elles avaient toujours été là»... une phrase d'Adolf Loos.

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